Christian Fassnacht en Europa League à 32 ans : 3 vérités contractuelles pour chaque sportif suisse

Supporters et joueurs de BSC Young Boys lors d'un match de football en Suisse

Photo : Pierre.berendes / Wikimedia

Élise Élise MeyerJuridique
4 min de lecture 15 mai 2026

À 32 ans, Christian Fassnacht défie les statistiques. Le milieu offensif bernois enchaîne les saisons de haut niveau avec BSC Young Boys, cumule les apparitions en UEFA Europa League 2025/26 et reste un pilier de la sélection nationale suisse dans les qualifications pour la Coupe du Monde 2026. Dans un sport où la moyenne de carrière professionnelle ne dépasse pas 8 à 12 ans, Fassnacht représente un cas d'école pour les sportifs professionnels suisses : comment gérer les enjeux contractuels, financiers et juridiques à l'approche du dernier virage de sa carrière ?

Ce que représente le cap des 30 ans pour un sportif professionnel

Le football professionnel impose une réalité inexorable : au-delà de 30 ans, les clubs revoient leurs offres contractuelles à la baisse, les clauses de performance prennent davantage de poids et les droits à l'image deviennent un actif patrimonial à gérer activement. Cette pression s'exerce sur tous les sportifs professionnels suisses, qu'ils évoluent en Super League, en hockey, en ski ou dans n'importe quel autre sport de haut niveau.

Pour Fassnacht, la saison 2025/26 illustre parfaitement cet équilibre délicat : 18 matchs en Super League, 5 en Europa League, 11 buts au compteur. Des chiffres qui justifient un contrat avec Young Boys — mais pour combien de temps encore, et à quelles conditions ?

Point 1 : le contrat de travail d'un sportif professionnel en Suisse

En droit suisse, les sportifs professionnels sont des employés au sens du Code des obligations (CO). Leur contrat de travail est donc soumis aux dispositions générales du droit du travail, avec des particularités propres au monde sportif.

Parmi les éléments à maîtriser absolument :

  • La clause de résiliation anticipée : dans les contrats footballistiques, une résiliation anticipée par le club ou le joueur peut entraîner des indemnités considérables. Ces clauses doivent être négociées avec soin, idéalement avec l'assistance d'un avocat spécialisé.
  • La clause de transfert (ou sell-on clause) : en cas de transfert entre clubs, une partie du montant peut revenir au club formateur ou à l'ancien employeur. La loi suisse laisse une large liberté contractuelle sur ce point, mais les abus sont fréquents.
  • La clause de performance : de plus en plus répandue au-delà de 30 ans, elle conditionne une partie de la rémunération à des objectifs de match, de buts ou de minutes jouées. Elle peut avoir un impact fiscal significatif sur les revenus variables.

Selon la Loi fédérale sur l'encouragement du sport (LESp), les droits des athlètes professionnels en Suisse bénéficient d'un cadre légal protecteur — mais encore faut-il le connaître et savoir l'invoquer.

Point 2 : les droits à l'image, un actif mal protégé

Un joueur comme Christian Fassnacht génère une valeur d'image : maillots vendus à son nom, publicités, réseaux sociaux, apparitions en Europa League. En Suisse, les droits à l'image d'un sportif professionnel peuvent être exploités par le club, par un équipementier ou par le joueur lui-même — selon ce que prévoit le contrat.

Le risque est réel : de nombreux sportifs suisses signent des contrats standards sans réaliser qu'ils cèdent l'intégralité de leurs droits d'image au club. Or, ces droits peuvent représenter une part significative des revenus d'un athlète de haut niveau, surtout lorsqu'il participe à des compétitions européennes.

La jurisprudence suisse est claire : sans clause contractuelle explicite, les droits à l'image appartiennent à l'athlète. Mais dans la pratique, les clubs incluent systématiquement des clauses de cession. Un juriste peut négocier des limitations géographiques, temporelles ou par support de diffusion.

Comme l'illustre le transfert de Granit Xhaka et les enjeux contractuels dans le football suisse, chaque transfert ou renouvellement de contrat représente un moment clé pour réévaluer la répartition des droits.

Point 3 : anticiper la transition de carrière avant la fin du contrat

La plupart des sportifs professionnels suisses attendent la fin de leur carrière pour penser à la reconversion. C'est une erreur juridique et financière. À 32 ans — l'âge actuel de Fassnacht — il est encore temps de planifier sereinement.

Les points à anticiper :

  1. La cotisation au 2e pilier (LPP) : les sportifs professionnels ayant des revenus variables cotisent parfois insuffisamment à leur caisse de pension pendant les années de hauts salaires. Un audit de la situation LPP est conseillé dès 30 ans.

  2. La constitution d'une société d'image : certains sportifs suisses gèrent leurs revenus d'image via une structure juridique séparée (sàrl ou SA). Cette organisation peut offrir des avantages fiscaux et une meilleure protection du patrimoine, mais elle doit être mise en place tôt et correctement structurée.

  3. Le contrat de retraite sportive : plusieurs fédérations suisses proposent des programmes d'accompagnement à la reconversion. Mais sur le plan juridique, le sportif doit également s'assurer que son contrat de travail actuel ne contient pas de clauses restrictives post-emploi qui limiteraient son activité future (clauses de non-concurrence, non-sollicitation).

Quand consulter un avocat ou un conseiller financier ?

Le moment idéal pour consulter un professionnel n'est pas à la fin de la carrière, mais au moment de chaque renouvellement de contrat ou chaque transfert. Dans le cas de Fassnacht, une nouvelle saison en Europa League avec Young Boys soulève des questions contractuelles concrètes : quelles clauses prévoient sa rémunération en cas de blessure prolongée ? Son contrat couvre-t-il une prime UEFA ? Comment ses droits à l'image sont-ils protégés dans les pays européens où il joue ?

Ces questions ne concernent pas uniquement les stars du football. Tout sportif professionnel suisse — quelle que soit sa notoriété — a intérêt à se faire accompagner par un juriste spécialisé et, selon sa situation patrimoniale, par un conseiller en gestion de patrimoine. Sur Expert Zoom, vous trouverez des professionnels disponibles rapidement pour une première évaluation de votre situation contractuelle.

Cet article a une portée informative générale. Il ne constitue pas un avis juridique ou financier. Pour toute situation spécifique, consultez un professionnel qualifié.

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