Le retour de Raphaël Pépin sur le petit écran via Uncut saison 2 sur M6+ en 2026 a ravivé une vieille blessure : en 2018, il avait dénoncé publiquement ce qu'il appelait un « montage défavorable » lors des Vacances des Anges 3, affirmant que la production avait tronqué ses interventions pour le présenter sous un mauvais jour. À l'époque, il n'avait engagé aucune action judiciaire. Mais aujourd'hui, la loi française offre aux candidats de téléréalité des recours bien plus concrets pour défendre leur image — à condition de les connaître avant et après la signature.
"Uncut" et la question du montage : pourquoi l'affaire Pépin reste d'actualité en 2026
Le cas de Raphaël Pépin n'est pas isolé. En avril 2025, l'ARCOM (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) a mis en demeure M6 et RTL à la suite du signalement d'une participante d'une émission de Julien Courbet, estimant que la chaîne avait violé ses obligations contractuelles relatives au respect du droit à l'image. C'est la première mise en demeure publique d'une chaîne du groupe M6 pour ce motif précis — un signal fort envoyé à l'ensemble du secteur.
Ce signal intervient alors que la téléréalité française connaît un renouveau en 2026, entre relance de Les Anges (que Raphaël Pépin a lui-même décliné, préférant ses activités de coaching et de podcast) et prolifération des formats courts sur les plateformes. Le nombre de candidats recrutés augmente, et avec lui, le nombre de litiges potentiels liés au montage.
Ce que dit la loi française sur le droit à l'image des candidats
Le droit français distingue plusieurs protections, qui s'appliquent aux candidats de téléréalité même après la signature d'un contrat de participation.
Le droit à l'image (article 9 du Code civil) garantit à toute personne un contrôle exclusif sur son image. Ce droit ne disparaît pas entièrement avec la cession contractuelle consentie : toute cession doit être délimitée dans son objet, sa durée et sa portée géographique. Un montage qui déforme la réalité d'une scène — par exemple, placer un sourire dans un contexte qui lui est étranger pour suggérer une approbation non exprimée — peut excéder le cadre de la cession consentie et constituer une atteinte distincte.
L'article 226-8 du Code pénal sanctionne le montage de paroles ou d'images d'une personne réelle sans son consentement, lorsqu'il lui porte atteinte à son honneur ou à sa réputation. La peine prévue est d'un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende. Cette disposition, peu connue des candidats, s'applique indépendamment du contrat signé.
La recommandation ARCOM sur la protection des participants, héritée de la charte CSA de 2010 et renforcée en 2023, impose aux diffuseurs de s'assurer que le montage ne porte pas atteinte à la dignité et à la réputation des candidats. En cas de manquement constaté, l'ARCOM peut mettre en demeure la chaîne et infliger une sanction financière pouvant représenter jusqu'à 3 % de son chiffre d'affaires annuel — soit plusieurs dizaines de millions d'euros pour un groupe comme M6.
Léa, 24 ans, candidate en 2026 : ce que le droit lui permettait de faire
Prenons le cas de Léa, 24 ans, étudiante en master à Lyon, qui participe en janvier 2026 à une émission de téléréalité diffusée sur une plateforme française. Elle signe un contrat standard cédant ses droits à l'image pour deux ans. À la diffusion en mars 2026, une scène la montre souriant quelques secondes après une dispute. Au montage, ce sourire est placé juste après une déclaration brutale d'un autre candidat, créant l'impression visuelle qu'elle approuve ses propos. Ses proches la reconnaissent, l'incompréhension s'installe, et ses réseaux sociaux se remplissent de commentaires négatifs.
Ce que la loi lui permet — avec des délais précis :
Si Léa n'agit pas dans les 12 mois suivant la diffusion (délai de prescription applicable aux actions en atteinte à l'image), elle perd tout recours judiciaire civil. En revanche, dans ce délai :
- Elle peut exercer son droit de réponse télévisé par lettre recommandée à la direction de la chaîne dans les 8 jours suivant la diffusion (article 6 de la loi du 29 juillet 1982 sur la communication audiovisuelle) : la chaîne dispose alors de 8 jours pour lui accorder un espace de 2 minutes minimum à l'antenne.
