Fiorella Mannoia fête ses 70 ans avec De André en concert : ce que la loi dit sur les droits des reprises musicales
Le vendredi 22 mai 2026, Rai 1 a diffusé « Semplicemente Fiorella », une soirée spéciale pour célébrer les 70 ans de la chanteuse italienne Fiorella Mannoia. Quelques semaines plus tard, elle entamera une tournée dédiée au répertoire de Fabrizio De André et Ivano Fossati, intitulée « Fiorella canta Fabrizio e Ivano : Anime Salve », avec le premier concert le 27 juin 2026 à Gênes. Cette actualité soulève une question concrète : quand un artiste reprend les chansons d'un autre, qui touche les droits d'auteur — et que prévoit la loi en Suisse ?
Fiorella Mannoia à 70 ans : une carrière au service des autres
Née le 4 mai 1954 à Rome, Fiorella Mannoia est l'une des figures incontournables de la chanson italienne. Son répertoire, engagé et poétique, lui a valu plusieurs Targhe Tenco ainsi qu'une reconnaissance à Sanremo, où elle s'est produite début 2026. Pour ses 70 ans, elle a choisi de rendre hommage à deux géants : Fabrizio De André, disparu en janvier 1999, et Ivano Fossati, qui avait collaboré avec lui sur l'album « Anime Salve » (1996), son dernier opus.
Ce projet de tournée, annoncé pour l'été 2026, s'inscrit dans une tradition artistique forte : reprendre des œuvres majeures du patrimoine musical pour les faire vivre sur scène devant de nouveaux publics. Mais derrière l'émotion artistique se posent des questions juridiques précises sur les droits d'auteur.
Qui détient les droits d'auteur sur les chansons de De André et Fossati ?
En Suisse comme dans toute l'Union européenne, les droits d'auteur sur une œuvre musicale durent 70 ans après le décès de l'auteur. Fabrizio De André étant décédé le 11 janvier 1999, ses œuvres sont protégées jusqu'en 2069. Ivano Fossati, né en 1951 et toujours vivant, voit ses droits protégés pour toute sa vie et encore 70 ans après sa mort.
Cela signifie concrètement : lorsque Fiorella Mannoia interprète en concert une chanson de De André ou de Fossati, les droits d'auteur ne lui reviennent pas — ils appartiennent aux ayants droit (héritiers, éditeurs musicaux, succession). Elle doit obtenir une autorisation ou payer des redevances.
En Suisse, la gestion collective de ces droits est confiée à la SUISA, la Société suisse pour les droits des auteurs d'œuvres musicales. Chaque concert donne lieu à une déclaration et à une redistribution aux auteurs concernés, calculée selon les titres joués et la jauge de la salle.
Les 3 droits en jeu lors d'une reprise en concert
Comprendre les droits d'auteur dans la musique, c'est distinguer plusieurs couches de droits qui s'appliquent séparément :
1. Les droits d'exécution publique
Chaque fois qu'une chanson est jouée en public — en concert, à la radio, dans un bar — les droits d'auteur du compositeur et du parolier sont dus. En Suisse, un organisateur de concert déclare les titres joués à la SUISA, qui redistribue les sommes collectées aux ayants droit correspondants. Ce système s'applique qu'il s'agisse d'un tube des années 1980 ou d'une composition inédite.
2. Les droits mécaniques (pour les enregistrements)
Si Fiorella Mannoia décidait d'enregistrer les chansons de De André pour un album studio, elle devrait obtenir une licence mécanique auprès de l'éditeur musical ou de la société de gestion collective compétente. En Suisse, la SUISA gère également ces droits pour les reproductions d'œuvres musicales. Un contrat de licence fixe le montant des redevances par unité vendue ou streamée.
3. Les droits voisins des interprètes
À côté des droits d'auteur stricto sensu (qui protègent les compositeurs et paroliers), les artistes interprètes bénéficient de droits voisins. Fiorella Mannoia, en tant qu'interprète, détient ses propres droits sur les enregistrements qu'elle réalise — même si les droits sur les œuvres sous-jacentes appartiennent à d'autres.
Cette distinction est cruciale : un concert de reprises bénéficie artistiquement à l'interprète, mais génère des revenus principalement pour les auteurs originaux ou leurs héritiers.
Ce que cela change pour les artistes amateurs et professionnels en Suisse
L'affaire Fiorella Mannoia n'est pas isolée : elle illustre une réalité quotidienne pour de nombreux musiciens suisses, qu'ils se produisent dans des salles de 5 000 places ou dans des petits cafés-concerts genevois.
En Suisse, la loi fédérale sur le droit d'auteur (LDA) oblige tout organisateur d'événement musicaux à déclarer les œuvres jouées et à payer les droits correspondants via la SUISA. Les sanctions en cas d'omission peuvent inclure des amendes civiles et des poursuites pénales, même pour des événements modestes.
Pour un artiste ou un organisateur de concerts :
- Les droits sont gérés automatiquement via la SUISA pour les concerts en Suisse — l'organisateur paie une redevance forfaitaire ou calculée selon la jauge.
- En dehors de la Suisse, chaque pays a sa propre société de gestion. Une tournée internationale nécessite une vérification pays par pays.
- Les plateformes de streaming (YouTube, Spotify) collectent leurs propres licences directement avec les éditeurs et sociétés de gestion.
Quand faire appel à un avocat spécialisé en droit de la propriété intellectuelle ?
Les règles semblent claires en théorie, mais les litiges autour des droits d'auteur musicaux sont fréquents. Des questions pratiques surgissent régulièrement : un arrangement original d'une chanson connue crée-t-il de nouveaux droits ? Peut-on reprendre une œuvre du domaine public (avant 1954 environ) sans rien payer ? Comment protéger ses propres compositions si on est auteur-compositeur ?
Un avocat spécialisé en droit de la propriété intellectuelle peut clarifier votre situation, rédiger des contrats de licence solides, ou vous défendre en cas de litige sur des droits d'auteur. Que vous soyez musicien professionnel, organisateur de concerts ou simple passionné qui publie ses reprises en ligne, connaître vos droits et obligations est indispensable.
Pour obtenir un conseil personnalisé sur vos droits musicaux ou vos obligations en matière de propriété intellectuelle en Suisse, consultez un expert juridique sur Expert Zoom.
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié pour votre situation particulière.

Juliette Mottet