Sur l'A4, entre Rütihof et Cham, un camion de 46 ans n'a pas vu l'automobiliste lors d'un changement de voie et s'est renversé sur sa voiture ce lundi. La conductrice de 25 ans a été grièvement blessée. L'A4, axe structurant du canton de Zoug vers l'agglomération zurichoise, a été fermée pendant six heures. Ce type d'accident soulève une question que peu de conducteurs anticipent : que devient l'animal de compagnie qui se trouve à bord au moment de la collision ?
En Suisse, on estime que plus de 1,8 million de ménages possèdent un chien ou un chat. Une majorité d'entre eux l'emmène régulièrement en voiture — pour le vétérinaire, les vacances, les balades en montagne. Pourtant, selon une enquête du Touring Club Suisse (TCS), moins de 30 % des propriétaires sécurisent correctement leur animal lors des trajets. Les conséquences en cas d'accident peuvent être dramatiques — pour l'animal, mais aussi pour le conducteur sur le plan légal et financier.
L'A4 en chiffres : un axe à risques
L'autoroute A4 relie Lucerne à Zurich en traversant les cantons de Zoug, Schwyz et Zurich. Elle fait partie des tronçons les plus chargés du réseau autoroutier suisse, avec plus de 70 000 véhicules par jour aux heures de pointe dans certaines sections. Les changements de voies fréquents entre poids lourds et voitures particulières en font statistiquement l'un des axes les plus accidentogènes de Suisse centrale.
Lors d'un accident à 90 km/h, les forces exercées sur les occupants du véhicule — et sur les objets non fixés — peuvent atteindre plusieurs fois le poids corporel. Un chien de 30 kg non attaché devient ainsi un projectile de plusieurs centaines de kilos d'énergie cinétique. Le risque pour les passagers humains est réel, mais les blessures subies par l'animal lui-même peuvent être tout aussi graves : fractures, traumatismes crâniens, hémorragies internes.
Ce que dit la loi suisse sur le transport d'animaux
En Suisse, la Loi fédérale sur la circulation routière (LCR) est claire : un animal transporté dans un véhicule est juridiquement assimilé à un chargement. À ce titre, il doit être arrimé de manière à ne pas entraver la conduite, ne pas mettre en danger les autres occupants et ne pas risquer de se déplacer lors d'un freinage brusque ou d'une collision.
L'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) précise par ailleurs que le transport d'animaux doit respecter les dispositions de la Loi sur la protection des animaux (LPA) : espace suffisant, ventilation adéquate, et absence de stress inutile. Un animal enfermé dans un coffre surchauffé ou un portabagages inadapté peut constituer une infraction à cette loi.
Concrètement, cela signifie :
- Interdiction stricte de laisser l'animal sur les genoux du conducteur ou sur le siège passager avant non sécurisé
- Obligation de confinement : cage de transport, filet de séparation homologué, ou harnais avec point d'ancrage certifié
- Espace minimum : l'animal doit pouvoir se retourner et se coucher normalement
En cas d'infraction constatée par la police lors d'un accident, une amende peut être infligée et la responsabilité du conducteur peut être engagée, notamment si la présence non sécurisée de l'animal a contribué au sinistre.
L'analyse de la vétérinaire : des urgences trop souvent méconnues
Du point de vue vétérinaire, les traumatismes liés aux accidents de voiture chez les animaux de compagnie suivent des schémas prévisibles. Les chiens non attachés dans le coffre sont particulièrement exposés aux fractures des membres antérieurs (radius, ulna), aux luxations vertébrales et aux contusions pulmonaires. Ces blessures ne sont pas toujours immédiatement visibles : un animal en état de choc peut sembler calme pendant plusieurs heures avant de présenter des symptômes graves.
Le premier réflexe à adopter après un accident est de ne pas déplacer l'animal brusquement si vous suspectez une blessure à la colonne vertébrale. Il faut contenir l'animal calmement, le maintenir au chaud, et appeler une clinique vétérinaire d'urgence. En Suisse, les services d'urgence vétérinaire sont disponibles 24h/24 dans les grandes agglomérations, mais les délais de prise en charge peuvent dépasser deux heures dans les zones rurales du Jura ou des Préalpes.
Un point que beaucoup de propriétaires ignorent : si votre animal est blessé lors d'un accident dont vous êtes responsable, votre assurance responsabilité civile automobile ne couvre pas les frais vétérinaires de votre propre animal. Elle couvre uniquement les dommages causés à des tiers — y compris les animaux appartenant à d'autres personnes.
