Côme – Roma : vos droits en tant que supporter en déplacement en Italie

Stade Sinigaglia de Côme, secteur Distinti, 2025

Photo : Fra Casa / Wikimedia

7 min de lecture 11 octobre 2026

Ce dimanche 11 octobre 2026, le stade Giuseppe Sinigaglia de Côme accueille l'AS Roma, actuel leader de la Serie A avec 13 points en cinq journées (4 victoires, 1 nul). L'affiche cristallise l'attention des amateurs de football en Europe — mais elle met aussi en lumière un régime juridique méconnu : assister à un match en déplacement en Italie n'est pas un droit acquis. C'est un parcours encadré, parfois restrictif, dont les conséquences peuvent aller jusqu'à l'interdiction de stade, voire un procès-verbal.

Ce qui se joue à Côme ce dimanche

Como 1907, promu de retour en Serie A après plusieurs saisons d'absence, reçoit une Roma en grande forme. Le club de la capitale comptabilise 13 points en 5 journées, ce qui en fait le leader incontesté du championnat au coup d'envoi de la sixième journée. Le Sinigaglia, stade historique situé en bord de lac de Côme, dispose d'une capacité d'environ 13 500 places — dont un peu plus de 3 400 réservées au secteur visiteurs. Ce détail a son importance : c'est l'accès à ce secteur qui est soumis à des règles qui dépassent la simple réservation en ligne.

La billetterie Serie A vue de l'étranger : un régime spécifique

En Italie, la vente de billets pour les supporters visiteurs est encadrée par les GOS — les Gruppi Operativi Sicurezza, cellules mixtes composées de représentants des clubs, des préfectures et de la Polizia di Stato. Leur rôle : évaluer le niveau de risque de chaque rencontre et, le cas échéant, restreindre ou interdire la commercialisation de billets à certains publics.

Pour les rencontres Côme – Roma des saisons précédentes, ces règles étaient les suivantes : les résidents de la province de Rome ne pouvaient pas acheter de billets dans le secteur visiteurs. La possession d'une carte de fidélité AS Roma valide (la Fidelity Card) était exigée pour accéder à ce secteur. Le prix du billet visiteur était de 35 euros pour un peu plus de 3 400 places disponibles.

Ces restrictions peuvent sembler anodines depuis Paris ou Lyon. Elles le sont beaucoup moins si vous êtes un expatrié français résidant à Rome, un supporter qui a oublié de renouveler sa carte avant le départ, ou un vacancier qui souhaitait profiter de son passage en Lombardie pour assister à une affiche du championnat.

Le DASPO : l'interdiction de stade version italienne

Le dispositif qui retient le plus l'attention des juristes spécialisés en droit sportif est le DASPO (Divieto di accedere alle manifestazioni sportive). Il s'agit d'une mesure administrative préventive, issue de la loi n° 401 du 13 décembre 1989 et de ses modifications successives, permettant d'interdire à un individu d'assister à des manifestations sportives sur le territoire italien.

Contrairement à la France, où l'interdiction administrative de stade (IAS) et l'interdiction judiciaire de stade (IJS) sont deux dispositifs bien distincts, le DASPO cumule les deux dimensions. Il peut être prononcé par le questore (chef de la police locale) sans condamnation pénale préalable, sur la simple base de comportements jugés susceptibles de troubler l'ordre public — un billet dans la mauvaise catégorie, un geste mal interprété par les stadiers, un contrôle d'identité défavorable.

Sa durée varie d'un an à cinq ans pour une première mesure, et jusqu'à huit ans en cas de récidive ou d'actes de violence. En 2025-2026, des supporters de l'AS Roma et de la Lazio ont fait l'objet de mesures d'interdiction collective de déplacement à la suite des violences du derby romain, une décision prise par le ministère de l'Intérieur pour les trois prochaines journées à l'extérieur. La Serie A a par ailleurs décidé qu'aucun match à risque élevé ne pourrait désormais se jouer en soirée la saison prochaine — une mesure préventive supplémentaire pesant sur les déplacements des supporters.

Le cas de Jean-Philippe, expatrié français à Rome

Prenons le cas de Jean-Philippe, 38 ans, consultant fiscal domicilié à Rome depuis 2022 et supporter de l'AS Roma. Pour la journée 6 du championnat 2026-2027, il souhaite assister au match Côme – Roma au Sinigaglia.

