Le 4 septembre 2026, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté à 164 voix contre une la résolution "Correct the Map", portée par le Togo et l'Union africaine. Dans la foulée, la France a officiellement annoncé l'abandon de la projection de Mercator — utilisée depuis le XVIe siècle — au profit de la projection Eckert IV dans toutes ses communications diplomatiques. Une décision saluée par les pays africains, mais qui soulève des questions pratiques et juridiques concrètes pour certaines entreprises et particuliers dont les documents font référence à des cartes officielles françaises.
Qu'est-ce qui a réellement changé le 4 septembre 2026 ?
La décision française concerne uniquement les cartes diplomatiques du Ministère des Affaires Étrangères. Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, a résumé la position de Paris : "Corriger une représentation qui déforme le monde est un pas vers la vérité." La France adopte ainsi la projection Eckert IV, une représentation dite "équivalente" qui préserve les proportions réelles des surfaces continentales.
Concrètement, sur les nouvelles cartes officielles françaises :
- L'Afrique retrouve sa taille réelle : 30,4 millions de km², soit trois fois la superficie des États-Unis et quatorze fois celle du Groenland
- Le Groenland reprend ses proportions : environ 2,2 millions de km², contre une apparence visuellement similaire à l'Afrique entière sur Mercator
- La France métropolitaine, elle, apparaît légèrement plus petite qu'auparavant sur les représentations mondiales
Il est essentiel de comprendre la portée exacte de cette décision : la résolution de l'ONU n'est pas juridiquement contraignante. Elle n'interdit pas l'usage de Mercator et ne modifie ni le cadastre français, ni les délimitations enregistrées au registre foncier. Le Cartographic Institute français maintient son propre système de référence — le Lambert 93 — pour toutes les cartes topographiques nationales. Pour l'immense majorité des Français, rien ne change dans leurs documents officiels du quotidien.
Consultez la note officielle du Ministère des Affaires Étrangères pour comprendre les raisons géopolitiques de cette transition.
Pourquoi cette décision intéresse-t-elle les juristes ?
En droit international, les cartes officielles peuvent être invoquées comme pièces annexes dans des contrats, des traités bilatéraux, ou des procédures arbitrales liées à des litiges territoriaux ou maritimes. Lorsqu'un acte juridique fait référence à "des délimitations conformément aux cartes officielles françaises", il renvoie implicitement à la projection en vigueur au moment de sa rédaction.
Pour la très grande majorité des actes de droit civil en France métropolitaine — titres de propriété, ventes immobilières, baux commerciaux — la référence légale est le système Lambert 93, totalement indépendant de cette réforme diplomatique. Notaires, géomètres-experts et services de publicité foncière continueront à utiliser les mêmes référentiels géodésiques qu'avant le 4 septembre.
En revanche, deux catégories d'acteurs devraient prêter attention :
- Les entreprises dont les contrats internationaux font référence à des "délimitations géographiques conformément aux cartes officielles du Ministère des Affaires Étrangères français"
- Les opérateurs qui exercent des droits dans la Zone Économique Exclusive française, la deuxième plus grande au monde avec 10,2 millions de km² répartis sur tous les océans
Dans ces espaces, la référence à des cartes officielles sans préciser explicitement le système de coordonnées géodésiques (WGS84, RGF93 ou autre) crée une zone d'ambiguïté que le changement de projection vient mettre en lumière.
La question que beaucoup se posent : mon contrat est-il concerné ?
La réponse dépend d'une distinction technique fondamentale. Les coordonnées GPS (système WGS84) ne changent pas avec une projection cartographique — la Terre garde la même forme, et un point à 21° de latitude sud, 149° de longitude ouest reste exactement au même endroit. Ce qui change, c'est uniquement la façon dont on représente ces coordonnées sur une surface plane.
Le problème survient lorsqu'un contrat décrit une zone non pas par ses coordonnées précises, mais par référence visuelle à des "contours selon les cartes officielles" sans préciser le référentiel. Dans ce cas, le passage de Mercator à Eckert IV peut modifier la zone perçue et, en cas de litige, alimenter une contestation sur l'étendue réelle des droits contractuels.