Cas concret : Sophie et son border collie sur l'A4
Prenons la situation suivante, typique de ce que vivent des propriétaires chaque année en Suisse. Sophie, 38 ans, roule en direction de Zurich sur l'A4 avec son border collie de 4 ans, Pixel, installé dans le coffre de son SUV — séparé par une grille métallique, mais sans harnais supplémentaire.
Un poids lourd effectue un changement de voie brusque à hauteur de Hünenberg. Sophie freine d'urgence. L'impact latéral est inévitable : le véhicule est percuté et part en tête-à-queue. Pixel est projeté contre la paroi du coffre. Bilan : fracture ouverte du radius droit, contusion thoracique, suspicion de pneumothorax.
Si Pixel avait été dans une cage homologuée avec fixation : l'énergie de l'impact aurait été absorbée par la structure de la cage ancrée au plancher. Les fractures auraient pu être évitées.
Sans assurance animaux : Sophie doit régler elle-même la facture. Chirurgie orthopédique (pose d'une plaque vissée sur le radius) : CHF 3'800. Hospitalisation 48h en clinique vétérinaire spécialisée : CHF 1'200. Radio et scanner initial aux urgences : CHF 650. Total : CHF 5'650 — une somme que la RC auto de Sophie ne couvre pas, et que sa caisse-maladie (humaine) ne prend évidemment pas en charge.
Avec une assurance animaux incluant la couverture accident : à 90 % de remboursement (franchise de CHF 200), Sophie ne débourse que CHF 765 sur les CHF 5'650 engagés. La prime mensuelle pour une telle assurance tourne autour de CHF 30 à 60 par mois pour un chien de taille moyenne.
La différence entre CHF 765 et CHF 5'650 illustre concrètement l'enjeu financier d'une préparation anticipée.
Quatre réflexes à adopter avant de prendre la route avec votre animal
1. Choisir le bon dispositif de sécurité. Les tests du TCS distinguent trois catégories fiables : les caisses de transport rigides homologuées (les plus protectrices), les harnais avec point d'ancrage certifié ISO 27956, et les filets de séparation robustes (qui empêchent la projection vers l'avant, mais pas les chocs latéraux dans le coffre). Les harnais achetés en grande surface sans certification ne sont pas considérés comme sûrs lors d'un choc à plus de 50 km/h.
2. Vérifier votre couverture d'assurance. La RC auto ne couvre pas votre propre animal. L'assurance véhicule à casco complète peut parfois inclure une clause pour les animaux de compagnie blessés dans le véhicule assuré — vérifiez votre contrat ou demandez une confirmation écrite à votre assureur.
3. Connaître le protocole d'urgence vétérinaire. Gardez le numéro d'une clinique vétérinaire d'urgence proche des axes que vous empruntez régulièrement. En cas d'accident sur l'A4, la clinique vétérinaire de Cham (ZG) et celle de Baar sont des points de référence accessibles depuis le tronçon Hünenberg-Rotkreuz.
4. Consulter un vétérinaire même sans symptômes visibles. Après tout accident ayant impliqué un freinage brutal ou un choc, une consultation vétérinaire s'impose dans les 12 heures. Les contusions internes (pulmonaires, hépatiques) ne se manifestent parfois qu'après plusieurs heures. Un bilan clinique rapide peut éviter des complications graves.
Ce que révèle un accident : l'angle mort des conducteurs suisses
Les accidents sur l'A4 — comme celui survenu près d'Hünenberg ce lundi — rappellent que la sécurité à bord ne se limite pas aux ceintures de sécurité et aux sièges enfants. Les animaux de compagnie constituent un angle mort réglementaire et assurantiel que beaucoup de conducteurs suisses découvrent trop tard, au moment du sinistre.
La réglementation suisse offre un cadre clair — mais c'est aux propriétaires de s'y conformer activement. Ni le vétérinaire, ni l'assureur, ni la police ne peuvent anticiper à votre place la configuration du coffre de votre véhicule lors de votre prochain trajet sur l'A4.
Pour en savoir plus sur les obligations légales de transport d'animaux en Suisse, sur les couvertures d'assurance disponibles pour votre animal, ou pour obtenir l'avis d'un vétérinaire spécialisé sur les traumatismes post-accident, vous pouvez consulter un expert directement via Expert Zoom.
Cet article contient des informations à caractère médical et juridique général. Il ne remplace pas une consultation vétérinaire ou juridique personnalisée. En cas d'urgence vétérinaire, contactez immédiatement une clinique vétérinaire de garde.

Nadine Keller