Le couple Moretti concentre à nouveau l'attention médiatique en septembre 2026. Jacques Moretti, co-gérant du bar Le Constellation à Crans-Montana (Valais, Suisse), a été placé en détention provisoire en août 2026 pour violences conjugales sur son épouse Jessica, dont les blessures ont nécessité une hospitalisation. En parallèle, les deux époux restent mis en cause dans l'enquête sur l'incendie du 1er janvier 2026 qui a coûté la vie à 41 personnes et en a blessé 115 autres. Un dossier judiciaire à deux vitesses qui illustre, crûment, les risques pénaux auxquels s'expose tout gérant d'établissement recevant du public.
Ce qui s'est passé dans la nuit du Nouvel An
Dans la nuit du 31 décembre 2025 au 1er janvier 2026, un incendie a ravagé le bar Le Constellation, établissement prisé de la station valaisanne de Crans-Montana. Le feu s'est propagé en quelques minutes à travers les deux niveaux du bâtiment, bloquant les issues de secours dans une affluence exceptionnelle de fêtards. Bilan : 41 morts et 115 blessés, dont plusieurs dans un état critique pendant des semaines. Selon les informations relayées par RTS, la dernière victime italienne hospitalisée a quitté l'hôpital au printemps 2026.
Seize personnes ont été mises en cause dans l'enquête ouverte par le parquet valaisan, dont Jessica et Jacques Moretti, co-propriétaires et gérants du bar. Les chefs retenus sont l'homicide par négligence, l'incendie par négligence et les lésions corporelles graves par négligence — les équivalents suisses de l'homicide involontaire et des blessures involontaires que l'on trouve dans le Code pénal français.
Jessica Moretti, ancienne mannequin de la Côte d'Azur apparue sur le tapis rouge du Festival de Cannes en 2012, se retrouve désormais au cœur d'une procédure pénale à double entrée : d'une part l'incendie meurtrier, d'autre part les violences de son mari à son encontre, révélées en août 2026. Ce cumul de procédures illustre à quel point la situation judiciaire d'un gérant d'établissement peut se complexifier en quelques mois.
Le cadre juridique : ce que risque un propriétaire de bar en France
L'affaire de Crans-Montana pose une question directement applicable aux gérants d'établissements français : quelles sont les obligations légales de sécurité incendie, et que risque-t-on si elles ne sont pas respectées ?
En droit français, les établissements recevant du public (ERP) sont soumis au Code de la construction et de l'habitation (CCH). Les bars, restaurants et discothèques, classés ERP de type N ou P selon leur activité, doivent notamment :
- Passer une visite de la commission de sécurité à intervalles réglementaires (tous les 3 ans pour les ERP de 3e catégorie, soit ceux accueillant entre 301 et 700 personnes, selon l'arrêté du 25 juin 1980)
- Maintenir un registre de sécurité à jour, consignant toutes les vérifications et interventions
- Disposer d'un système de détection incendie et de désenfumage homologué et régulièrement contrôlé
- Garantir des dégagements de sécurité dégagés et conformes aux plans approuvés par la préfecture
En cas d'incident mortel imputable à un manquement à ces obligations, le gérant encourt des poursuites pour homicide involontaire au titre de l'article 221-6 du Code pénal. La peine de droit commun est de 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende. Mais si une faute caractérisée est retenue — c'est-à-dire une violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité — la peine peut être portée à 5 ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende pour la personne physique, et jusqu'à 375 000 € pour la personne morale (la société qui exploite le bar).
Les victimes ou leurs ayants droit peuvent en outre se constituer partie civile dans le cadre du procès pénal, ouvrant droit à une indemnisation distincte de la condamnation pénale. Dans l'affaire de Crans-Montana, les familles des 41 victimes ont déjà manifesté leur mobilisation en interpellant publiquement le couple Moretti lors d'une audience à Sion — signe d'une procédure civile parallèle qui s'annonce longue et coûteuse.
Cas concret : le bar de 150 personnes avec commission de sécurité expirée
Prenons le cas d'un propriétaire de bar en France, exploitant sous forme de SARL un établissement de 200 m² d'une capacité de 150 personnes (ERP de type N, 4e catégorie). Le dernier passage de la commission de sécurité remonte à 5 ans, au lieu des 3 ans réglementaires pour ce type d'ERP. Un incendie se déclare lors d'une soirée privée, causant 3 décès et 12 blessés.
