Anticor, l'association anticorruption française, a déposé une plainte avec constitution de partie civile visant Jordan Bardella, président du Rassemblement national, selon une enquête journalistique publiée début juillet 2026. L'organisation accuse le dirigeant politique d'avoir produit des documents reconstitués a posteriori pour éviter des poursuites judiciaires. Cette démarche relance une question méconnue du grand public : qui peut se constituer partie civile en France, et dans quelles conditions cette procédure permet-elle d'obtenir réparation ?
Que reproche Anticor à Jordan Bardella ?
L'affaire prend sa source dans une enquête journalistique qui affirme que des pièces produites pour classer des soupçons pesant sur le président du RN auraient été fabriquées ou reconstituées après les faits. Face à ces allégations, Anticor — association habilitée par la justice à agir en matière de corruption et de probité publique — a décidé de saisir directement le juge d'instruction en se constituant partie civile.
Cette procédure n'est pas anodine : en se constituant partie civile, Anticor ne se contente pas de dénoncer des faits. L'association exige formellement l'ouverture d'une instruction judiciaire et demande réparation pour le préjudice causé à l'intérêt général. Selon le droit français, cette démarche contraint le juge à examiner le dossier, contrairement à une simple plainte qui peut être classée sans suite par le parquet.
Se constituer partie civile : ce que dit la loi
La constitution de partie civile est encadrée par les articles 85 et suivants du Code de procédure pénale. Elle permet à toute personne — physique ou morale — ayant subi un préjudice direct résultant d'une infraction pénale de rejoindre la procédure judiciaire en tant que victime. Concrètement, cela ouvre deux droits essentiels :
- Obtenir des dommages et intérêts si la culpabilité de l'auteur est établie
- Accéder au dossier pénal et participer activement à l'instruction
Mais attention : selon service-public.fr, la constitution de partie civile suppose d'établir un lien direct entre l'infraction alléguée et le préjudice subi. Ce n'est pas une démarche ouverte à n'importe qui pour n'importe quelle raison.
Qui peut agir ? Particuliers et associations
Les particuliers victimes directes
Un particulier peut se constituer partie civile dès lors qu'il peut démontrer un préjudice personnel et direct : une escroquerie dont il a été victime, un abus de confiance subi, des violences physiques ou morales. Dans ces cas, la démarche peut être engagée dès la phase d'instruction, devant le juge d'instruction, ou lors de l'audience devant le tribunal correctionnel.
Les associations habilitées
Les associations jouent un rôle croissant dans ce dispositif. Pour agir en justice, une association doit remplir des conditions strictes : exister depuis au moins cinq ans, avoir obtenu une habilitation judiciaire (délivrée par décret ou par la loi), et justifier d'un préjudice en lien avec son objet social. C'est précisément sur ce fondement qu'Anticor intervient dans l'affaire Bardella : l'association dispose d'une habilitation spécifique depuis 2021 pour agir en matière de lutte contre la corruption.
En dehors des associations anticorruption, d'autres organisations peuvent agir selon leur domaine : associations de défense des consommateurs, associations de protection de l'environnement, associations de victimes d'infractions routières, etc.
Comment procéder concrètement ?
La démarche diffère selon le stade de la procédure.
Avant l'ouverture d'une instruction : La victime peut déposer une plainte avec constitution de partie civile directement auprès du doyen des juges d'instruction. Cette voie est particulièrement utile lorsque le parquet a classé sans suite ou tarde à agir. Un dépôt de consignation (somme versée pour éviter les abus) est généralement requis, fixé entre 750 € et plusieurs milliers d'euros selon la nature du dossier.
Lors du jugement : La constitution de partie civile peut également intervenir lors de l'audience. La victime se présente ou mandate un avocat, expose son préjudice, et demande réparation. La décision sur les dommages et intérêts intervient en même temps que le jugement sur la culpabilité.
En cas de classement sans suite : Si le parquet classe l'affaire, la victime dispose d'un recours : saisir directement le juge d'instruction via une plainte avec constitution de partie civile. Cette voie force l'ouverture d'une enquête judiciaire, à condition que la consignation soit acquittée.
Les risques à connaître avant d'agir
Se constituer partie civile n'est pas sans risque. Si la plainte est jugée abusive ou dilatoire, le plaignant peut être condamné à payer les frais engagés par la partie adverse et une amende civile pouvant aller jusqu'à 15 000 €. De plus, si l'infraction n'est pas retenue, les dommages et intérêts demandés ne seront pas accordés.
C'est pourquoi il est fortement conseillé de consulter un avocat avant d'engager cette procédure, afin d'évaluer la solidité du dossier, la recevabilité de la demande et l'opportunité stratégique de la démarche. Comme l'illustre l'affaire Mélenchon et les assistants parlementaires, les procédures judiciaires politiques peuvent durer des années et aboutir à des non-lieux, au grand désarroi des parties civiles engagées.
L'affaire Bardella dans un contexte politique chargé
Au-delà de la procédure juridique, l'affaire Bardella s'inscrit dans un contexte politique particulier. Le 7 juillet 2026, la cour d'appel de Paris doit rendre son délibéré sur la peine prononcée contre Marine Le Pen, fondatrice et figure tutélaire du RN. Si l'inéligibilité est confirmée, Jordan Bardella deviendrait de facto le candidat naturel du Rassemblement national pour l'élection présidentielle de 2027 — ce qui donne à toute mise en cause judiciaire le poids d'une arme politique potentielle.
Cette tension entre procédure judiciaire et calendrier électoral n'est pas propre à ce dossier. Elle rappelle que le droit pénal, la constitution de partie civile et les procédures d'instruction sont des outils démocratiques puissants — mais qui exigent rigueur juridique et accompagnement professionnel pour produire leurs effets.
Ce que vous devez retenir
Que vous soyez victime d'une fraude, d'un abus de confiance ou d'un préjudice lié à une infraction pénale, la constitution de partie civile est un droit accessible mais technique. Les conditions d'éligibilité, les délais, les consignations et les risques d'abus doivent être soigneusement évalués avant toute démarche.
Avertissement : cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour tout projet de constitution de partie civile, consultez un avocat qualifié.
Un avocat inscrit sur Expert Zoom peut analyser votre dossier, évaluer vos chances de succès et vous accompagner à chaque étape de la procédure — de la rédaction de la plainte jusqu'à l'audience.

Marine Leclerc