Pour la plupart des contrats impliquant des zones métropolitaines ou des coordonnées GPS précises : aucune action nécessaire. Pour les contrats plus anciens qui utilisent un langage cartographique vague dans des zones ultramarines : une relecture s'impose.
Cas concret : un exploitant maritime face au changement de projection
Prenons l'exemple d'une société de pêche industrielle basée à Brest, titulaire d'une licence d'exploitation accordée en 2023 dans la Zone Économique Exclusive de Polynésie française. Son contrat de licence, rédigé avant la réforme, délimite la zone autorisée par "référence aux coordonnées géographiques conformément aux cartes officielles du Ministère des Affaires Étrangères de la République française, en vigueur à la date de signature".
La clause semble précise — mais elle ne mentionne pas explicitement le référentiel géodésique. Or, la ZEE polynésienne couvre 4,77 millions de km² selon les coordonnées WGS84. Sur une carte Mercator classique, cette même zone paraissait entre 10 et 15 % plus étendue à l'œil nu en raison de la distorsion de la projection dans les latitudes tropicales. Sur Eckert IV, la proportion visuelle se réduit.
Si la zone d'exploitation est décrite par référence aux "contours des cartes officielles françaises" sans préciser WGS84 ou RGF93, alors le passage à Eckert IV peut créer une ambiguïté sur l'étendue exacte de la zone autorisée — ce qui, en cas de contrôle ou de litige avec une autorité portuaire, pourrait conduire à une contestation de la validité de la licence pour la zone périphérique.
La solution technique est simple : amender le contrat pour préciser explicitement "coordonnées exprimées en WGS84". Mais cet amendement nécessite l'accord des deux parties et, souvent, l'intervention d'un juriste spécialisé pour s'assurer que la reformulation ne crée pas d'autres ambiguïtés. Un avocat en droit maritime peut analyser le contrat et rédiger l'avenant en moins d'une semaine, pour un coût généralement compris entre 300 et 800 euros selon la complexité des clauses concernées.
Ce que vous devriez vérifier avant la fin 2026
Pour la majorité des lecteurs, cette décision reste symbolique. Mais si vous vous reconnaissez dans l'une de ces situations, une vérification préventive est prudente :
Situations à surveiller :
- Vous détenez des droits d'exploitation dans une ZEE française (pêche, extraction sous-marine, énergie offshore, câbles)
- Vous avez des contrats logistiques ou de transport international faisant référence à des "zones délimitées selon les cartes officielles françaises"
- Vous exercez une activité dans un territoire d'outre-mer français avec des délimitations liées à des cartes administratives antérieures à 2026
- Vous avez conclu des accords de délimitation foncière en Afrique subsaharienne avec des homologues dont les contrats font référence à des cartes françaises
Ce que vous pouvez faire maintenant :
- Relire les clauses géographiques de vos contrats internationaux pour identifier si elles mentionnent des "cartes officielles françaises" sans préciser le référentiel géodésique
- Vérifier que les coordonnées exactes (latitude/longitude en WGS84) figurent en annexe du contrat
- Si ces clauses existent, consulter un juriste avant le 31 décembre 2026 — date à partir de laquelle les nouvelles cartes Eckert IV seront pleinement opérationnelles dans les services diplomatiques
La décision de la France d'abandonner Mercator n'entraîne pas d'obligation légale immédiate. Mais elle offre une occasion rare de réviser des contrats qui, par habitude ou par négligence, reposent sur des références cartographiques imprécises. Mieux vaut clarifier ces clauses maintenant que de les défendre devant un tribunal dans deux ans.
Pour en savoir plus sur les droits liés aux délimitations territoriales françaises, consultez notre article sur le droit du sol et l'évolution des règles territoriales en 2026.
Sur Expert Zoom, un avocat spécialisé en droit maritime ou droit international privé peut analyser vos contrats en ligne et identifier les clauses à réviser — premier avis disponible en moins de 48 heures.
Cet article a une portée informative générale. Il ne constitue pas un avis juridique. Consultez un professionnel du droit pour toute situation personnelle.

Théophile Manie