- Elle peut saisir l'ARCOM via son portail de signalement (arcom.fr), gratuitement, dans les 3 mois. Le délai de traitement est de 60 à 90 jours.
- Elle peut assigner la production en justice et obtenir entre 5 000 et 50 000 euros de dommages et intérêts selon la portée du préjudice, d'après les barèmes habituels de la jurisprudence française.
Le coût de la procédure versus le coût du silence : une consultation initiale auprès d'un avocat spécialisé en droit des médias coûte entre 150 et 350 euros à Paris, 100 à 250 euros en région. Sans action, Léa subit les conséquences professionnelles et personnelles du montage pendant les deux années restantes du contrat — durée pendant laquelle la production peut rediffuser librement la scène, l'exporter sur d'autres plateformes ou la monétiser en extraits courts sur les réseaux sociaux.
Si, à l'inverse, Léa consulte un avocat dans les 30 jours suivant la diffusion, celui-ci peut formuler une mise en demeure préalable à la production, obtenir le retrait de l'extrait litigieux des plateformes de streaming et, en cas de refus, engager une procédure en référé pour atteinte imminente au droit à l'image — procédure pouvant aboutir en 3 à 6 semaines.
Ce que les avocats recommandent avant même de signer
La protection la plus efficace intervient en amont, avant la signature. Trois clauses font la différence :
1. Limiter la durée de cession. Un contrat standard propose souvent 5 à 7 ans. Un avocat peut négocier une réduction à 18 ou 24 mois, limitant la durée d'exploitation des séquences litigieuses.
2. Exiger une clause de contrôle du montage. Certaines productions refusent, mais d'autres acceptent une disposition permettant au candidat de valider les séquences le concernant — ou a minima d'être notifié avant diffusion.
3. Inclure une clause de résiliation pour montage défavorable. Elle permet de demander le retrait de son image si le montage final dépasse le cadre de la cession consentie.
Ces clauses ne sont pas proposées spontanément par les producteurs. Elles doivent être négociées. L'intervention d'un avocat en droit des médias avant signature coûte généralement entre 300 et 700 euros pour une relecture et une négociation contractuelle — un montant modeste au regard des enjeux d'image et de réputation sur plusieurs années.
Selon les données publiées par l'ARCOM dans son rapport d'activité 2025, plus de 40 % des réclamations reçues concernant les émissions de flux (téléréalité, dating, jeux) portaient sur des questions de représentation et de montage — un chiffre en hausse de 12 points par rapport à 2022. L'autorité a d'ailleurs annoncé en septembre 2026 le renforcement de sa doctrine de contrôle des contrats types utilisés par les producteurs.
Les étapes concrètes si l'émission est déjà diffusée
Si vous êtes dans la situation que Raphaël Pépin a vécue en 2018 — contrat signé, émission diffusée, montage perçu comme une trahison — les recours existent mais s'épuisent rapidement :
Sous 8 jours : exercer le droit de réponse par lettre recommandée avec accusé de réception à la direction de la chaîne ou de la plateforme.
Sous 3 mois : saisir l'ARCOM via son portail en ligne, avec captures vidéo et témoignages à l'appui.
Sous 12 mois : engager une action civile devant le tribunal judiciaire pour atteinte au droit à l'image ou une action pénale sous l'article 226-8 du Code pénal.
En parallèle : consulter un avocat spécialisé en droit des médias pour évaluer si la situation justifie une procédure judiciaire ou un règlement amiable avec la production. Les barreaux de Paris et de Lyon proposent des consultations d'aide juridictionnelle à partir de 20 euros pour les revenus modestes.
Raphaël Pépin a choisi le silence en 2018, en partie parce qu'il ne savait pas exactement ce que la loi lui permettait de faire. Depuis la mise en demeure de M6 par l'ARCOM en 2025 et le renforcement de la recommandation sur la protection des participants, ce silence n'est plus la seule option disponible.
Pour savoir si votre situation ouvre droit à une action, un avocat spécialisé en droit des médias peut vous orienter lors d'une première consultation. Retrouvez les experts disponibles sur Expert Zoom.
Cet article a un caractère informatif général. Il ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour toute situation individuelle, consultez un avocat.

Nadia Kadiri