Lindt & Sprüngli se sépare avec effet immédiat de son directeur général Adalbert Lechner, a annoncé le groupe zurichois lundi 19 octobre 2026. Dieter Weisskopf, 71 ans, ancien patron du groupe, assure l'intérim. Pour les actionnaires, la secousse tombe sur un titre qui a déjà perdu environ un quart de sa valeur depuis janvier, selon Reuters.
Ce que l'on sait du départ
Adalbert Lechner, 65 ans, a passé 33 ans chez Lindt & Sprüngli et dirigeait le groupe depuis 2022. Le conseil d'administration estime que l'entreprise a besoin de « nouvelles forces opérationnelles » pour retrouver une croissance régulière et solide, rapporte Bluewin. Le groupe n'a donné aucun détail sur les circonstances du départ.
Dieter Weisskopf, longtemps directeur financier puis patron jusqu'en 2022, siège au conseil. Un successeur permanent est attendu au deuxième trimestre 2027. L'intérimaire fixe trois priorités : relancer l'Europe, investir davantage dans les marques et améliorer la rentabilité. Les ventes se portent nettement mieux en Amérique du Nord et en Asie.
Dans la filiale allemande, deux changements prennent effet le 26 octobre : Michal Spiller quitte son poste après 23 ans, et Ali Kulein, jusque-là responsable pour l'Autriche, lui succède.
Pourquoi la pression est montée
Fin septembre 2026, Lindt a abaissé pour la deuxième fois de l'année sa prévision de croissance organique, de 6 à 8 % à seulement 0 à 2 %. En cause : l'envolée du cacao et une consommation en retrait en Europe.
Le groupe avait répercuté la hausse sur les rayons, avec des prix de vente en hausse de 11,8 % en moyenne au premier semestre, selon Bluewin. Les volumes ont fortement reculé en Allemagne, en Suisse et au Royaume-Uni. Lindt a ensuite rogné certains prix durant l'été et mise sur des formats plus petits. La canicule estivale a aussi pesé sur les ventes de chocolat.
L'analyste de Vontobel cité par Reuters juge que le conseil « aurait pu intervenir plus tôt » et souhaite un renouvellement supplémentaire du conseil au printemps prochain.
Ce que cela change pour un actionnaire suisse
Un changement de direction en pleine tourmente n'est ni bon ni mauvais en soi pour un titre. Il ouvre une période d'incertitude jusqu'à la nomination d'un successeur, au printemps 2027. Pour un épargnant, la vraie question n'est pas « faut-il vendre Lindt ? » mais « quelle part de mon patrimoine dépend d'une seule action ? ».
Un gestionnaire de patrimoine regarde trois points :
- La concentration : une position unique qui dépasse 10 à 15 % du portefeuille expose à un risque propre à l'entreprise, que la diversification permet justement de réduire.
- L'horizon de placement : un retraité qui doit retirer de l'argent dans deux ans n'a pas la même marge de manœuvre qu'un investisseur de 40 ans.
- La fiscalité : en Suisse, les gains en capital réalisés sur la fortune privée sont en principe exonérés, mais les pertes ne sont pas déductibles du revenu. Vendre pour « réaliser une perte » n'apporte donc aucun avantage fiscal à un particulier. Les règles précises se trouvent sur le site de l'Administration fédérale des contributions.
Un cas concret : 400 000 francs, dont un quart en chocolat
Prenons un cas fictif, construit pour illustrer le raisonnement. Une cadre de 52 ans à Zurich détient un portefeuille de 400 000 francs. Au début de 2026, 100 000 francs, soit 25 % du total, étaient investis en actions Lindt, héritées de ses parents.
Si le titre a perdu environ 25 % depuis janvier, cette ligne vaut désormais près de 75 000 francs. La perte latente atteint 25 000 francs, soit 6,25 % du portefeuille entier, à cause d'une seule entreprise. Le poids de Lindt est tombé à environ 20 % du portefeuille, ce qui reste très élevé.