Première contrainte : selon les règles GOS appliquées lors des précédentes rencontres Côme – Roma, les résidents de la province de Rome ne peuvent pas acheter de billets dans le secteur visiteurs. Jean-Philippe, domicilié dans le V arrondissement de Rome, se retrouve dans la même catégorie réglementaire qu'un ultras local — même si, en pratique, il est un expatrié sans antécédents.

Deuxième contrainte : sa Fidelity Card AS Roma a expiré en juin 2026, faute de renouvellement. Or, seule la possession d'une carte valide lui permet d'accéder au secteur visiteurs. Le renouvellement coûte entre 10 et 15 euros selon le type d'abonnement, mais nécessite un délai de validation pouvant aller jusqu'à 72 heures — insuffisant s'il a décidé de venir le vendredi soir précédent le match.

Si/alors : si Jean-Philippe tente de contourner la restriction de résidence en indiquant une adresse de facturation différente lors de l'achat en ligne, il s'expose à une annulation de son billet sans remboursement (clause standard dans les conditions générales de vente des clubs de Serie A) et à un signalement auprès des GOS. S'il achète un billet dans un secteur neutre puis porte ouvertement les couleurs de la Roma, il risque d'être refoulé à l'entrée ou d'être expulsé du stade — certains revendeurs tiers précisent explicitement que le port des couleurs adverses est strictement interdit hors du secteur visiteurs.

La consultation d'un avocat spécialisé en droit sportif — avant le déplacement, pas après — peut éviter ces écueils. Une heure de consultation (entre 100 et 250 euros selon le professionnel) permet de comprendre le régime GOS applicable, d'identifier les recours possibles si un billet est annulé à tort, et de préparer une éventuelle contestation administrative si une mesure préventive est prononcée de façon injustifiée.

Nos confrères avocats spécialisés expliquent dans cet article sur le droit des supporters en Ligue 1 que les mêmes principes de droit à l'accès au spectacle sportif s'appliquent en France, même si les modalités d'encadrement diffèrent sensiblement d'un pays à l'autre.

Ce que vous risquez si vous avez un antécédent en France

Depuis le renforcement du cadre de coopération policière entre États membres de l'UE, les mesures d'interdiction de stade prononcées en France peuvent faire l'objet d'un échange d'informations avec les autorités italiennes dans le cadre des matchs à risque. La coopération entre les polices française et italienne s'est renforcée après plusieurs incidents lors de déplacements de clubs en compétition européenne.

Ce n'est pas encore une interdiction automatiquement opposable, mais un antécédent en France peut alerter les services de sécurité italiens lors des contrôles à l'entrée. Pour un supporter ayant fait l'objet d'une IAS (interdiction administrative de stade) en France, vérifier son statut avant un déplacement en Italie est une précaution recommandée.

Le même type de vigilance s'impose pour les matchs de compétitions européennes impliquant des clubs italiens, comme nous l'avons détaillé dans notre article sur les droits des supporters lors de la Conference League.

Ce que dit la *Polizia di Stato*

Sur son site officiel, la Polizia di Stato italienne publie les conditions d'accès aux secteurs visiteurs selon les catégories de risque des rencontres. Les matchs classés en catégorie A (risque élevé) entraînent des mesures supplémentaires : identification systématique, interdiction des écharpes dans les secteurs neutres, escorte depuis les gares ou parkings désignés.

Pour les supporters étrangers, l'absence de carte de fidélité d'un club italien peut dans certains cas être compensée par une pièce d'identité et un justificatif d'achat, mais cette souplesse est à la discrétion des GOS — elle ne constitue pas un droit.

Ce qu'il faut faire avant de se déplacer

Pour un supporter français souhaitant assister à un match de Serie A en Italie, quatre étapes s'imposent avant tout déplacement :

  1. Vérifier les conditions GOS sur le site officiel du club organisateur, entre 10 et 15 jours avant le match
  2. Renouveler sa carte de fidélité du club dont vous soutenez l'équipe visiteuse (délai de validation : jusqu'à 72 heures)
  3. Vérifier votre statut si vous avez un antécédent d'interdiction de stade en France
  4. Conserver les preuves d'achat en cas de litige ou de refus d'entrée

En cas de refus d'entrée injustifié ou d'annulation abusive de billet, un avocat spécialisé en droit sportif peut vous assister pour demander un remboursement, contester une décision GOS ou, en cas de DASPO injustifié, déposer un recours administratif auprès du Tribunale Amministrativo Regionale (TAR) compétent.


Cet article est publié à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique individualisé. Pour toute situation spécifique impliquant des restrictions d'accès à un stade ou une mesure d'interdiction sportive, consultez un professionnel du droit qualifié.

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