Attaque au couteau de Winterthour : ce que les victimes peuvent exiger face à la justice suisse

Gare principale de Winterthour (Bahnhof Winterthur), Canton de Zurich, Suisse

Photo : Marek Ślusarczyk (Tupungato) / Wikimedia

7 min de lecture 17 septembre 2026

Trois hommes ont été poignardés à la gare de Winterthour le 28 mai 2026 par un homme de 31 ans, ressortissant suisse et turc, qui aurait crié "Allahu Akbar" avant d'attaquer des passants au hasard. En quelques heures, la Bundesanwaltschaft — le Ministère public de la Confédération (MPC) — a dessaisi le Parquet zurichois et ouvert une procédure pour tentative de meurtre à plusieurs reprises et soutien à une organisation terroriste. Cette qualification change profondément les droits des victimes et les démarches à entreprendre. Voici ce qu'un juriste spécialisé recommande sans attendre.

Ce qui s'est passé le 28 mai 2026 à Winterthour

Peu avant midi, trois hommes de 28, 43 et 52 ans ont été attaqués à l'arme blanche dans l'enceinte de la gare principale de Winterthour (canton de Zurich). Le plus jeune a reçu une blessure à la jambe ; le second, une lacération profonde au cou ; le troisième a dû être opéré en urgence d'une blessure à la cuisse et est resté hospitalisé plusieurs jours. L'assaillant a été interpellé sur place.

Dès le 29 mai, le directeur de la sécurité zurichois Mario Fehr a qualifié l'agression d'"acte terroriste". Le Ministère public de la Confédération a officiellement repris le dossier et ouvert une instruction pour tentative de meurtre qualifié et participation ou soutien à une organisation terroriste, conformément à l'art. 260ter du Code pénal suisse. Des traces de radicalisation auraient été retrouvées sur le téléphone de l'assaillant, selon la RTS.

Cette attaque au couteau s'inscrit dans une série d'agressions à l'arme blanche qui ont marqué la Suisse depuis le début 2026, ravivant le débat sur la sécurité dans les espaces publics — et sur les droits des victimes dans ce type de procédure.

Terrorisme fédéral : un basculement juridique lourd de conséquences

En Suisse, la grande majorité des procédures pénales — même pour violence grave — relèvent des parquets cantonaux. Dès qu'une infraction est suspectée de lien avec une organisation terroriste, l'art. 24 CPP confère compétence exclusive au MPC. Pour les victimes, ce basculement produit trois effets immédiats.

La juridiction change. L'affaire sera jugée par le Tribunal pénal fédéral à Bellinzone, non par un tribunal zurichois. Dans les dossiers terroristes fédéraux complexes, le délai entre arrestation et jugement définitif peut atteindre deux à quatre ans. Les victimes doivent se préparer à une procédure longue.

Les prétentions civiles doivent être déclarées auprès du MPC, et non d'un parquet cantonal. Une victime qui néglige cet aspect devra, pour être indemnisée, intenter une action civile séparée après le jugement pénal — procédure plus coûteuse et chronophage. Or, selon l'art. 119 CPP, la constitution de partie civile peut se faire par simple lettre informelle au MPC, dès les premiers stades de l'instruction.

La réparation morale peut être significativement plus élevée dans les affaires terroristes. Le Tribunal pénal fédéral tient compte du traumatisme spécifique d'une attaque idéologiquement motivée dans un espace public. Des précédents jurisprudentiels suisses récents ont accordé des réparations morales de CHF 20'000 à CHF 40'000 par victime directe de tentative de meurtre terroriste — en sus de l'indemnisation prévue par la loi sur l'aide aux victimes d'infractions (LAVI).

Cas concret : le travailleur indépendant de 52 ans, dix semaines d'arrêt

Prenons la situation concrète du troisième blessé : l'homme de 52 ans, opéré en urgence d'une lacération profonde à la cuisse. Supposons qu'il exerce une activité indépendante — artisan, technicien, prestataire de services — sans assurance perte de gain de longue durée, et que sa convalescence l'immobilise pendant dix semaines.

Volet LAVI : La Loi fédérale sur l'aide aux victimes d'infractions (RS 312.5) garantit une aide immédiate : prise en charge des frais médicaux non remboursés par la LAMal, séances de soutien psychologique, et assistance juridique pour les premières démarches. Si l'atteinte est qualifiée de grave avec séquelles — ce qui correspond à une opération d'urgence et une convalescence prolongée —, la victime peut solliciter une réparation morale LAVI pouvant atteindre CHF 70'000 (art. 22 al. 4 LAVI). Cette somme est versée par l'État indépendamment de la solvabilité de l'assaillant.

