Mbappé transférable cet été : 3 questions sur ses droits à l'image et sa fiscalité

Kylian Mbappé en action lors d'un match de football professionnel

Photo : Zo Yout / Wikimedia

Antoine Antoine FavreGestion de Patrimoine
5 min de lecture 15 mai 2026

Le 9 mai 2026, Kylian Mbappé a quitté prématurément l'entraînement du Real Madrid, incapable de poursuivre en raison de douleurs aux ischio-jambiers. Trois jours plus tard, il a fait une brève apparition face à Oviedo, mais la saison se referme douloureusement sur le meilleur buteur des Merengues : 41 réalisations en Liga et en Ligue des champions, des sifflets à répétition au Bernabéu, et une pétition de 70 millions de signatures réclamant son départ. Selon plusieurs sources proches du club madrilène, le Real Madrid envisagerait de l'inscrire sur la liste des joueurs transférables cet été. Quelles seraient les conséquences patrimoniales d'un tel départ ?

1. La «loi Beckham» : un avantage fiscal colossal que Mbappé perdrait en quittant l'Espagne

Depuis 2004, le régime spécial applicable aux impatriés en Espagne — communément appelé «loi Beckham» — permet aux sportifs étrangers résidant en Espagne de payer un taux forfaitaire de 24 % sur leurs revenus espagnols jusqu'à 600 000 euros, au lieu du barème progressif pouvant atteindre 47 %. Au-delà de ce seuil, un taux de 47 % s'applique, mais ce dispositif reste nettement plus favorable que dans la plupart des pays européens.

Pour un joueur percevant des dizaines de millions d'euros par an, cet écart représente une économie fiscale de plusieurs millions chaque saison. Si Mbappé quittait Madrid pour rejoindre un club de Premier League anglaise (imposition jusqu'à 45 % sur les hautes rémunérations), un club de Ligue 1 française (même tranche marginale à 45 %) ou la Saudi Pro League (où des mécanismes d'imposition indirecte existent malgré l'absence d'impôt sur le revenu), le bilan fiscal serait radicalement différent.

Un conseiller en gestion de patrimoine spécialisé dans les athlètes professionnels analyse systématiquement ce type d'avantage fiscal lors des négociations de contrat, en intégrant non seulement le brut proposé, mais aussi le net après charges sociales et impôts dans chaque pays cible.

2. Les droits à l'image : une machine à revenus indépendante du club

Une grande partie de la valeur patrimoniale de Mbappé ne réside pas dans son salaire annuel, mais dans ses contrats d'image avec des marques mondiales. En droit suisse comme dans la plupart des législations européennes, le droit à l'image est protégé en tant que composante des droits de la personnalité. Selon l'article 28 du Code civil suisse, «celui qui subit une atteinte illicite à sa personnalité peut agir en justice pour sa protection» — ce qui inclut l'exploitation non autorisée de l'image d'une personne.

Dans la pratique, les grandes stars du football cèdent leurs droits d'exploitation de l'image à une entité juridique distincte — une holding établie dans une juridiction fiscalement avantageuse — qui perçoit les redevances versées par les sponsors. Le club peut également rémunérer une partie du joueur au titre des droits à l'image : en Espagne, jusqu'à 15 % du package total peut être attribué à ce poste, avec un traitement fiscal différencié.

Si Mbappé est transféré, ses contrats d'image en cours ne sont pas automatiquement affectés : ils sont attachés à sa personne, pas à son employeur. Mais la destination du transfert conditionne fortement l'attractivité future de sa marque. Un départ vers la Saudi Pro League enverrait un signal très différent d'un transfert vers Manchester City ou le FC Barcelone — ce qui impacte directement les négociations avec les sponsors.

3. La prime de signature et l'indemnité de transfert : qui reçoit quoi ?

Un transfert de Mbappé générerait l'une des plus importantes indemnités de l'histoire récente du football. Cette somme — potentiellement plusieurs centaines de millions d'euros — revient au club vendeur, soit le Real Madrid. Le joueur, lui, ne perçoit pas directement cette indemnité.

En revanche, le club acheteur verse généralement une «prime à la signature» directement au joueur (ou à sa structure patrimoniale). Cette somme est imposable dans le pays de résidence fiscale au moment de son versement — d'où l'importance stratégique de la date et des modalités du transfert. Un joueur qui signe son nouveau contrat avant de déménager peut se retrouver dans une situation fiscale très différente de celui qui attend d'être résident dans le nouveau pays.

Ces questions sont au cœur de la gestion patrimoniale des footballeurs professionnels, comme le montre la stratégie de transition de carrière d'un Antoine Griezmann ou d'autres grandes stars en phase de transition.

Ce que l'affaire Mbappé révèle pour les sportifs professionnels suisses

La situation de Mbappé au Real Madrid — 41 buts, 70 millions de pétitionnaires, une blessure aux ischio-jambiers et une pétition sans précédent — est spectaculaire. Mais les questions patrimoniales qu'elle soulève ne sont pas l'apanage des stars mondiales.

En Suisse, les athlètes professionnels — skieurs de haut niveau, joueurs de hockey sur glace en NHL ou en National League, tennismen figurant au classement ATP — font face aux mêmes enjeux fondamentaux : comment structurer ses droits à l'image ? Comment planifier une transition de carrière qui peut survenir subitement suite à une blessure ou une non-reconduction de contrat ? Comment optimiser sa situation fiscale dans le cadre légal suisse et des conventions de double imposition ?

Un athlète suisse qui perçoit 500 000 francs par an aura des besoins patrimoniaux comparables, à une autre échelle, à ceux d'un footballeur international. La fenêtre de revenus élevés est courte ; la nécessité de bien l'exploiter est identique.

Ce qu'un conseiller patrimonial recommanderait aujourd'hui à un sportif dans la situation de Mbappé

Voici les quatre priorités qu'un expert en gestion de patrimoine sportif analyserait dans cette situation :

1. Cartographier les actifs existants : catalogues d'image, participations dans des entreprises, investissements immobiliers, placements financiers — tout ce qui constitue le patrimoine au-delà du salaire mensuel.

2. Comparer les scénarios fiscaux : selon la destination, le différentiel d'imposition sur une prime de signature de 50 millions peut représenter entre 10 et 20 millions d'euros de différence nette. Ce calcul doit être fait avant, pas après, la signature.

3. Anticiper la fin de carrière : dans le football, la retraite sportive survient rarement au-delà de 35 ans. La structuration patrimoniale doit donc commencer dès les premières saisons à revenus élevés, pas au moment où les offres se raréfient.

4. Sécuriser les contrats d'image : une blessure, une mésentente avec les fans ou un scandale médiatique peut réduire instantanément la valeur commerciale d'une marque personnelle. Un plan de gestion des risques d'image — y compris des clauses contractuelles adaptées — est indispensable.

Un conseiller en gestion de patrimoine sur ExpertZoom peut accompagner les sportifs professionnels dans cette démarche, en Suisse ou à l'international, quel que soit le stade de leur carrière.

Note : Les informations contenues dans cet article sont à titre informatif et général. Pour une analyse fiscale ou patrimoniale personnalisée, consultez un professionnel qualifié.

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