Voici ce à quoi le gérant s'expose concrètement :
Sur le plan pénal : mise en examen pour homicide involontaire aggravé (article 221-6 al. 2 du Code pénal, faute caractérisée établie par le défaut de commission de sécurité), passible de 5 ans de prison et 75 000 € d'amende personnelle, plus 375 000 € pour la SARL.
Sur le plan civil : les 15 victimes (ou leurs familles) peuvent se constituer parties civiles. Selon les barèmes actuels de la nomenclature Dintilhac, le préjudice total pour un décès incluant le déficit fonctionnel, le préjudice d'affection des proches et les frais funéraires se situe typiquement entre 150 000 € et 450 000 € par victime. Pour 3 décès et 12 blessés, l'exposition civile totale du gérant peut dépasser 1,5 million d'euros, assurance professionnelle de responsabilité civile à l'appui — si elle couvre les sinistres liés à une faute de gestion.
Sur le plan administratif : fermeture administrative immédiate par arrêté préfectoral, retrait de la licence de débit de boissons et interdiction d'exercer dans un ERP pendant toute la durée de la procédure.
À l'inverse, si la commission de sécurité avait été passée dans les délais réglementaires et si aucun manquement n'était établi, la responsabilité pénale du gérant serait nettement plus difficile à engager. La différence entre un casier vierge et une condamnation à 5 ans de prison peut tenir à un registre de sécurité tenu à jour et à quelques procès-verbaux de visite conservés soigneusement.
Pour aller plus loin sur la responsabilité des établissements, vous pouvez consulter l'analyse déjà publiée sur les obligations des gérants d'ERP après un incendie.
Ce que les victimes peuvent faire dès maintenant
Dans l'affaire Moretti, les familles des 41 victimes disposent de plusieurs leviers juridiques à activer simultanément. D'abord, la constitution de partie civile dans la procédure pénale valaisanne, qui leur permet d'accéder au dossier d'instruction et d'obtenir une indemnisation via le tribunal pénal. Ensuite, une action civile parallèle devant les tribunaux civils suisses ou, pour les victimes de nationalité française, devant les juridictions françaises si un lien de compétence peut être établi.
En France, une situation similaire permettrait aussi de saisir le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et autres infractions (FGTI), notamment si l'auteur présumé est insolvable ou si l'assurance professionnelle refuse de couvrir le sinistre.
Les démarches prioritaires pour une victime ou ses proches dans un tel dossier :
- Se faire représenter par un avocat spécialisé en droit pénal et préjudices corporels dès l'ouverture de l'enquête, idéalement un professionnel connaissant la jurisprudence des grandes catastrophes collectives
- Déposer une constitution de partie civile le plus tôt possible pour être associé à la procédure et accéder aux actes d'instruction
- Constituer un dossier médical exhaustif dès la phase hospitalière : hospitalisation initiale, séquelles, incapacité temporaire totale (ITT), tierce personne éventuelle — tout sera utile au calcul du préjudice
- Ne jamais accepter une indemnisation amiable de l'assurance sans avis juridique préalable : les premières offres sont systématiquement sous-évaluées par rapport à ce que permettent les barèmes de la nomenclature Dintilhac
Ce que cela change pour votre établissement dès aujourd'hui
L'affaire de Crans-Montana n'est pas une anomalie suisse. Chaque année en France, des gérants d'ERP sont mis en cause après des incendies, des accidents collectifs ou des intoxications. La jurisprudence française tend à durcir les sanctions lorsque les manquements réglementaires sont documentés et répétés.
Si vous exploitez un bar, un restaurant, une discothèque ou toute autre structure recevant du public, la bonne question n'est pas « est-ce que je risque quelque chose ? », mais « mon registre de sécurité, mes contrats d'entretien et mes derniers procès-verbaux de commission sont-ils disponibles et à jour ? ». Une consultation préventive avec un avocat spécialisé en droit des ERP et responsabilité civile des entreprises prend rarement plus d'une heure. Une procédure pénale pour homicide involontaire, elle, peut durer entre 5 et 10 ans.
Avertissement : cet article est fourni à titre informatif général et ne constitue pas un conseil juridique. Pour toute situation individuelle, notamment en matière de sécurité des établissements ou de constitution de partie civile, consultez un avocat qualifié.

Audrey Camara