Gerlafingen : aciérie en crise, quels droits pour les travailleurs licenciés en Suisse ?
Depuis le 1er janvier 2026, les consommateurs d'électricité suisses financent à hauteur de 25 millions de francs le maintien en activité de deux aciéries nationales, dont Stahl Gerlafingen. Malgré ce soutien public, la crise structurelle de l'industrie sidérurgique helvétique menace encore des centaines d'emplois dans le canton de Soleure. Ce que peu de travailleurs savent : le droit suisse leur accorde des protections importantes en cas de licenciement collectif.
Une aciérie sous pression depuis deux ans
Stahl Gerlafingen, propriété du groupe italien AFV Beltrame, traverse une crise profonde depuis mi-2023. La cause principale : un blocage de facto des exportations suisses vers l'Union européenne, couplé à des coûts d'électricité record — la Suisse applique des taxes de réseau parmi les plus élevées d'Europe.
Résultat : en mai 2024, l'entreprise a fermé l'une de ses deux lignes de production, supprimant 95 postes sur environ 440 employés. À l'automne 2024, 120 licenciements supplémentaires ont été annoncés. Grâce à une mobilisation syndicale forte (Unia, SEV) et à une vive pression politique, ces 120 emplois ont finalement été préservés grâce au chômage partiel.
L'entreprise n'est pas anodine : Stahl Gerlafingen fournit à elle seule 50 % de l'acier de construction produit en Suisse et recycle des ferrailles locales pour produire 600 000 tonnes de produits sidérurgiques par an. Sa fermeture totale représenterait un choc économique majeur pour toute la région.
L'aide publique : 25 millions de francs pour tenir debout
Depuis janvier 2025, une ordonnance du Conseil fédéral permet à Stahl Gerlafingen de bénéficier d'un soutien sur ses coûts d'électricité, financé par une surtaxe sur les factures des consommateurs — y compris les ménages modestes et les PME. Ce mécanisme représente 25 millions de francs en 2026 pour les deux aciéries concernées.
Le canton de Soleure a de son côté approuvé en mai 2026 un crédit d'engagement de 4,589 millions de francs pour soutenir l'entreprise. En contrepartie, Stahl Gerlafingen doit garantir le maintien du site, investir dans la durabilité et présenter un plan de sécurisation des emplois jusqu'en 2028.
La réforme des taxes de réseau électrique prévoit par ailleurs une dégressivité sur quatre ans : 50 % de réduction la première année, puis 37,5 %, 25 % et 12,5 % les années suivantes. Une aide conditionnelle qui ne garantit aucunement la pérennité des emplois à long terme.
Que dit la loi suisse en cas de licenciement collectif ?
Lorsqu'une entreprise procède à des suppressions de postes en masse, le droit suisse impose des obligations strictes à l'employeur, souvent méconnues des travailleurs concernés.
Selon le Code des obligations (CO) (articles 335d à 335g), un licenciement collectif est défini comme le congé donné dans un délai de 30 jours à au moins 10 travailleurs dans une entreprise de 100 à 299 employés. Les 95 suppressions de Stahl Gerlafingen en mai 2024 correspondaient exactement à ce seuil légal.
Dans ce cas, l'employeur est tenu de :
- Consulter préalablement les représentants des travailleurs avant toute décision définitive
- Notifier par écrit l'Office cantonal de l'emploi (OCE)
- Respecter un délai d'attente de 30 jours entre la notification et les premiers licenciements effectifs
- Verser les indemnités de départ prévues par la convention collective applicable
En cas de manquement à la procédure de consultation, un licenciement peut être déclaré abusif, ouvrant droit à une indemnité pouvant atteindre 6 mois de salaire selon l'article 336a CO.
Le chômage partiel, une arme souvent négligée
L'exemple des 120 emplois sauvés à Gerlafingen illustre parfaitement l'utilité du chômage partiel (RHT – Réduction de l'horaire de travail). Ce mécanisme permet à l'employeur de réduire temporairement les heures de travail, l'État compensant une partie des salaires perdus via l'assurance-chômage.
Pour y avoir droit, l'entreprise doit démontrer que la baisse d'activité est temporaire et involontaire. Les syndicats jouent un rôle crucial pour négocier et surveiller l'application de cet outil. À Gerlafingen, c'est précisément ce levier — activement défendu par Unia et SEV — qui a permis d'éviter des centaines de licenciements supplémentaires en 2024.
Comme le rappelle le bilan de la Fête du travail 2026 en Suisse, les droits des travailleurs doivent être activement revendiqués — ils ne s'exercent pas automatiquement.
Les droits à l'assurance-chômage après un licenciement
Les travailleurs licenciés ont droit aux prestations de l'assurance-chômage (IC) s'ils ont cotisé au moins 12 mois au cours des deux dernières années. Le taux de remplacement est de 80 % du dernier gain assuré pour les assurés ayant des obligations d'entretien, et de 70 % pour les autres.
La démarche doit être engagée rapidement : l'inscription à l'Office régional de placement (ORP) doit avoir lieu dès que le préavis de licenciement est connu, et non pas uniquement à la fin du contrat. Chaque mois de retard peut entraîner une perte de prestations.
La durée maximale des indemnités est de 400 jours pour les assurés âgés de plus de 55 ans, et de 260 jours pour les autres, sous réserve du délai de cotisation.
Quand faire appel à un avocat spécialisé ?
La situation de Gerlafingen révèle un problème systémique : les travailleurs sont rarement informés de leurs droits au moment où ils en ont le plus besoin. Une consultation avec un avocat spécialisé en droit du travail permet de :
- Vérifier que la procédure légale de consultation a bien été respectée
- Contester un licenciement potentiellement abusif devant le tribunal
- Négocier un plan social ou des indemnités de départ plus favorables
- Optimiser l'accès aux prestations de l'assurance-chômage
Comme le montre le cas de la fusion Unilever-McCormick et ses conséquences pour les employés suisses d'Aromat, les grandes restructurations industrielles touchent des travailleurs de tous les secteurs en Suisse. Anticiper et connaître ses droits fait toute la différence entre subir et défendre ses intérêts.
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Ce contenu a une vocation informative générale et ne constitue pas un avis juridique personnalisé. Consultez un professionnel du droit qualifié pour toute situation spécifique.
