Partners Group bloque les retraits sur son fonds de 8,6 milliards : ce que les investisseurs suisses doivent faire
Le 3 juin 2026, Partners Group — la principale société suisse de capital-investissement, cotée à la Bourse suisse (SIX) sous le symbole PGHN — a activé un mécanisme de blocage des retraits sur son fonds phare Global Value SICAV de 8,6 milliards de dollars. Les demandes de rachat des investisseurs au deuxième trimestre 2026 ont atteint 9,8 % de la valeur nette d'inventaire (VNI), soit presque le double du plafond trimestriel de 5 % stipulé dans le contrat du fonds. Résultat : les investisseurs qui souhaitaient récupérer leur capital ne peuvent obtenir que 5 % de la VNI ; le solde est mis en file d'attente pour les prochains trimestres.
L'annonce a provoqué une chute record de l'action PGHN de 13 à 17 % lors de la séance du 3 juin 2026 — soit sa pire performance journalière depuis l'entrée du groupe en bourse. L'action affiche désormais un recul d'environ 30 % depuis le début de l'année sur la SIX.
Un contexte de tensions depuis le printemps 2026
Cette décision ne survient pas dans le vide. Le 29 avril 2026, la firme de vente à découvert américaine Grizzly Research avait publié un rapport de 37 pages remettant en question la valorisation de certains actifs détenus dans les fonds evergreen de Partners Group. Parmi les allégations : un opérateur de centres de données suédois valorisé en hausse de 176,9 % alors que ses revenus avaient reculé de 18 % et que ses pertes opérationnelles s'étaient creusées de 42 %, ou encore une société de biocontrôle portugaise affichant une revalorisation de 857,8 % de ses fonds propres ordinaires pour une croissance de revenus de seulement 2,9 %.
Partners Group a fermement rejeté ces accusations, les qualifiant de « frivoles, diffamatoires et très trompeuses », et a annoncé des recours juridiques potentiels pour manipulation de marché. Le blocage des retraits, déclenché automatiquement conformément aux règles du fonds, a néanmoins ravivé les inquiétudes sur la valorisation des actifs non cotés.
Une onde de choc sur tout le secteur des actifs privés
La contagion ne s'est pas limitée à PGHN. Selon CNBC, lors de la même séance du 3 juin 2026, les actions de plusieurs grands gestionnaires d'actifs alternatifs ont chuté : EQT (-6 %), CVC Capital Partners (-5,8 %), Bridgepoint Group (-4 %), ainsi que KKR, Ares Management et Blackstone. Les marchés expriment une inquiétude systémique : si Partners Group, l'un des acteurs les plus respectés du private equity mondial, fait face à une vague de rachats dépassant sa capacité d'absorption, qu'en est-il de la liquidité dans le reste du secteur ?
Pour les investisseurs suisses, le risque est particulièrement concret : les fonds evergreen de Partners Group sont largement distribués dans les réseaux de gestion de patrimoine helvétiques, directement ou via des produits structurés et des fonds de fonds.
Des fondamentaux 2025 solides, mais une guidance 2026 prudente
Malgré la tempête, Partners Group avait publié des résultats 2025 robustes en début d'année : un bénéfice net en hausse de 12 % à CHF 1,26 milliard, un EBITDA en progression de 19 % à CHF 1,61 milliard, et un dividende de CHF 46,00 par action versé le 26 mai 2026 — marquant la 17e hausse consécutive avec un taux de croissance annuel composé de +17 % sur dix ans.
Cependant, la direction a averti que les revenus de performance 2026 se situeraient « dans le bas de la fourchette » de l'objectif de 25 à 40 %, un signal de prudence qui avait déjà pesé sur la valorisation bien avant l'annonce du blocage. Ce ralentissement anticipé des revenus variables s'explique par un effet de base : les excellentes sorties de portefeuille enregistrées en 2025 avaient généré des revenus de performance exceptionnellement élevés, difficiles à reproduire l'année suivante.
Trois impacts concrets pour les investisseurs exposés
1. Un délai de rachat allongé et imprévisible. Les demandes excédentaires — au-delà du plafond de 5 % par trimestre — seront honorées lors des prochaines fenêtres trimestrielles, mais sans garantie de délai. Selon la taille de la position et les flux entrants futurs dans le fonds, la sortie effective peut prendre de six à douze mois, voire davantage. Les investisseurs qui avaient besoin de liquidités à court terme doivent revoir leur planification financière en conséquence.
2. Une valorisation à surveiller de près. Si certains actifs dans le fonds sont effectivement survalués comme l'allègue Grizzly Research, la VNI utilisée pour calculer les rachats pourrait ne pas refléter la valeur de marché réelle des positions sous-jacentes. Cela signifie que le montant finalement récupéré pourrait être inférieur à la valeur affichée dans votre relevé de compte.
3. Un risque pour les stratégies de revenu. Avec des revenus de performance 2026 orientés à la baisse, la croissance ininterrompue du dividende depuis 17 ans pourrait marquer une pause. Les portefeuilles construits autour de ce dividende méritent une réévaluation urgente pour identifier des sources de revenu alternatives.
Le risque de liquidité dans les fonds alternatifs : ce que trop peu d'investisseurs savent
L'affaire Partners Group met en lumière un risque fondamental des investissements alternatifs : les fonds evergreen ne sont pas liquides comme des fonds communs de placement traditionnels. Ils fonctionnent avec des fenêtres de rachat périodiques et des mécanismes de plafonnement automatique, précisément pour éviter que des sorties massives ne déstabilisent l'ensemble du fonds et lèsent les porteurs restants.
Selon la FINMA, l'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers, les placements collectifs de capitaux sont soumis à des règles strictes d'information concernant les conditions de rachat. Mais de nombreux clients de la gestion privée en Suisse accèdent à ces fonds via des produits structurés sans toujours saisir pleinement la mécanique de blocage qui peut s'activer.
Un conseiller en gestion de patrimoine peut vous aider à évaluer plusieurs dimensions critiques : identifier votre exposition réelle aux actifs privés, directe et indirecte via des fonds de fonds ou produits enveloppants ; analyser votre besoin de liquidité à court, moyen et long terme et le comparer aux conditions réelles de rachat de vos placements ; diversifier votre portefeuille pour réduire le risque de concentration sur des classes d'actifs illiquides ; et enfin réévaluer votre stratégie de revenu si elle reposait sur des dividendes liés aux revenus de performance de gestionnaires alternatifs.
L'événement Partners Group n'est pas isolé dans l'histoire récente du private equity. Des situations comparables avaient touché Blackstone BREIT et d'autres fonds similaires les années précédentes. La contrainte de liquidité dans les actifs alternatifs est une réalité cyclique que tout investisseur exposé doit anticiper — et que seul un regard professionnel et indépendant permet d'évaluer correctement.
Pour approfondir les questions réglementaires liées aux investissements en Suisse, consultez également notre analyse sur les risques des placements alternatifs pour les investisseurs suisses.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement ou en gestion de patrimoine. Pour toute décision relative à votre portefeuille, consultez un professionnel qualifié.

Antoine Favre