Vous travaillez dans une cordonnerie, une usine de fabrication de chaussures ou chez un grossiste en articles chaussants ? La convention collective nationale de l'industrie de la chaussure et des articles chaussants — IDCC 1580 — encadre vos droits et ceux de votre employeur depuis le 31 mai 1968, révisée par protocole d'accord du 7 mars 1990 et étendue par arrêté du 29 octobre 1990 (JORF du 1er novembre 1990). Ce texte conventionnel couvre un secteur regroupant plusieurs milliers de salariés en France, des ouvriers de production aux cadres commerciaux.
Qui est couvert par la CCN IDCC 1580 ?
La convention collective de l'industrie de la chaussure et des articles chaussants s'applique aux entreprises dont l'activité principale relève de la fabrication, du façonnage et du commerce de gros de chaussures de toutes natures, ainsi que des articles chaussants connexes (chaussettes, collants, guêtres, jambières). Elle concerne à la fois les ouvriers de production, les employés administratifs, les agents de maîtrise, les techniciens et les cadres travaillant dans ces établissements.
Le champ d'application géographique est national. Les entreprises dont le code NAF (Nomenclature d'Activités Française) relève des divisions 15.20Z (fabrication de chaussures) ou 46.42Z (commerce de gros d'habillement et de chaussures) sont les plus directement concernées. En cas de doute sur l'application de cette convention à votre situation, le texte officiel est consultable sur Légifrance.
À retenir : La CCN 1580 ne s'applique pas aux commerces de détail de chaussures, qui relèvent d'une convention collective distincte (IDCC 733). Si vous êtes vendeur en boutique, votre texte de référence est différent.
Quelle est la durée du travail dans l'industrie de la chaussure ?
La CCN IDCC 1580 fixe la durée légale de référence à 35 heures hebdomadaires, conformément à la loi du 19 janvier 2000 (loi Aubry II). Des aménagements du temps de travail sont toutefois possibles par accord d'entreprise ou d'établissement, notamment l'annualisation des horaires dans les unités de production soumises à des variations saisonnières de commandes.
Les heures supplémentaires sont majorées selon les règles légales : 25 % pour les 8 premières heures au-delà de 35 heures, et 50 % au-delà. La convention prévoit également des dispositions spécifiques pour le travail en équipes successives (travail posté), fréquent dans les ateliers de fabrication. Les salariés en travail de nuit (entre 21h et 6h) bénéficient de contreparties sous forme de repos compensateur ou de majoration salariale, conformément aux dispositions de l'article L. 3122-8 du Code du travail.
Quels sont les salaires minima conventionnels ?

La grille de salaires minima de la CCN 1580 est négociée périodiquement par les partenaires sociaux. Elle établit des planchers par catégorie professionnelle, que l'employeur ne peut en aucun cas descendre en dessous, même si la rémunération réelle du salarié est négociée à un niveau supérieur. Voici une grille indicative simplifiée basée sur les dernières mises à jour conventionnelles :
| Niveau | Catégorie | Salaire mensuel brut minimum (2024) |
|---|---|---|
| I | Ouvrier / Employé débutant | 1 766 € |
| II | Ouvrier qualifié / Employé qualifié | 1 820 € |
| III | Agent de maîtrise / Technicien | 1 980 € |
| IV | Technicien supérieur / AM confirmé | 2 250 € |
| V | Cadre | 2 680 € |
| VI | Cadre supérieur | 3 400 € |
Point clé : Ces minima s'entendent hors primes et avantages en nature. Le Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance (SMIC) reste le plancher absolu : aucun salarié couvert par la CCN 1580 ne peut percevoir moins de 1 801,80 € brut/mois (SMIC 2024, base 35h). Si un échelon conventionnel est inférieur au SMIC légal, c'est automatiquement le SMIC qui s'applique.
Quelles primes et indemnités prévoit la convention collective ?
La CCN de l'industrie de la chaussure prévoit plusieurs primes spécifiques venant compléter le salaire de base :
- Prime d'ancienneté : elle s'ajoute au salaire mensuel brut à raison de 3 % après 3 ans d'ancienneté dans la même entreprise, puis 1 % supplémentaire par tranche de 2 ans, dans la limite généralement fixée à 15 %. L'ancienneté s'apprécie en tenant compte des périodes assimilées (congé maternité, congé maladie, etc.).
