Plus de 15'000 personnes ont franchi les portes du nouveau site de production de la RTS à Lausanne-Écublens les 30 et 31 mai 2026. Un engouement remarquable pour un bâtiment dont la facture totale s'élève à 165 millions de francs suisses — 130 millions pour la construction, 35 pour les équipements — et qui regroupe désormais radio, télévision et production digitale sous un même toit sur le campus de l'EPFL.
Derrière cet enthousiasme populaire, une question légitime se pose : en tant que citoyen suisse qui paie la redevance Serafe, qu'êtes-vous vraiment en droit d'exiger du service public audiovisuel ?
Un investissement historique pour la Suisse romande
Inauguré en novembre 2025, le site d'Écublens remplace les anciens locaux de la Sallaz et une partie de l'infrastructure genevoise. Il représente la plus grande transformation immobilière de la RTS depuis des décennies.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 15'000 visiteurs en un seul week-end d'ouverture, des ateliers de coulisses sur les métiers de la radio, de la télévision et du digital, et une promesse institutionnelle forte. Les ateliers d'éducation aux médias passeront de 300 à 400 par année dès 2027 — pour la plupart gratuits, accessibles aux écoles et au grand public. La RTS prévoit d'accueillir 10'000 personnes par année à Lausanne-Écublens.
Mais ce bâtiment n'est pas seulement un symbole de modernité médiatique. Il incarne aussi un contrat entre la SSR et les citoyens suisses — un contrat que peu de gens ont jamais lu.
La redevance Serafe : ce que vous payez et pourquoi
Depuis 2019, la redevance audiovisuelle est perçue par Serafe, un organisme indépendant mandaté par la Confédération. Chaque ménage privé s'acquitte actuellement de 335 CHF par an, tandis que les entreprises paient un montant variable selon leur chiffre d'affaires annuel.
Ces fonds financent la SSR (Société suisse de radiodiffusion et télévision), dont la RTS est l'unité pour la Suisse romande. La SSR perçoit environ 1,25 milliard de francs par an issus de la redevance, complétés par des recettes publicitaires encadrées par la loi.
Ce financement est régi par la concession SSR, un acte de droit public délivré par le Conseil fédéral qui définit précisément les obligations auxquelles la SSR — et donc la RTS — est soumise. Pour consulter les détails officiels, rendez-vous sur le site de l'Office fédéral de la communication (OFCOM).
Ce que la concession SSR vous garantit concrètement
La concession n'est pas un simple document administratif : elle confère des droits réels aux citoyens suisses. Voici les obligations de service public les plus importantes :
Information pluraliste et indépendante — La RTS est tenue de proposer une information complète, fiable et équilibrée sur les affaires suisses, européennes et mondiales. Elle ne peut pas se concentrer exclusivement sur le divertissement au détriment de l'information.
Accessibilité universelle — Les émissions principales doivent être sous-titrées pour les personnes sourdes ou malentendantes. Des efforts d'accessibilité sont aussi attendus pour les malvoyants.
Ancrage régional fort — La RTS doit couvrir les réalités spécifiques de la Suisse romande et contribuer activement à la cohésion nationale entre les quatre régions linguistiques du pays.
Transparence financière — La SSR est soumise à des audits réguliers et publie ses comptes. L'investissement d'Écublens — 165 millions de CHF — a ainsi fait l'objet d'un suivi public complet, accessible à tous les contribuables.
Indépendance éditoriale — Ni le Conseil fédéral, ni les annonceurs, ni les actionnaires (qui n'existent pas) ne peuvent dicter le contenu éditorial de la RTS.
Vos droits si la RTS ne respecte pas ses obligations
Si vous estimez que la RTS manque à ses obligations de service public, plusieurs recours existent — et ils sont plus accessibles qu'on ne le pense.
Le Médiateur de la SSR — Tout citoyen peut saisir le médiateur en cas de manquement éditorial grave : traitement partial d'un sujet, omission factuelle importante, violation des principes d'équilibre et de pluralisme. La médiation est gratuite et constitue le premier niveau de recours.
L'Autorité indépendante d'examen des plaintes en matière de radio-télévision (AIEP) — Si la médiation n'aboutit pas, une plainte formelle peut être déposée auprès de cette autorité fédérale indépendante. Elle examine si une émission a violé les dispositions légales applicables et peut contraindre la SSR à des corrections.
Contestation de la redevance pour les entreprises — Si votre entreprise est assujettie à la redevance Serafe mais que vous contestez le montant calculé, ou si vous estimez relever d'un seuil d'exonération, un avocat spécialisé peut analyser votre situation et vous aider à formuler une demande de révision.
Litiges avec Serafe — En cas de problème avec la facturation ou le recouvrement, des recours administratifs sont prévus. Un expert juridique vous oriente vers la procédure appropriée.
Des avocats et experts juridiques spécialisés en droit des médias sont disponibles sur Expert Zoom pour répondre à vos questions sur la redevance, la concession SSR, ou vos droits face au service public.
Service public sous les projecteurs : un contrat renouvelé
L'ouverture d'Écublens remet en lumière une réalité souvent oubliée : la RTS n'est pas une entreprise privée ordinaire. Elle est liée à la société suisse par un contrat de droit public qui implique des obligations précises — et des droits correspondants pour les citoyens.
Alors que le débat sur le financement et le périmètre de la SSR reste vif en Suisse, comprendre ces mécanismes vous permet d'être un citoyen informé. Et si vous estimez que le service public ne remplit pas son rôle, vous savez désormais comment agir.
Note : cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique. Pour toute situation spécifique liée à la redevance ou aux droits face aux médias de service public, consultez un professionnel du droit.

Sophie Magnin