Justine Braisaz-Bouchet quitte le groupe national : quels droits a une sportive face à sa fédération ?

Justine Braisaz-Bouchet en compétition de biathlon, Coupe du Monde IBU Oberhof 2020

Photo : Steffen Prößdorf / Wikimedia

4 min de lecture 10 juin 2026

Le 10 juin 2026, la biathlète Justine Braisaz-Bouchet a annoncé qu'elle allait préparer la prochaine saison en dehors du groupe national de la Fédération Française de Ski (FFS). Cette décision, prise d'un commun accord avec la Direction Technique Nationale et le président de la FFS, soulève une question que beaucoup de sportifs professionnels se posent : qu'est-ce qu'un athlète peut décider seul face à sa fédération, et quand doit-il ou elle passer par la case avocat ?

Double championne du monde (sprint, Lenzerheide 2025) et championne olympique en mass-start (Pékin 2022), Braisaz-Bouchet reste membre de l'équipe de France. Elle ne raccroche pas les skis. Elle choisit simplement d'organiser sa préparation autrement, autour de ses contraintes familiales, tout en conservant son objectif de rester compétitive au plus haut niveau.

Une décision amiable, mais encadrée juridiquement

La particularité du cas Braisaz-Bouchet est que tout s'est passé sans conflit ouvert. La FFS a accepté. Mais qu'est-ce qui se passerait si les deux parties ne trouvaient pas d'accord ? Le cadre juridique du sport de haut niveau en France est plus contraignant que beaucoup de sportifs ne l'imaginent.

Selon vie-publique.fr, les sportifs de haut niveau bénéficient en France d'un statut particulier, encadré par le Code du sport. Leur inscription sur la liste officielle du ministère des Sports leur ouvre des droits spécifiques : aménagements de formation, accès à des aides financières, double projet sportif et professionnel. Mais cette reconnaissance s'accompagne aussi d'obligations envers leur fédération.

Parmi ces obligations, certaines fédérations prévoient dans leurs règlements internes des regroupements obligatoires, des stages de préparation collective, et des conditions précises de participation aux compétitions internationales. Un athlète qui refuse ces obligations sans accord préalable peut se retrouver exclu des sélections nationales, voire contraint de rembourser certaines aides reçues.

La relation athlète-fédération : un cadre contractuel souvent méconnu

La relation entre un sportif de haut niveau et sa fédération ne se résume pas à un accord informel ou à une simple appartenance à un club. Elle est souvent encadrée par plusieurs documents juridiques :

  • La charte du sportif de haut niveau, qui fixe les engagements réciproques entre l'athlète et la fédération
  • Les conventions d'objectifs, qui définissent les résultats attendus et les moyens mis à disposition
  • Les contrats d'image ou de sponsoring signés avec des équipementiers ou partenaires, qui peuvent contenir des clauses d'exclusivité liées au drapeau de la fédération

Ces documents peuvent inclure des clauses d'exclusivité sur le choix des encadrants, des obligations de disponibilité pour les regroupements nationaux, et même des critères de sélection qui semblent objectifs mais laissent une marge discrétionnaire importante au sélectionneur.

Quand un athlète peut-il contester une décision fédérale ?

Si une fédération refuse de laisser partir un athlète en autonomie, ou si elle le prive de sélection de façon injustifiée, plusieurs recours existent en France.

Le premier est la médiation du CNOSF (Comité national olympique et sportif français). Ce dispositif gratuit permet de tenter de résoudre un litige entre un athlète et sa fédération sans passer par un tribunal. La procédure est rapide et confidentielle.

En cas d'échec de la médiation, l'athlète peut saisir le tribunal administratif, qui est compétent pour les décisions des fédérations sportives bénéficiant d'une délégation de service public. Un recours pour excès de pouvoir peut ainsi aboutir à l'annulation d'une non-sélection illégale.

Sur le volet contractuel — contrats de sponsoring, droits à l'image — c'est le tribunal judiciaire qui est compétent.

Les clauses à anticiper avant de signer

Le cas Braisaz-Bouchet illustre l'importance de négocier en amont les conditions d'une éventuelle séparation ou d'une autonomisation. Les avocats spécialisés en droit du sport recommandent aux athlètes de faire relire chaque document avant signature, et en particulier :

  • Les clauses de disponibilité : obligent-elles à être présent à 100 % des regroupements fédéraux ?
  • Les clauses d'exclusivité technique : l'athlète peut-il travailler avec un préparateur physique indépendant ?
  • Les critères de sélection : sont-ils objectifs et mesurables, ou laissent-ils une part de subjectivité au staff ?

Comme l'illustrent également les enjeux juridiques des contrats des Bleus au Mondial 2026, même les équipes nationales de haut niveau naviguent dans un maquis de droits et d'obligations qui mérite souvent l'œil d'un spécialiste. L'accord amiable reste toujours préférable — mais il se négocie mieux quand on connaît ses droits.

Ce que vous devriez faire si vous êtes dans une situation similaire

Vous êtes sportif de haut niveau ou entraîneur, et vous souhaitez renegocier votre relation avec votre fédération ? Voici les quatre étapes clés recommandées :

  1. Relire vos documents contractuels en cherchant les clauses de participation obligatoire et d'exclusivité technique.
  2. Documenter chaque échange avec la fédération — e-mails, courriers, comptes rendus de réunion.
  3. Consulter un avocat spécialisé en droit du sport avant d'envoyer une quelconque demande formelle.
  4. Explorer la médiation du CNOSF en cas de désaccord : c'est gratuit, rapide, et préserve la relation sur le long terme.

Un avocat spécialisé en droit du sport peut analyser votre convention fédérale, identifier les clauses contestables, et vous accompagner dans une négociation amiable — ou contentieuse si nécessaire. Sur Expert Zoom, des avocats spécialisés sont disponibles en consultation en ligne pour répondre à toutes vos questions sur vos droits face à votre fédération sportive.

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