Le gouvernement Lecornu a officiellement mis sur la table, le 16 août 2026, la désindexation ciblée des pensions de retraite supérieures à 3 000 € bruts mensuels. Cette mesure, envisagée pour le budget 2027, toucherait environ 10 % des retraités français — soit près de 1,7 million de personnes — et permettrait d'économiser entre 3,6 et 4 milliards d'euros par an selon les projections de Bercy.
Ce débat relance une question que les conseillers en gestion de patrimoine posent depuis plusieurs mois : que faire quand sa pension cesse d'être protégée contre l'inflation ? Car la désindexation ne signifie pas une baisse nominale de la pension. Elle signifie un gel : votre chèque reste identique, pendant que les prix, eux, continuent de monter. La perte est réelle, silencieuse, et cumulative.
Ce que disent les chiffres : 734 € perdus dès la première année
Le mécanisme actuel est simple : chaque 1er janvier, les pensions de base sont revalorisées en fonction de l'inflation constatée. Au 1er janvier 2026, la revalorisation était de 0,9 %, conformément à l'indice des prix mesurés par l'INSEE.
Si la désindexation ciblée s'applique à partir de janvier 2027, une pension de 3 400 € bruts mensuels ne sera plus revalorisée. Avec une inflation projetée à 1,8 % en 2027, le manque à gagner est immédiat et précis :
- Revalorisation théorique due : 61,20 €/mois
- Perte annuelle en pouvoir d'achat réel : 734 €/an
- Sur trois ans (2027-2029), en supposant une inflation stable à 1,8 % : perte cumulée de 1 960 € en euros constants
- Sur cinq ans (2027-2031) avec un gel complet : 3 200 € de pouvoir d'achat évaporés — l'équivalent d'un mois de pension entier
Ces chiffres ne sont pas des projections alarmistes. Ce sont des calculs arithmétiques à partir des scénarios budgétaires publiés. Le Conseil d'orientation des retraites a lui-même recommandé une sous-indexation pluriannuelle jusqu'en 2030, confirmant que ce n'est pas une mesure isolée mais une trajectoire. Pour en savoir plus sur les règles de revalorisation en vigueur, le portail officiel service-public.fr fait référence.
Qui sera concrètement concerné par la désindexation ?
Le seuil de 3 000 € bruts mensuels n'est pas encore définitivement fixé. Certaines pistes évoquent un palier progressif entre 2 000 € et 3 000 €, avec une sous-indexation partielle (par exemple, une revalorisation de 0,5 % au lieu de 1,8 %). D'autres options envisagent un gel total au-dessus de 3 000 €.
Une précision technique essentielle : le seuil s'applique à la pension brute, pas nette. Une pension brute de 3 000 € correspond à environ 2 700 € nets après prélèvement de la CSG et de la CRDS. Des retraités qui se perçoivent comme "modestes" peuvent donc se trouver concernés.
Parmi les profils touchés : d'anciens cadres supérieurs du secteur privé, des fonctionnaires de catégorie A, des professions libérales ayant cotisé longtemps à des régimes complémentaires. La retraite complémentaire Agirc-Arrco est particulièrement exposée : son gel de revalorisation avait déjà été acté en 2026, comme l'explique notre article sur le gel Agirc-Arrco 2026. Une désindexation de la retraite de base viendrait s'y ajouter.
Les petites pensions — en dessous du seuil — seraient officiellement préservées. Mais l'incertitude sur le niveau exact du palier est elle-même un risque à prendre en compte dans toute planification patrimoniale.
Ce qu'analyse un conseiller en gestion de patrimoine
Pour les professionnels du patrimoine, la désindexation représente un changement structurel, pas une anecdote budgétaire. Depuis des décennies, les retraités français bénéficiaient d'une protection automatique contre l'inflation. Avec la désindexation, cette protection disparaît pour une partie d'entre eux — et doit être reconstruite via les actifs.
La logique patrimoniale est directe : si l'État réduit la composante "anti-inflation" de vos revenus, vous devez la reconstituer par vos placements. Cela suppose de convertir une partie de l'épargne liquide — souvent stockée sur Livret A — en actifs générant un rendement supérieur à l'inflation.