- 13e mois : la convention peut prévoir une prime de fin d'année équivalente à un treizième mois de salaire, sous réserve des accords d'entreprise applicables. La pratique est répandue dans les grands groupes du secteur.
- Prime de panier / restauration : les salariés effectuant des horaires décalés ou postés bénéficient d'une indemnité de panier dont le montant est fixé par accord collectif ou usage d'entreprise, exonérée de cotisations sociales dans la limite des plafonds URSSAF.
- Indemnité de déplacement : les représentants commerciaux et techniciens itinérants perçoivent des remboursements de frais selon les barèmes conventionnels ou les notes de frais réels.
Ces primes s'ajoutent aux obligations légales (prime d'intéressement si accord, participation aux bénéfices pour les entreprises de plus de 50 salariés).
Comment fonctionne le préavis et la rupture du contrat ?
Durée du préavis selon la catégorie
La CCN IDCC 1580 encadre les délais de préavis applicables en cas de licenciement ou de démission. Ces durées varient selon la catégorie professionnelle et l'ancienneté du salarié :
- Ouvriers et employés : 1 mois de préavis, porté à 2 mois après 2 ans d'ancienneté.
- Agents de maîtrise et techniciens : 2 mois de préavis, quelle que soit l'ancienneté.
- Cadres : 3 mois de préavis minimum, conformément aux dispositions conventionnelles et à l'article L. 1237-19 du Code du travail.
En cas de licenciement pour motif économique, les règles du Code du travail s'appliquent en complément : le salarié peut bénéficier d'une priorité de réembauche pendant 12 mois et d'un congé de reclassement dans les entreprises de plus de 1 000 salariés.
Indemnité de licenciement conventionnelle
L'indemnité conventionnelle de licenciement est calculée sur la base du salaire brut moyen des 12 derniers mois (ou des 3 derniers mois si plus favorable). La formule appliquée est généralement plus favorable que l'indemnité légale fixée par l'article R. 1234-2 du Code du travail (1/4 de mois par année d'ancienneté pour les 10 premières années, 1/3 au-delà). Le salarié perçoit toujours le montant le plus élevé entre l'indemnité légale et l'indemnité conventionnelle.
Quels sont les droits à congés et aux absences autorisées ?
Congés payés annuels
La CCN 1580 applique la règle légale de 5 semaines de congés payés annuels (25 jours ouvrables ou 30 jours ouvrés), acquis à raison de 2,5 jours ouvrables par mois de travail effectif. La période de référence d'acquisition va du 1er juin au 31 mai de l'année suivante, bien que des aménagements soient possibles par accord.
Congés pour événements familiaux
La convention prévoit des jours d'absence autorisés rémunérés pour les événements familiaux suivants :
- Mariage ou PACS du salarié : 4 jours ouvrés
- Mariage d'un enfant : 2 jours ouvrés
- Naissance ou adoption : 3 jours (en complément du congé légal)
- Décès d'un conjoint, enfant, père ou mère : 3 à 5 jours selon les accords
- Décès d'un beau-parent, frère ou sœur : 1 à 3 jours
Ces absences ne peuvent pas être déduites du congé annuel. Elles doivent être justifiées par un document officiel (acte de mariage, avis de naissance, certificat de décès).
Maladie et maintien de salaire
En cas d'arrêt maladie, la CCN prévoit un maintien de salaire en complément des indemnités journalières de la Sécurité sociale (Ameli), dans des conditions d'ancienneté progressives. Après 1 an d'ancienneté, le salarié peut bénéficier d'un maintien à 90 % de sa rémunération brute pendant une période déterminée, puis à 75 %. La durée exacte varie selon la catégorie professionnelle.
Ce que la CCN 1580 apporte de plus que le Code du travail

La convention collective de l'industrie de la chaussure déroge favorablement au Code du travail sur plusieurs points essentiels :
- Ancienneté valorisée dès 3 ans : le Code du travail ne prévoit pas de prime d'ancienneté obligatoire. La CCN 1580 impose une majoration de 3 % dès la 3e année d'ancienneté, ce qui représente un avantage concret pour les salariés fidèles à l'entreprise.
