Le 1er mai 2026, le très attendu The Devil Wears Prada 2 sort dans les salles suisses avec Anne Hathaway, Meryl Streep, Emily Blunt et Stanley Tucci de retour dans leurs rôles iconiques. La saga de Miranda Priestly — patronne tyrannique par excellence — fascine depuis 20 ans. Mais au-delà de la comédie dramatique, ce film pose une vraie question : en Suisse, un·e employé·e confronté·e à un chef aussi toxique que Miranda Priestly, quels recours légaux a-t-il ou elle réellement ?
Miranda Priestly en 2026 : caricature ou réalité ?
Le personnage de Miranda Priestly dans The Devil Wears Prada — qui revient dans la suite — est devenu l'archétype mondial du patron harceleur : humiliations publiques, exigences impossibles à toute heure, intimidation psychologique permanente, menaces voilées sur la carrière. Excessif au cinéma, certes. Mais dans les études sur le bien-être au travail en Suisse, les comportements s'en approchant sont bien documentés.
Selon un rapport 2024 du SECO (Secrétariat d'État à l'économie), environ 16 % des salariés suisses déclarent avoir été exposés à un comportement hostile ou à du mobbing au travail dans les 12 derniers mois. Parmi eux, les secteurs de la mode, des médias et de la communication figurent parmi les plus touchés — précisément l'univers du film.
Ce que la loi suisse interdit vraiment
Contrairement à une idée reçue, le harcèlement moral au travail — aussi appelé mobbing — n'est pas défini par un article unique du droit suisse. Il découle de plusieurs normes convergentes :
Article 328 du Code des obligations (CO): L'employeur est légalement tenu de respecter et de protéger la personnalité du travailleur. Il doit prendre les mesures propres à protéger la santé physique et psychique des employés. C'est la base légale principale pour les victimes de harcèlement moral en Suisse.
Article 6 de la Loi sur le travail (LTr) : L'employeur est tenu de prendre des mesures de protection de la santé au travail, notamment pour prévenir les risques psychosociaux.
Article 4 de la Loi sur l'égalité (LEg) : Interdit explicitement le harcèlement sexuel, et s'applique également au harcèlement lié au genre dans un contexte de travail.
Ainsi, si Miranda Priestly était votre cheffe en Suisse, elle et son employeur pourraient être tenus responsables de manquement à l'obligation de protection de la personnalité — et vous auriez des recours concrets.
Quels recours pour les victimes de mobbing en Suisse ?
Face à un patron ou une patronne dont le comportement correspond au mobbing, voici les étapes recommandées par les avocats spécialisés en droit du travail :
- Documentez tout : conservez les e-mails, messages, notes de réunions. Notez les incidents avec dates, heures, témoins.
- Signalez à votre employeur : adressez une plainte écrite aux ressources humaines ou à la direction. Cela déclenche une obligation légale d'enquête.
- Consultez un médecin ou psychologue : en cas de répercussions sur votre santé, un certificat médical documente le préjudice subi.
- Contactez les syndicats ou un bureau conseil : en Suisse romande, des services cantonaux offrent des consultations gratuites (par exemple, les services d'inspection du travail cantonaux).
- Saisissez les tribunaux : en cas d'inaction de l'employeur, un·e avocat·e peut vous aider à déposer une action en justice pour violation de l'art. 328 CO, avec demande de dommages et intérêts.
L'employeur aussi peut être sanctionné
Un aspect souvent ignoré : ce n'est pas seulement le harceleur qui peut être tenu responsable, mais l'ensemble de l'entreprise si elle tolère ou ignore les comportements toxiques. En vertu de l'art. 328 CO, si l'employeur a connaissance du harcèlement et n'agit pas, il engage sa propre responsabilité civile.
Dans les arrêts du Tribunal fédéral suisse, plusieurs cas de mobbing ont donné lieu à des condamnations d'employeurs à verser des indemnités pour tort moral, ainsi qu'à des résiliations de contrat immédiates aux frais de l'employeur pour justes motifs.
Devil Wears Prada 2 : ce que le film nous apprend sur la résistance
Sans spoiler, les bandes-annonces du film suggèrent que les personnages — dont celui d'Andy Sachs joué par Anne Hathaway — reviennent plus forts et plus affirmés. C'est précisément ce que le droit du travail suisse cherche à garantir : que personne ne soit contraint de choisir entre sa carrière et son intégrité.
Pour les professionnel·le·s du secteur créatif, de la mode, des médias ou de la communication en Suisse — des secteurs où les dynamiques de pouvoir asymétriques sont fréquentes — connaître ses droits est la première ligne de défense. Consultez notre article sur les droits des employés en cas de licenciement abusif et harcèlement pour d'autres protections applicables.
Quand consulter un avocat spécialisé en droit du travail ?
Vous n'avez pas à attendre d'être en burnout ou en arrêt maladie pour consulter. Un·e avocat·e peut vous conseiller dès que vous identifiez un comportement hostile répété de votre supérieur. Sur ExpertZoom, des avocats spécialisés en droit du travail suisse peuvent analyser votre situation en toute confidentialité et vous indiquer si votre cas relève du mobbing légalement reconnu.
Selon le portail officiel ch.ch sur le harcèlement au travail, les entreprises ont une obligation active de prévenir le harcèlement — pas seulement d'y réagir.
Avertissement : cet article est à caractère informatif et ne constitue pas un avis juridique personnalisé. Pour toute situation spécifique, consultez un professionnel du droit qualifié.

Cécile Girard