Pays Bigouden : des maisons rachetées pour être détruites — quels droits pour les propriétaires face à l'érosion côtière ?
Dans le hameau de Léhan, à Tréffiagat, dans le Finistère, sept maisons vont être achetées par la Communauté de communes du Pays Bigouden Sud et démolies. La raison : une menace imminente de submersion marine. Derrière la dune qui protège ces habitations, une modélisation 3D l'indique clairement — en cas de brèche, tout serait inondé en dix minutes. La collectivité a donc décidé d'agir : racheter les biens à prix de marché, les raser, et construire à leur place trois digues en terre pour mieux protéger le reste du quartier.
L'opération représente 2,8 millions d'euros pour sept logements, dont les prix s'échelonnent entre 250 000 € et 700 000 €. Parmi les propriétaires : deux résidences secondaires, un logement vacant, et quatre résidences principales — dont celle d'un homme de 92 ans.
Ce cas spectaculaire en Bretagne soulève une question qui concerne des milliers de propriétaires sur tout le littoral français : que se passe-t-il quand votre maison se retrouve dans une zone à risque, et qu'une collectivité souhaite la racheter ou vous oblige à partir ?
L'érosion côtière, un risque croissant qui frappe le portefeuille
La France compte près de 20 000 km de littoral. Selon les données publiées sur géorisques.gouv.fr, le portail officiel de l'État français dédié aux risques naturels, plus de 20 000 logements sont directement menacés par l'érosion côtière à horizon 2100, dont une part significative d'ici 2050.
Le littoral breton est particulièrement vulnérable : submersion marine, recul dunaire, affaissement des falaises. La situation de Tréffiagat — jusqu'à présent considérée comme une première en France — pourrait rapidement devenir un modèle reproduit sur d'autres communes du Finistère, du Morbihan, de Vendée ou de Charente-Maritime.
Pour les propriétaires concernés, les enjeux sont considérables :
- Perte de valeur du bien dès l'inscription en zone à risque
- Difficultés d'assurance ou hausse des primes
- Impossibilité de revendre sans information préalable obligatoire de l'acheteur (loi Barnier, article L271-4 du Code de la construction)
- Rachat contraint par la collectivité ou procédure d'expropriation
Deux voies légales : la cession amiable ou l'expropriation
Dans le cas du Pays Bigouden Sud, la collectivité a choisi la cession amiable à l'amiable : les propriétaires sont contactés, une offre au prix du marché est formulée, et ils peuvent accepter ou négocier. C'est la solution la plus favorable pour les deux parties.
Mais ce scénario n'est pas toujours possible. Si un propriétaire refuse de vendre, la collectivité peut engager une procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique, encadrée par le Code de l'expropriation pour cause d'utilité publique. Cette procédure comprend plusieurs étapes :
- Enquête publique : l'opération est soumise à enquête pour évaluer son utilité publique
- Arrêté de cessibilité : l'État déclare les biens expropriables
- Ordonnance d'expropriation par le juge judiciaire
- Fixation de l'indemnité par le juge de l'expropriation si aucun accord n'est trouvé
L'indemnité d'expropriation doit couvrir l'intégralité du préjudice : valeur vénale du bien, frais de déménagement, préjudice de réinstallation. Le juge fixe la valeur en tenant compte de l'état du marché immobilier local au moment du transfert de propriété — et non de la valeur dépréciée liée au risque.
Ce que vous pouvez faire si votre bien est concerné
Face à ce type de situation, les propriétaires ne sont pas sans défense. Un avocat spécialisé en droit immobilier ou en droit de l'expropriation peut vous aider à plusieurs niveaux :
Vérifier la régularité de la procédure Toute procédure d'expropriation doit respecter des règles strictes. Un vice de procédure (enquête publique incomplète, notifications irrégulières, délais non respectés) peut entraîner l'annulation de l'opération ou renforcer votre position de négociation.
Contester l'estimation du prix La valeur proposée par la collectivité ne correspond pas toujours à la valeur réelle du bien. Le juge de l'expropriation peut être saisi pour fixer une indemnité plus juste. Dans de nombreux cas, les propriétaires qui contestent obtiennent des compensations supérieures à l'offre initiale.
Négocier les indemnités annexes Au-delà du prix du bien, d'autres indemnités peuvent être réclamées : indemnité de remploi (frais de réacquisition d'un bien équivalent), frais de déménagement, perte de revenus locatifs si le bien est loué, préjudice moral dans certains cas.
Consulter en amont si vous envisagez d'acheter Avant tout achat en zone littorale, il est indispensable de vérifier si le bien est inclus dans un Plan de Prévention des Risques Littoraux (PPRL). Ce document, consultable en mairie ou sur géorisques.gouv.fr, identifie les zones à risque de submersion et d'érosion. Un bien en zone rouge PPRL peut être inassurable, invendable et soumis à contraintes de travaux très strictes.
Le droit de préemption : une alternative à l'expropriation
Dans certaines communes littorales, les collectivités disposent d'un droit de préemption renforcé dans les zones définies par les PPRL. Cela signifie que, si vous souhaitez vendre votre bien, la collectivité peut se substituer à l'acheteur au prix convenu. Ce mécanisme est moins traumatisant qu'une expropriation, mais peut bloquer une vente si le délai de réponse de la collectivité retarde la transaction.
La situation du Pays Bigouden préfigure ce que de nombreuses communes côtières françaises vont devoir affronter dans les prochaines années. Face à la montée des eaux, le droit de propriété entre en tension avec l'intérêt général. Connaître vos droits en amont est la meilleure protection.
Si votre bien est situé en zone littorale ou potentiellement concerné par un risque de submersion, un avocat spécialisé peut analyser votre situation, vérifier vos documents d'urbanisme et vous accompagner dans toute négociation avec une collectivité. ExpertZoom met en relation les particuliers avec des professionnels du droit qualifiés, disponibles rapidement.
Cet article est fourni à titre informatif. Consultez un professionnel qualifié pour toute situation personnelle liée à l'expropriation ou au droit immobilier.

Audrey Camara