Victime d'un refus d'obtempérer : comment obtenir indemnisation en 2026 ?
En 2025, les forces de l'ordre ont enregistré 28 200 cas de refus d'obtempérer en France, soit une hausse de 11 % par rapport à 2024, selon le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI, avril 2025). Derrière chaque chiffre, des victimes : piétons renversés, automobilistes percutés, riverains traumatisés par des courses-poursuites. Si vous avez été blessé ou que vos biens ont été endommagés par un conducteur en fuite, vous disposez de droits précis pour obtenir réparation — et un avocat spécialisé peut faire toute la différence.
Un phénomène en forte hausse qui frappe des civils innocents
Le refus d'obtempérer — défini par l'article L. 233-1 du Code de la route comme le fait de ne pas obtempérer à une injonction de s'arrêter donnée par un agent de police ou de gendarmerie en tenue apparente — n'est pas qu'un conflit entre conducteurs et forces de l'ordre. Dans de nombreux cas, la course-poursuite qui s'ensuit se termine dans un quartier résidentiel, sur un trottoir ou contre un véhicule en stationnement.
Parmi les 28 200 cas recensés en 2025, environ 21 % impliquaient des circonstances aggravantes, c'est-à-dire un danger délibéré créé pour autrui. Ces situations sont précisément celles où des tiers civils se retrouvent victimes collatérales : chocs latéraux à un carrefour, renversements de piétons, destructions de devantures commerciales, traumatismes psychologiques liés à une scène de violence routière soudaine.
Depuis la loi du 9 juillet 2025 (n° 2025-622), le législateur a créé une nouvelle infraction d'homicide routier, dans laquelle le refus d'obtempérer constitue une circonstance aggravante explicite lorsqu'un décès en résulte. Cette évolution reconnaît formellement la gravité des dommages causés aux tiers — et renforce les droits des victimes à se constituer partie civile.
Vos droits en tant que victime : la constitution de partie civile
Lorsque le conducteur ayant refusé d'obtempérer est identifié et poursuivi pénalement, vous pouvez vous constituer partie civile devant le tribunal correctionnel. Cette démarche vous permet :
- d'obtenir des dommages et intérêts pour votre préjudice corporel, matériel et moral ;
- d'être associé à la procédure pénale sans avoir à introduire une action civile séparée ;
- de bénéficier de l'aide juridictionnelle si vos ressources sont limitées.
La constitution de partie civile peut s'effectuer avant l'audience (par courrier recommandé au greffe du tribunal) ou directement à l'audience. Un avocat vous accompagnera dans la rédaction du mémoire de partie civile et dans l'évaluation précise de votre préjudice.
Pour connaître vos droits en tant que victime d'infraction, le portail officiel service-public.fr détaille les démarches d'indemnisation et les délais à respecter.
Le rôle crucial du FGTI : quand le conducteur est insolvable
Un conducteur en fuite n'est pas toujours identifié. Et même quand il l'est, il peut être insolvable, sans assurance valide, ou détenteur d'un véhicule volé. Dans ces situations, les victimes ne se retrouvent pas sans recours : le Fonds de Garantie des victimes des actes de Terrorisme et d'autres Infractions (FGTI) intervient pour indemniser les dommages corporels causés par des infractions pénales, y compris les violences routières volontaires.
Pour saisir le FGTI, vous devez :
- Déposer une plainte auprès des forces de l'ordre dans les meilleurs délais (conserver le récépissé) ;
- Réunir les preuves de votre préjudice : certificats médicaux, factures de réparation, arrêts de travail, témoignages ;
- Saisir la Commission d'indemnisation des victimes d'infractions (CIVI) auprès du tribunal judiciaire de votre lieu de résidence ;
- Respecter le délai de trois ans à compter de la date de l'infraction pour présenter votre demande.
Le FGTI peut couvrir les préjudices corporels graves : incapacité temporaire totale, invalidité permanente, préjudice esthétique, souffrances endurées, préjudice d'agrément. Les dommages matériels purs (véhicule endommagé, vitre brisée) relèvent en revanche de l'assurance ou du fonds de garantie automobile (FGA), selon les circonstances.
Délais et procédure : les erreurs à ne pas commettre
Dans l'urgence de l'accident, plusieurs réflexes sont indispensables pour ne pas perdre vos droits :
Dans les 24 à 48 heures :
- Déposez une plainte (pas seulement une main courante, qui ne déclenche pas l'action publique) ;
- Faites constater vos blessures par un médecin, même légères, en précisant le lien avec l'accident ;
- Photographiez les dégâts matériels et la scène si vous en êtes capable ;
- Recueillez les coordonnées de témoins.
Dans les semaines suivantes :
- Conservez tous les justificatifs de frais (médicaux, transport, perte de revenus) ;
- Ne signez aucun accord amiable avec l'assurance du conducteur sans avis juridique — les offres initiales sont souvent insuffisantes au regard de votre préjudice réel ;
- Sollicitez une expertise médicale indépendante si votre état de santé évolue.
À noter : si des forces de l'ordre ont été impliquées dans la poursuite, la responsabilité de l'État peut également être engagée dans certaines conditions, notamment si la conduite de la course-poursuite a contribué au dommage.
Pourquoi consulter un avocat spécialisé
L'évaluation du préjudice en cas d'accident de la route est une discipline complexe. La distinction entre incapacité temporaire partielle et totale, l'évaluation du préjudice d'agrément, la consolidation médicale, l'incidence professionnelle — autant de notions techniques que les assureurs maîtrisent mieux que la plupart des victimes non accompagnées.
Un avocat spécialisé en droit du dommage corporel vous permettra de :
- chiffrer précisément l'ensemble de vos postes de préjudice (nomenclature Dintilhac) ;
- négocier avec l'assureur adverse ou le FGTI en position de force ;
- anticiper les délais de consolidation avant d'accepter une indemnisation définitive ;
- exercer un recours en cas d'offre manifestement insuffisante.
Les affaires de refus d'obtempérer ayant causé des blessures graves ou un décès peuvent donner lieu à des indemnisations significatives, notamment lorsque le préjudice professionnel ou le préjudice d'affection des proches (en cas de décès) sont correctement évalués.
Sur Expert Zoom, vous pouvez consulter un avocat en droit routier et dommages corporels pour obtenir un premier avis juridique sur votre dossier, sans déplacement.
Ce qu'il faut retenir
Face à la multiplication des refus d'obtempérer en France — 28 200 en 2025, +11 % en un an — les victimes civiles ne doivent pas rester sans recours. La constitution de partie civile, la saisine du FGTI et l'accompagnement par un avocat spécialisé sont les trois piliers d'une indemnisation juste.
Si vous êtes victime d'un tel incident, ne tardez pas : les délais de procédure sont stricts et chaque semaine perdue peut fragiliser votre dossier. Un avocat en droit du dommage corporel peut analyser votre situation en moins d'une heure et vous indiquer la stratégie la plus adaptée à votre cas.
Cet article a une vocation informative générale. Il ne constitue pas un avis juridique. En matière de préjudice corporel ou d'indemnisation, la situation personnelle de chaque victime est unique : consultez un professionnel qualifié pour une analyse adaptée à votre dossier.

Audrey Camara