Le 14 mai 2026, la Suisse a vécu une soirée musicale intense : Veronica Fusaro, représentante helvétique sélectionnée après un processus impliquant 493 candidatures, a interprété «Alice» au Wiener Stadthalle à Vienne, en septième position de la deuxième demi-finale de l'Eurovision Song Contest 2026. La performance, diffusée dans 35 pays participants, n'a pas suffi à décrocher une place en grande finale, prévue le 16 mai. Pourtant, sur le plan financier, le bilan est loin d'être nul.
La demi-finale, c'est déjà 35 diffusions nationales
L'Eurovision 2026 réunit 35 pays participants. Chaque diffuseur national — qu'il s'agisse de la SRF en Suisse alémanique, de la RAI en Italie ou de l'ARD en Allemagne — retransmet l'intégralité des demi-finales, y compris les prestations des pays éliminés.
Pour Veronica Fusaro, cela signifie que «Alice» a été diffusée simultanément dans des dizaines de foyers européens, générant des droits de diffusion collectés par les organisations nationales de gestion des droits. En Suisse, c'est la SUISA qui assure cette mission : elle perçoit les redevances auprès des diffuseurs et les reverse aux auteurs et compositeurs. Selon les données de SUISA, chaque œuvre diffusée à la télévision ou à la radio génère des droits calculés en fonction du nombre de diffusions et de l'audience touchée dans chaque pays.
Veronica Fusaro, coautrice d'«Alice» avec Charlie McClean, est directement ayant droit de ces redevances — un avantage financier concret que beaucoup d'artistes sous-estiment dans l'euphorie ou la déception d'une compétition.
Ce que l'élimination change (et ce qu'elle ne change pas)
Ne pas atteindre la grande finale présente, paradoxalement, un avantage contractuel. L'Union européenne de radio-télévision (UER), qui organise l'Eurovision, impose aux vainqueurs des contraintes strictes : obligations de tournée en Europe, clauses d'exclusivité territoriale, accords spécifiques avec les diffuseurs nationaux. Ces contraintes ne s'appliquent pas aux demi-finalistes éliminés.
Veronica Fusaro conserve donc une totale liberté pour commercialiser «Alice» sur l'ensemble des plateformes mondiales sans restriction de territoire, négocier des contrats de synchronisation — utilisation de la chanson dans des films, séries ou publicités — et organiser des concerts en Suisse et à l'international sans passer par des intermédiaires désignés par l'EBU.
Sur le plan fiscal, les revenus tirés de la musique suivent des régimes distincts en droit suisse selon qu'il s'agit de droits d'auteur (liés à la création de l'œuvre), de droits voisins (liés à la prestation d'interprète) ou de cachets de concert. Un conseiller en gestion de patrimoine spécialisé dans les professions artistiques peut structurer ces sources de revenus pour optimiser la charge fiscale, en tenant compte du canton de résidence et du statut professionnel de l'artiste.
Le «rebond Eurovision» : un phénomène bien documenté
Les spécialistes du secteur musical observent régulièrement ce que l'on appelle l'«effet Eurovision» : même les participants éliminés en demi-finale bénéficient d'une hausse mesurable de leur visibilité internationale dans les mois qui suivent.
Pour une artiste établie comme Veronica Fusaro, cette exposition peut se traduire par des propositions de concerts supplémentaires, des collaborations avec des artistes étrangers, et une valorisation du catalogue existant. Les artistes ayant représenté la Suisse lors des dernières éditions ont régulièrement enregistré une progression notable de leur base d'abonnés sur les plateformes de streaming dans les semaines suivant leur participation, sans lien direct avec leur classement final.
Cette dynamique est au cœur d'une problématique plus large autour des droits contractuels des artistes à l'ESC : savoir ce que l'on cède — et ce que l'on conserve — conditionne directement la rentabilité financière d'une participation.
Les quatre démarches concrètes à entreprendre après l'Eurovision
1. Vérifier et compléter les déclarations SUISA
Toute œuvre diffusée publiquement doit être déclarée auprès de SUISA dans les 30 jours suivant la première diffusion. L'élimination n'exonère pas de cette obligation — c'est précisément à ce moment que les redevances de demi-finale sont générées et que les déclarations manquantes représentent une perte sèche de revenus.
2. Consulter un spécialiste fiscal
Les revenus artistiques bénéficient de déductions professionnelles spécifiques en Suisse : frais de studio, coûts de production, management, déplacements liés aux représentations. Un expert fiscal peut identifier les optimisations applicables selon le régime de l'artiste — activité indépendante, salarié de son propre label, ou partenariat.
3. Évaluer un changement de statut juridique
Si les revenus annuels liés à la musique atteignent un certain seuil, la création d'une raison individuelle ou d'une Sàrl peut offrir des avantages fiscaux et une meilleure protection du patrimoine. C'est une question stratégique à poser après une exposition médiatique de l'ampleur de l'Eurovision.
4. Planifier les revenus sur 18 à 24 mois
L'Eurovision génère des revenus différés : les droits de diffusion sont versés mois après mois à mesure que les retransmissions se multiplient sur les chaînes partenaires et les plateformes officielles. Un plan financier à moyen terme permet d'anticiper ces flux et de les mobiliser efficacement, notamment pour financer le prochain projet discographique.
Un spécialiste en gestion de patrimoine sur ExpertZoom peut établir une feuille de route financière personnalisée pour les artistes confrontés à ce type de situation.
Eurovision 2026 : une leçon de valorisation pour tous les artistes suisses
L'aventure de Veronica Fusaro à Vienne illustre une réalité souvent méconnue : la valeur d'une participation à un grand concours international ne se mesure pas au classement final. Les droits de diffusion, les revenus de streaming, la liberté contractuelle et l'exposition internationale représentent un actif réel qui, bien géré, peut transformer une demi-finale en tremplin durable.
La Loi fédérale sur le droit d'auteur et les droits voisins (LDA) offre en Suisse un cadre protecteur solide aux créateurs. Encore faut-il s'entourer des bons experts pour en tirer le meilleur parti — qu'il s'agisse d'un avocat spécialisé en droit de la musique, d'un fiscaliste ou d'un conseiller en gestion de patrimoine artistique.
Pour les 493 artistes qui ont soumis une candidature à la SRG SSR pour représenter la Suisse cette année, l'ESC 2026 est aussi une opportunité d'apprendre à valoriser leur travail à sa juste mesure, quel que soit le résultat.
Note : Les informations de cet article ont une portée générale et informative. Pour une analyse fiscale ou patrimoniale personnalisée, consultez un professionnel qualifié.