- Indemnité de licenciement majorée : la formule conventionnelle est calculée sur une base plus favorable que le minimum légal pour les salariés ayant une ancienneté significative, notamment au-delà de 5 ans.
- Jours de congés familiaux étendus : la convention prévoit des jours supplémentaires pour certains événements par rapport aux 3 jours légaux pour la naissance ou au 1 jour pour le décès d'un frère ou sœur.
- Maintien de salaire maladie structuré : l'obligation conventionnelle de maintien de salaire est plus détaillée et souvent plus généreuse que les minima légaux issus de l'article L. 1226-1 du Code du travail.
À retenir : Lorsqu'une disposition conventionnelle est plus favorable que la loi, c'est toujours la convention qui s'applique. L'employeur ne peut pas revenir au minimum légal si la CCN offre de meilleures garanties.
Comment vérifier que votre employeur applique correctement la CCN 1580 ?
Étapes pour contrôler l'application de votre convention collective
- Identifiez votre code IDCC sur votre bulletin de paie : le numéro 1580 doit apparaître dans la mention « Convention collective applicable » ou « CC : 1580 ». S'il est absent, demandez-le par écrit à votre service RH.
- Téléchargez le texte de référence : la version consolidée de la CCN est accessible gratuitement sur Légifrance (identifiant KALICONT000005635234). Comparez les clauses relatives à votre situation (salaire, préavis, congés).
- Consultez les avenants en vigueur : des avenants salariaux sont négociés régulièrement et peuvent avoir été étendus. Vérifiez la date de la dernière mise à jour sur Légifrance.
- Saisissez les représentants du personnel : en cas de doute, le délégué syndical ou le Comité Social et Économique (CSE) peut vous orienter. Ils disposent des textes applicables dans l'entreprise.
- Contacter l'inspection du travail : si vous pensez que votre employeur ne respecte pas les minima conventionnels, vous pouvez saisir la DREETS (Direction Régionale de l'Économie, de l'Emploi, du Travail et des Solidarités) de votre région.
Cette démarche vaut également si vous êtes employeur : appliquer correctement la convention collective vous protège de tout contentieux prud'homal et de rappels de salaires pouvant courir sur 3 ans (prescription civile).
Questions fréquentes sur la CCN IDCC 1580
La CCN 1580 s'applique-t-elle aux entreprises de réparation de chaussures (cordonneries) ? Cela dépend de l'activité principale de l'établissement. Les cordonneries artisanales de réparation relèvent généralement d'une autre convention collective (commerce de détail ou artisanat). En revanche, si l'entreprise fabrique également des chaussures ou exerce principalement une activité industrielle, la CCN 1580 peut s'appliquer. En cas de doute, consultez le code NAF de votre employeur et rapprochez-vous d'un conseiller juridique.
Un employeur peut-il appliquer une convention collective moins favorable que la CCN 1580 ? Non. Le principe de faveur inscrit dans le Code du travail interdit à l'employeur d'appliquer un régime moins protecteur que celui prévu par la convention de branche étendue. L'extension de la CCN 1580 par arrêté ministériel du 29 octobre 1990 la rend obligatoire pour toutes les entreprises du secteur couvert, y compris celles non adhérentes à une organisation patronale signataire.
Comment calculer ma prime d'ancienneté sous la CCN 1580 ? La prime d'ancienneté se calcule en appliquant le taux conventionnel (3 % après 3 ans, puis +1 % par tranche de 2 ans supplémentaires) au salaire minimum conventionnel de votre catégorie — et non à votre salaire réel si celui-ci est supérieur. Si votre employeur calcule la prime sur votre salaire réel, c'est une pratique plus favorable que la CCN ; vous en bénéficiez sans obligation pour lui.
Avertissement : Les informations présentes sur cette page sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un conseil juridique. Consultez un avocat spécialisé en droit du travail pour votre situation personnelle.













