Bianca Sissing éliminée de GNTM à 47 ans : ce que le droit suisse dit de la discrimination raciale dans la mode

Mannequins et équipe backstage lors d'un défilé de mode, ambiance coulisses professionnelles

Photo : Frank Kovalchek from USA / Wikimedia

Sophie Sophie FavreJuridique
5 min de lecture 22 mai 2026

Bianca Sissing, élue Miss Suisse en 2003, a été éliminée de Germany's Next Topmodel (GNTM) 2026 à 47 ans. Dans un entretien accordé à SRF ce printemps, elle a révélé avoir reçu un dictionnaire Duden en cadeau lors de son règne — une insulte à peine voilée sur son origine et son niveau culturel. Son passage à GNTM a relancé le débat sur la discrimination raciale dans l'industrie créative suisse. Que dit la loi helvétique, et quand faut-il consulter un avocat ?

Un témoignage courageux sur une expérience bien réelle

Bianca Sissing, d'origine sud-africaine, a été la première Miss Suisse noire. Son règne a été marqué par des incidents qu'elle a longtemps gardés pour elle. Dans l'émission Gredig direkt sur SRF, diffusée en 2026, elle a livré son vécu sans détour : « J'ai reçu un Duden en cadeau — comme si on voulait me signifier que je n'étais pas à ma place. »

Sa participation à GNTM 2026 a montré qu'elle reste une professionnelle accomplie. Avancée jusqu'au Top 10, Bianca Sissing a convaincu Heidi Klum lors des shootings et du défilé avant d'être éliminée en mai 2026. Au-delà de l'émission, son histoire illustre un phénomène structurel : les personnes racisées dans les secteurs créatifs suisses font face à des obstacles invisibles que le droit est censé combattre — mais que peu osent invoquer.

Vous pourrez aussi lire comment GNTM 2026 pousse ses candidates à leur limite psychologique dans cet article sur la pression des candidats.

Art. 261bis CP : ce que la loi suisse interdit précisément

La Suisse dispose d'un cadre juridique clair en matière de discrimination raciale. L'article 261bis du Code pénal suisse — entré en vigueur en 1995 et révisé depuis — interdit explicitement :

  • L'incitation à la haine ou à la discrimination fondée sur la race, l'ethnicité ou la religion
  • La propagation d'idéologies racistes par tout moyen (discours, publications, gestes)
  • Le refus de prestation ou d'accès fondé sur l'origine d'une personne

Cette norme pénale vise aussi bien les comportements publics que certaines situations professionnelles. Selon la Commission fédérale contre le racisme (CFR), organisme fédéral indépendant, les discriminations dans les secteurs de la mode, des médias et du divertissement figurent régulièrement dans les signalements annuels.

Il existe cependant une nuance importante : l'article 261bis couvre les actes discriminatoires publics et collectifs. Pour les discriminations individuelles en milieu de travail, c'est la Loi fédérale sur l'égalité (LEg) et le Code des obligations qui s'appliquent, notamment les articles relatifs à la protection de la personnalité.

L'industrie de la mode : un secteur à risque particulier

L'industrie de la mode présente des caractéristiques qui la rendent vulnérable aux discriminations camouflées. Les critères de sélection — « cohérence de la marque », « image attendue », « look de la saison » — peuvent dissimuler des biais raciaux ou ethnicisants. Les mannequins, souvent engagés sous forme de contrats à durée déterminée ou de missions freelance, disposent d'une protection contractuelle moins solide que les salariés ordinaires.

Les agences de mannequins et les maisons de mode opèrent souvent de manière opaque sur leurs processus de sélection. Pour un avocat spécialisé en droit du travail, démontrer la discrimination exige une collecte minutieuse de preuves : échanges de messages, comparaison avec des profils similaires, témoignages de collègues.

Un professionnel du droit peut ainsi :

  • Vérifier si les faits relèvent du droit pénal (art. 261bis CP) ou du droit civil
  • Conseiller sur la manière de réunir des preuves admissibles
  • Représenter la victime devant la Commission de conciliation ou le Tribunal du travail
  • Négocier une réparation amiable avec l'employeur ou le mandant

Âge et origine : quand deux discriminations se cumulent

Le parcours de Bianca Sissing illustre une réalité méconnue : la discrimination croisée, ou intersectionnelle. À 47 ans dans un secteur qui valorise la jeunesse, elle a cumulé les obstacles liés à son âge et à son origine. Or, en droit suisse, l'âge n'est pas encore protégé par une loi générale anti-discrimination. Contrairement au sexe ou à l'origine ethnique, l'âgisme dans l'emploi privé ne dispose pas d'une norme spécifique — seule la protection générale contre le licenciement abusif (art. 336 CO) peut parfois être invoquée.

Des motions parlementaires visant à élargir la protection contre l'âgisme professionnel ont été déposées au Parlement fédéral, mais sans aboutir à ce jour. Cette lacune juridique laisse de nombreuses victimes sans recours clairement défini.

Pour les professionnels des secteurs créatifs confrontés à une telle double discrimination, l'accompagnement d'un avocat spécialisé devient d'autant plus précieux pour naviguer entre les différentes normes applicables.

Quand et comment agir en Suisse ?

Si vous pensez avoir subi une discrimination raciale ou liée à l'âge dans votre activité professionnelle, voici les étapes recommandées par les spécialistes du droit :

Documentez immédiatement. En droit suisse, la charge de la preuve repose en partie sur la partie lésée. Conservez tous les courriels, messages et contrats, et notez les dates et les témoins.

Consultez rapidement. Certaines procédures de conciliation doivent être initiées dans un délai court. Un retard peut compromettre vos possibilités de recours.

Identifiez le bon interlocuteur. Selon la nature des faits, vous pouvez saisir la CFR pour un premier avis (gratuit), un centre cantonal d'aide aux victimes de discriminations, ou directement un avocat spécialisé en droit du travail ou en droit des médias.

Évaluez vos options. Voie pénale, voie civile, conciliation amiable : chaque situation est différente, et un avocat peut vous aider à choisir la stratégie la plus adaptée à votre cas.

L'histoire de Bianca Sissing rappelle que la discrimination dans les industries créatives n'est pas une relique du passé. Elle se joue encore aujourd'hui dans les castings, les sélections et les décisions de collaboration. En Suisse, la loi protège — mais encore faut-il la connaître et oser la faire valoir.

Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique. Consultez un avocat qualifié pour toute situation spécifique.

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