Ce n'est pas une stratégie réservée aux retraités très aisés. Dès lors qu'une pension dépasse le seuil et que le foyer n'a pas d'autres revenus indexés (revenus locatifs, dividendes, rente d'assurance-vie), le besoin de rééquilibrage s'impose.
Cas concret : Michèle, 69 ans, pension à 3 400 €/mois
Michèle est ancienne directrice d'un service RH dans une PME de la région lyonnaise. Retraitée depuis 2022, elle perçoit une pension brute de 3 400 € par mois : 2 100 € de retraite de base et 1 300 € de complémentaire Agirc-Arrco. Elle dispose de 35 000 € d'épargne sur Livret A, au taux actuel de 2,4 % net — soit 840 €/an d'intérêts.
Si la désindexation s'applique dès janvier 2027 avec une inflation à 1,8 % :
- Perte immédiate : 61,20 €/mois = 734 €/an de pouvoir d'achat non compensé
- En 2028 (inflation projetée à 2,0 %, gel reconduit) : perte supplémentaire de 68 €/mois sur la même base nominale
- Cumul 2027-2029 : environ 1 960 € en pouvoir d'achat réel — que les 840 €/an du Livret A ne suffisent pas à compenser entièrement
Son conseiller en gestion de patrimoine analyse la situation : le Livret A à 2,4 % couvre la première année, mais si l'inflation dépasse ce taux — ce qui est probable à l'horizon 2028 — l'épargne de précaution de Michèle perd elle aussi de sa valeur réelle. Sa stratégie actuelle ne protège pas contre la désindexation : elle la ralentit simplement.
La recommandation : réallouer partiellement les 35 000 €. En maintenant 10 000 € sur Livret A pour la liquidité, et en basculant 25 000 € vers une assurance-vie multisupport (70 % fonds euros à 3,1 %, 30 % SCPI de rendement), le rendement cible passe à environ 3,7 % — soit 925 €/an — ce qui compense intégralement la perte annuelle de 734 € et génère un surplus de 191 €.
La logique if/then est claire : si la désindexation est votée et que Michèle ne réalloue pas son épargne, elle perd 734 €/an en pouvoir d'achat dès la première année. Si elle réalloue 25 000 € vers des actifs à 3,7 %, elle compense la perte et protège son niveau de vie jusqu'en 2031, quelle que soit la trajectoire d'inflation.
Quatre placements pour reconstituer la protection perdue
1. Assurance-vie multisupport (fonds euros + SCPI) Les contrats récents affichent des taux en fonds euros entre 2,8 et 3,3 % en 2025. La part en unités de compte, notamment les SCPI de rendement indexées sur les loyers, porte le rendement global à 4-4,5 % avec un risque modéré sur 5 ans.
2. SCPI à capital variable Le taux de distribution moyen des SCPI françaises était de 4,5 % en 2025 (données ASPIM). Comme les loyers sont indexés sur l'inflation, les SCPI constituent précisément le type d'actif qui compense ce que la désindexation retire.
3. Obligations à taux variable ou ETF obligataires Pour les profils prudents, les fonds obligataires à taux variable offrent une protection mécanique contre la hausse des taux et de l'inflation, avec une liquidité supérieure à l'immobilier.
4. Optimisation de l'épargne salariale existante Des dispositifs d'épargne salariale constituée avant la retraite — notamment le PEE ou l'article 83 transféré en PER — peuvent être dénoués en rente ou en capital partiel pour compenser le manque à gagner annuel.
Ce qu'il faut faire avant que la loi soit votée
La désindexation n'est pas encore inscrite dans le budget 2027. Mais les signaux politiques du 16 août 2026 indiquent que la mesure est en bonne voie d'adoption. Attendre la promulgation de la loi pour agir, c'est perdre plusieurs mois d'intérêts composés et de réallocation efficace.
Un bilan patrimonial avec un conseiller en gestion de patrimoine permet d'évaluer en deux heures l'exposition exacte de votre pension à la désindexation, de modéliser les scénarios (gel total, sous-indexation partielle, report à 2028), et de proposer une allocation patrimoniale sur mesure.
⚠️ Cette article est fourni à titre informatif et éducatif. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Consultez un conseiller en gestion de patrimoine agréé avant toute décision d'investissement.
Sur ExpertZoom, des conseillers en gestion de patrimoine sont disponibles pour analyser votre situation face à la désindexation et vous proposer des stratégies adaptées.

Francois Arnault