5 matchs, 1 but, joueuse de la saison : ce que les droits d'image changent pour les sportives suisses

Alisha Lehmann en action sur le terrain de football, joueuse internationale suisse

Photo : James Boyes from UK / Wikimedia

4 min de lecture 10 mai 2026

Alisha Lehmann a reçu le 9 mai 2026 le titre de Joueuse de la Saison décerné par les supporters de Leicester City Women — malgré seulement cinq titularisations, 445 minutes de jeu et un seul but marqué cette saison en Women's Super League. La décision a immédiatement enflammé les réseaux sociaux : pour ses détracteurs, la Suissesse est récompensée pour son image et ses 17 millions d'abonnés Instagram, non pour sa contribution sportive. Pour ses défenseurs, elle illustre une réalité incontournable du sport professionnel moderne : la valeur d'image est un actif à part entière, juridiquement encadré.

Ce que les droits d'image signifient juridiquement dans le football féminin

La notion de "droits d'image" recouvre l'ensemble des droits qui permettent à un individu de contrôler l'utilisation de son apparence, de son nom, de sa voix et de tout élément permettant de l'identifier. En droit suisse, ces droits découlent de l'article 28 du Code civil, qui protège la personnalité contre toute atteinte illicite.

Dans le sport professionnel, les droits d'image font l'objet de clauses spécifiques dans le contrat de travail du sportif. Deux composantes sont généralement distinguées :

Les droits d'image collectifs : l'utilisation de l'image du joueur dans le cadre du club (maillots, communication officielle, diffusion des matchs). Ces droits appartiennent généralement au club et sont intégrés dans le salaire de base.

Les droits d'image individuels : l'exploitation commerciale de l'image du sportif par lui-même, via des partenariats publicitaires, ses propres réseaux sociaux ou des apparitions en dehors du cadre sportif. Ce sont ces droits qui peuvent faire l'objet de négociations séparées et générer des revenus considérables.

Pour une joueuse comme Alisha Lehmann, avec 17 millions d'abonnés sur Instagram et des partenariats avec des marques comme Nesquik ou des équipementiers, la valeur de ses droits d'image individuels dépasse très probablement sa rémunération sportive directe.

Pourquoi cela pose une question juridique concrète

La polémique autour du prix de Leicester révèle une tension structurelle dans les contrats sportifs : un club peut légitimement signer un joueur autant pour son impact marketing que pour ses performances sur le terrain — et cela est juridiquement défendable.

En droit anglais et suisse, rien n'oblige un club à motiver ses décisions de recrutement ou ses attributions de prix internes sur des critères purement sportifs. Un club est libre de valoriser un joueur pour son apport à la notoriété de l'institution, ses retombées médiatiques et sa capacité à attirer de nouveaux supporters.

Cela soulève toutefois des questions pratiques pour les sportifs professionnels :

  • La clause de non-concurrence commerciale : beaucoup de contrats sportifs prévoient que les partenariats personnels du joueur ne doivent pas entrer en concurrence avec les sponsors officiels du club. La rédaction de ces clauses nécessite une relecture juridique attentive.
  • La clause de rachat des droits d'image : en cas de fin de contrat ou de blessure longue durée, qui conserve quels droits ? Un avocat spécialisé en droit du sport peut identifier les risques avant la signature.
  • La fiscalité des droits d'image : en Suisse, la rémunération issue des droits d'image est imposable, mais peut être structurée différemment du salaire sportif selon le canton de résidence et le pays d'emploi. Un conseiller spécialisé peut optimiser cette structure légalement.

La reconnaissance de la valeur d'image : une tendance qui s'impose

L'affaire Lehmann n'est pas isolée. Dans un sport où les revenus télévisuels stagnent, de plus en plus de clubs professionnels — masculins comme féminins — intègrent la valeur d'influence numérique dans leurs grilles de recrutement. En Angleterre, la Women's Super League a vu plusieurs clubs adapter leurs contrats pour inclure des clauses de partage des revenus issus des réseaux sociaux.

En Suisse, la Nati féminine a vu sa valeur médiatique croître sensiblement après la Coupe du monde 2023. Les joueuses internationales suisses font face à une nouvelle réalité : leur notoriété peut représenter une source de revenus distincte et supérieure à leur salaire de club.

Un juriste spécialisé en droit du sport, ou un conseiller en gestion de patrimoine ayant l'expérience des carrières sportives, peut accompagner une sportive professionnelle — ou tout professionnel à forte notoriété en ligne — dans la structuration et la protection de ses droits d'image.

Que peut faire une sportive pour protéger ses droits ?

Plusieurs démarches préventives s'imposent avant la signature d'un contrat sportif ou d'un partenariat commercial :

  1. Faire auditer le contrat par un avocat indépendant spécialisé en droit du sport, qui ne représente ni le club ni la marque — ses intérêts seront exclusivement ceux de la sportive.
  2. Délimiter clairement les droits d'image collectifs et individuels dans le contrat, avec une liste exhaustive des utilisations autorisées et des compensations correspondantes.
  3. Inclure une clause de portabilité : si la joueuse change de club ou met fin à sa carrière, quelles marques commerciales peut-elle continuer à représenter ? Pour combien de temps ?
  4. Structurer ses revenus d'image via une entité juridique adaptée, par exemple une raison individuelle ou une société de gestion de droits, pour optimiser la fiscalité et la protection patrimoniale.

La polémique autour d'Alisha Lehmann pose finalement une question simple mais essentielle : votre image a-t-elle une valeur juridique protégée ? Pour les sportifs professionnels suisses, la réponse est oui — à condition de l'avoir formalisée.

Consultez un avocat spécialisé en droit du sport sur Expert Zoom pour faire le point sur vos contrats et vos droits d'image.


Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Consultez un professionnel qualifié pour toute situation personnelle.

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