Volet civil : Si ce travailleur indépendant réalise un revenu net mensuel de CHF 7'000 et qu'il est hors d'état de travailler dix semaines, sa perte de gain est de l'ordre de CHF 16'000. Cette somme peut être réclamée comme prétention civile dans la procédure fédérale : si l'assaillant est condamné, le Tribunal pénal fédéral fixe les dommages-intérêts civils en même temps que la peine.

Si l'assaillant est insolvable — scénario fréquent dans les affaires de radicalisation — la LAVI constitue le filet absolu : elle indemnise même lorsque l'auteur n'a pas de ressources. C'est la raison d'être de l'art. 2 LAVI. Le centre LAVI cantonal peut être saisi sans attendre le jugement.

Si la qualification terroriste est confirmée définitivement par le Tribunal pénal fédéral, la même victime peut prétendre, en sus de la LAVI, à une réparation morale complémentaire pour préjudice psychologique grave — état de stress post-traumatique, incapacité à fréquenter les gares et espaces publics — pouvant représenter CHF 20'000 à CHF 30'000 supplémentaires selon la jurisprudence récente.

Délai critique : la demande LAVI peut être déposée jusqu'à 10 ans après les faits. Mais l'aide d'urgence — frais médicaux, soutien psychologique — doit être sollicitée le plus tôt possible. Passé 90 jours sans démarche, certains postes de frais deviennent difficiles à justifier et peuvent être partiellement refusés.

Les quatre recours disponibles en parallèle

Un avocat spécialisé en droit pénal suisse peut activer simultanément quatre couloirs de compensation. Leur combinaison maximise ce que la victime peut effectivement récupérer.

1. Constitution de partie civile (art. 118-122 CPP) : En déclarant ses prétentions civiles dans la procédure pénale fédérale, la victime obtient que le juge pénal tranche en même temps la question des dommages-intérêts — sans deuxième procès civil. La déclaration peut être faite par lettre simple au MPC, en listant les postes de préjudice : frais médicaux, perte de gain, tort moral.

2. Demande LAVI auprès du centre cantonal : Indépendante du procès pénal. Elle peut être déposée même avant la condamnation, même si l'auteur n'est pas identifié. Le centre LAVI zurichois traite les dossiers par ordre de gravité de l'atteinte. Depuis le 1er mai 2026, le numéro 142 (gratuit, 24h/24, anonyme) offre une première orientation immédiate pour toutes les victimes de violence en Suisse.

3. Remboursement des frais d'avocat (art. 433 CPP) : Dans les procédures fédérales, la victime constituée partie civile peut demander le remboursement de ses honoraires si le prévenu est condamné. Ce point est souvent négligé car il nécessite une requête explicite. Il peut représenter plusieurs milliers de francs selon la complexité du dossier.

4. Action civile séparée : Si les prétentions sont complexes — expertises médicales longues, perte de gain difficile à chiffrer pour un indépendant —, une action devant le tribunal civil cantonal reste possible après le jugement pénal. Elle est plus onéreuse et plus lente, mais permet de produire des expertises plus complètes.

Vous pouvez consulter nos articles sur d'autres affaires similaires en Suisse, notamment ce que la LAVI garantit aux victimes dans les affaires de violence grave à Zurich, pour comprendre comment les mêmes mécanismes ont été appliqués dans d'autres contextes.

Ce qu'il faut faire dans les 30 premiers jours

Les victimes d'agression grave perdent régulièrement des droits par inaction dans les premières semaines — non par désintérêt, mais par méconnaissance de la procédure. Voici les priorités par ordre chronologique.

Jours 1 à 7 : Rassembler tous les certificats médicaux datés, les rapports de police, et conserver chaque facture (médicaments, transport médical, physiothérapie, soutien psychologique). Appeler le 142 pour une première orientation juridique et psychologique gratuite.

Jours 8 à 30 : Contacter un avocat spécialisé en droit pénal suisse pour déclarer formellement les prétentions civiles auprès du Ministère public de la Confédération. Ne pas attendre l'acte d'accusation : plus les prétentions sont déclarées tôt, plus elles sont solidement intégrées à l'instruction.

Avant 90 jours : Déposer la demande d'aide LAVI auprès du centre cantonal compétent pour déclencher l'aide financière d'urgence. Le portail officiel suisse de l'aide aux victimes d'infractions (aide-aux-victimes.ch) liste les centres cantonaux et les formulaires nécessaires.

L'attaque au couteau de Winterthour a frappé trois hommes ordinaires dans un espace public banal. La procédure fédérale qui s'ensuit est complexe, mais les victimes ne sont pas seules face à elle. Un juriste peut identifier rapidement les recours adaptés à chaque situation et s'assurer qu'aucun délai critique n'est laissé passer. Les avocats spécialisés en droit pénal disponibles sur ExpertZoom proposent des consultations initiales pour évaluer votre dossier et vous orienter sans délai.

Avertissement : cet article fournit des informations générales sur le droit suisse. Il ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Consultez un avocat pour analyser votre situation spécifique.

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