Dans la nuit du 12 au 13 octobre 2026, les gendarmes d'Aubusson ont contrôlé les abords du camp militaire de La Courtine (Creuse), avec l'appui d'un drone à caméra thermique, pour dissuader les curieux venus écouter le brame du cerf. Une personne a été identifiée pour stationnement interdit en zone militaire, selon ICI Creuse le 14 octobre 2026.
Que s'est-il passé au camp de La Courtine ?
Chaque automne, le brame du cerf attire promeneurs et photographes dans les vastes espaces du camp de La Courtine. Le site reste pourtant un terrain d'entraînement de l'armée de Terre, où des tirs de mortier et de canon ont lieu de jour comme de nuit.
Le 14 octobre 2026, la gendarmerie de la Creuse a publié sur Facebook un rappel sans ambiguïté, relayé par ICI : ne pas s'arrêter, ne pas stationner, ne pas descendre de son véhicule sur les routes qui traversent le camp. Les contrôles de la nuit du 12 au 13 octobre ont été menés en coordination avec les autorités militaires.
Un détail de vocabulaire mérite d'être signalé. Selon les titres, la personne contrôlée est dite « interpellée » ou « verbalisée ». Le texte de la gendarmerie évoque un stationnement interdit, donc une simple contravention. Le montant de la sanction n'a pas été communiqué.
Pourquoi une zone militaire n'est-elle pas un parc naturel ?
La confusion est fréquente. Une route ouverte à la circulation n'autorise pas pour autant à s'y arrêter quand elle traverse un terrain militaire. Le camp abrite des zones d'impact où des munitions non explosées peuvent subsister dans le sol, et le danger ne s'arrête pas à la clôture.
Sur le plan juridique, l'analyse publiée par le cabinet Kohen Avocats en 2026 rappelle plusieurs niveaux de responsabilité :
- le simple fait de pénétrer ou de séjourner sans autorisation sur un terrain militaire relève de l'article R. 644-1 du Code pénal, une contravention de 4e classe pouvant atteindre 750 € ;
- s'introduire par fraude dans l'enceinte, par exemple en franchissant une barrière, relève de l'article 413-5 du Code pénal : jusqu'à un an de prison et 15 000 € d'amende ;
- emporter un objet trouvé sur place, comme une douille, expose à des poursuites pour vol, avec jusqu'à trois ans de prison et 45 000 € d'amende.
La différence entre la contravention et le délit est décisive. La première est généralement réglée par une amende. Le second passe devant un tribunal et laisse une trace au casier judiciaire.
Peut-on survoler le camp avec un drone ?
Les contrôles de la gendarmerie ont eux-mêmes utilisé un drone. Pour le public, la règle est inverse. Selon l'analyse précitée, un arrêté du 7 avril 2026 a créé une zone d'interdiction temporaire de survol autour de La Courtine, du 28 avril 2026 au 14 avril 2027, jusqu'à 152,4 mètres au-dessus du sol.
Les sanctions varient selon l'intention. Un survol par négligence peut être puni de six mois de prison et 15 000 € d'amende. Un survol délibéré, ou le non-respect de l'interdiction, peut aller jusqu'à un an de prison et 45 000 €. Le drone peut en outre être confisqué.
Pour un photographe animalier, l'enjeu est concret : une prise de vue du brame à distance, avec un appareil volant, peut coûter bien plus cher que le matériel lui-même.
Cas concret : une soirée d'octobre qui tourne mal
Prenons le cas de Julien, 38 ans, qui vit à Limoges. Le 13 octobre 2026, vers 22 heures, il quitte la route qui traverse le camp, gare sa voiture sur le bas-côté et descend avec son téléphone pour enregistrer le brame. Une patrouille le repère.
Si Julien est simplement verbalisé pour stationnement ou séjour sur la zone, il s'expose à une contravention de 4e classe, soit au maximum 750 €. Il dispose alors de 45 jours pour payer ou contester l'amende forfaitaire. Passé ce délai, la somme est majorée automatiquement.