Si elle vend la moitié de la position, elle encaisse environ 37 500 francs. Sans impôt sur le gain, puisque la plus-value éventuelle sur fortune privée est exonérée, elle peut les réinvestir dans un portefeuille diversifié. Le poids de Lindt tombe alors vers 11 %.
Si elle ne fait rien et que le titre perd encore 15 % à l'annonce de mauvais chiffres, la perte supplémentaire s'élève à environ 11 000 francs sur la ligne, sans aucun amortisseur ailleurs. À l'inverse, si le titre rebondit avec un nouveau CEO, elle profite de la hausse sur la part conservée. Le but n'est pas de deviner le cours, mais de choisir un niveau de risque supportable avant que le marché ne choisisse à sa place.
Ces chiffres sont illustratifs. Seul un conseiller peut les adapter à une situation réelle : droits de succession, indivision éventuelle, dividendes attendus, autres actifs.
Les erreurs fréquentes des détenteurs d'une action unique
Les situations comme celle de notre cadre zurichoise sont courantes en Suisse, où des titres de grandes entreprises passent souvent de génération en génération. Trois réflexes reviennent chez les conseillers.
Le premier est l'attachement affectif : on garde l'action « parce que la famille l'a toujours eue ». Le deuxième est l'espoir de revenir au prix d'achat avant de vendre, alors que le marché ne connaît pas votre prix de revient. Le troisième est le contraire : tout liquider d'un coup par peur, sans tenir compte des frais de transaction ni d'un éventuel rebond.
Une solution médiane consiste à vendre par tranches, par exemple un tiers tous les trimestres, afin de lisser le prix de sortie. Cette méthode réduit le regret, quelle que soit l'évolution du cours après l'annonce du 19 octobre 2026.
Ce que le départ dit de la gouvernance
Le remplacement d'un directeur général par un ancien patron de 71 ans est un signal de transition, pas un plan à long terme. Les investisseurs surveilleront plusieurs éléments dans les prochains mois :
- la nomination d'un candidat externe ou interne au deuxième trimestre 2027 ;
- les résultats annuels, qui montreront si les baisses de prix et les petits formats relancent les volumes ;
- l'évolution du cacao, dont dépend la marge brute ;
- d'éventuels changements au sein du conseil d'administration au printemps.
Lindt reste un groupe rentable, présent en Amérique du Nord et en Asie. Mais son cas rappelle qu'une marque solide peut souffrir d'une hausse des coûts de matières premières que les clients refusent de payer.
Pourquoi l'Europe pèse autant
Selon Bluewin, la baisse des volumes touche surtout l'Allemagne, la Suisse et le Royaume-Uni, des marchés où Lindt réalise une part importante de ses ventes. Les consommateurs y ont réagi aux hausses de prix plus vivement que prévu, en choisissant des marques de distributeur ou des tablettes plus petites. Pour un investisseur, cela signifie que le redressement dépendra moins de l'Asie ou de l'Amérique du Nord, déjà bien orientées, que de la capacité du groupe à regagner la confiance des acheteurs européens.
Que faire maintenant
- Mesurer le poids réel de chaque action dans votre patrimoine, y compris celles détenues via votre caisse de pension ou des fonds.
- Fixer un seuil de concentration que vous acceptez, par exemple 10 % par ligne, et agir en conséquence.
- Éviter la décision à chaud : une vente ou un achat motivé uniquement par le titre du jour est rarement une stratégie.
- Demander un avis indépendant si la position provient d'un héritage ou représente une part importante de votre épargne.
Un conseiller en gestion de patrimoine d'Expert Zoom peut analyser la répartition de votre portefeuille, estimer l'impact d'un repositionnement et vous aider à bâtir une allocation adaptée à votre horizon.
Cet article a une portée informative et ne constitue pas un conseil en placement. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et tout investissement comporte un risque de perte en capital.

Isabelle Rey