Si, en revanche, Julien a franchi une barrière pour se rapprocher d'une clairière, le scénario change. Il peut être poursuivi pour introduction frauduleuse : jusqu'à 15 000 € et un an de prison. Si les poursuites passent par une ordonnance pénale, il ne dispose plus que de 30 jours pour former opposition.
Enfin, s'il a fait décoller un drone de loisir pour filmer les cerfs, l'addition peut atteindre 15 000 € en cas de simple négligence, et 45 000 € si le survol est jugé délibéré.
Le même soir, la même erreur de départ, le même lieu : trois issues qui vont de quelques dizaines d'euros à plusieurs années de procédure. Un avocat intervient précisément pour qualifier les faits, vérifier la régularité du procès-verbal et choisir entre paiement, contestation ou opposition.
Que risque-t-on sur une forêt privée ou hors piste ?
Le camp n'est pas le seul terrain concerné pendant la saison du brame. Dans une propriété forestière privée clairement délimitée, l'entrée sans autorisation peut constituer une contravention de 4e classe, jusqu'à 750 €. La circulation d'un véhicule à moteur hors des voies ouvertes est, elle, passible d'une amende de 5e classe, jusqu'à 1 500 €.
La règle pratique est simple : si l'accès n'est pas clairement public, il faut le considérer comme interdit. Les plateformes de randonnée et les itinéraires officiels des offices de tourisme indiquent les points d'observation autorisés.
Que faire si vous recevez une amende ou une convocation ?
Quelques réflexes évitent de transformer un incident mineur en dossier lourd :
- Conservez l'avis de contravention ou la convocation, et notez la date de réception, car les délais courent à partir de là.
- Ne payez pas par réflexe si les faits sont mal décrits : le paiement vaut en principe reconnaissance de l'infraction.
- Contestez par écrit dans le délai, en joignant tout élément utile (photos, géolocalisation, témoignage).
- Si un tribunal est évoqué, par exemple pour une introduction frauduleuse ou un drone, consultez un avocat avant l'audience. La procédure devant le tribunal correctionnel est détaillée par l'administration.
Le procès-verbal des forces de l'ordre fait foi jusqu'à preuve contraire, et la preuve contraire doit être apportée par écrit ou par témoins. Mieux vaut donc préparer sa défense tôt.
Pourquoi les contrôles se multiplient en octobre
Le brame du cerf ne dure que quelques semaines à l'automne. La gendarmerie souligne que la zone militaire attire de nombreuses personnes durant cette période, souvent à la tombée de la nuit, avec des véhicules garés en bordure de route.
Pour les militaires, le risque est double. Des civils peuvent se retrouver sur une trajectoire de tir, et les exercices doivent parfois être suspendus, ce qui perturbe la préparation des unités. Pour la gendarmerie, l'usage d'une caméra thermique permet de repérer des silhouettes dans l'obscurité sans exposer les patrouilles.
Les visiteurs, eux, ignorent souvent qu'une photo prise depuis un véhicule à l'arrêt suffit à caractériser une infraction. La prudence consiste à ne jamais s'arrêter sur une route traversant un camp, même quelques minutes, et à respecter strictement les panneaux d'interdiction.
Observer le brame sans risque juridique
Les amateurs de nature disposent d'alternatives : sorties encadrées par des guides, observatoires publics, forêts domaniales ouvertes, ou lieux désignés par les communes. Elles offrent la même expérience sonore sans danger de tirs ni risque de verbalisation.
Cet article a une portée d'information générale et ne remplace pas un conseil juridique personnalisé. Les montants cités sont des plafonds, et chaque dossier dépend des faits, des pièces et de la qualification retenue. Si vous avez reçu un avis de contravention ou une convocation liée à une zone militaire, un drone ou une propriété privée, échangez avec un avocat de la catégorie Juridique sur Expert Zoom pour évaluer vos options avant l'expiration des délais.

Théophile Manie