Chris Brönimann a officiellement repris son prénom masculin et son sexe d'origine au registre suisse de l'état civil, a-t-il annoncé fin février 2026 sur Instagram en publiant le document officiel. La détransition de la personnalité bernoise de 56 ans, présentée pendant des années comme « la trans la plus connue de Suisse » sous le prénom de Nadia, intervient après 30 années passées dans son identité féminine. Au-delà du parcours personnel, son cas met en lumière une procédure suisse qui, depuis 2022, est devenue l'une des plus rapides d'Europe — mais que beaucoup de citoyens ignorent encore.
Depuis 2022, une simple déclaration suffit
Avant le 1er janvier 2022, modifier la mention du sexe à l'état civil exigeait en Suisse une longue procédure : expertise médicale, parfois opération, validation judiciaire. La nouvelle version de l'article 30b du Code civil suisse a tout simplifié.
Selon les informations officielles publiées par l'Office fédéral de la justice (OFJ), les personnes transgenres ou présentant une variation du développement sexuel peuvent désormais « rapidement et simplement modifier les indications concernant leur sexe et leurs prénoms » au registre, par une déclaration faite à l'officier d'état civil. Aucun examen médical préalable n'est requis, ni aucune autre condition.
La même procédure s'applique dans les deux sens : passage masculin → féminin, féminin → masculin, ou retour à l'identité de naissance. Le législateur n'a posé aucune limite sur le nombre de changements possibles, même si chaque démarche implique de nouveaux frais.
La procédure en quatre étapes
1. Prendre rendez-vous à l'office d'état civil de son domicile. La déclaration ne peut pas se faire en ligne. La personne concernée doit se présenter en personne, en principe accompagnée le cas échéant de son représentant légal pour les mineurs. Selon les directives officielles, le rendez-vous se déroule dans une salle garantissant la confidentialité de l'acte.
2. Présenter une pièce d'identité valable. Carte d'identité ou passeport suisse. Les ressortissants étrangers domiciliés en Suisse peuvent aussi modifier leur inscription, mais doivent justifier de leur domicile sur le territoire helvétique. L'officier vérifie l'identité de la personne et sa capacité de discernement.
3. Faire la déclaration et payer l'émolument. Les émoluments varient selon les cantons (en moyenne 75 à 150 CHF). La modification du prénom inscrit peut être incluse dans la même démarche, sans frais supplémentaires si elle accompagne le changement de genre.
4. Mettre à jour les documents administratifs. Une fois la modification enregistrée, il faut demander un nouveau passeport, une nouvelle carte d'identité, une nouvelle attestation AVS et informer la commune, les caisses maladie, les banques, l'employeur. Ces démarches peuvent prendre plusieurs semaines.
Les conditions encadrant la déclaration
Si la procédure est rapide, elle n'est pas anonyme : l'officier d'état civil consigne la déclaration dans le registre informatisé Infostar, et le changement est opposable aux tiers (banques, autorités fiscales, employeurs). Le passé n'est pas effacé : les actes antérieurs au nom d'origine continuent d'exister, et les extraits d'état civil mentionnent l'ancien sexe selon les cas.
Pour les mineurs et les personnes sous curatelle de portée générale, la déclaration requiert le consentement du représentant légal. Si ce consentement est refusé, l'autorité de protection de l'enfant et de l'adulte (APEA) peut être saisie pour trancher.
Quatre questions juridiques que la détransition soulève
Le cas Brönimann attire l'attention sur des situations rarement débattues :
- Les contrats signés sous l'ancienne identité. Les engagements (bail, prêt, contrat de travail) restent valables, mais l'identité civile change. Une simple information écrite au cocontractant suffit en principe.
- Les documents officiels. Diplômes, certificats médicaux, actes notariés émis sous l'ancien nom doivent être complétés par un certificat officiel de changement d'état civil pour conserver leur force probante.
- L'AVS et le 2e pilier. Les cotisations et droits acquis restent attachés à la personne, indépendamment du sexe inscrit. Les caisses adaptent les fichiers sur présentation du nouvel acte d'origine.
- Les enfants et le mariage. Les liens de filiation ne sont pas affectés. Un homme marié à une femme qui change de sexe pour devenir homme reste marié à la même personne ; l'union se transforme automatiquement dans le sens prévu par la législation sur le « mariage pour tous », sans nouvelle cérémonie.
Coût total réel : compter au-delà des 150 CHF d'émoluments
L'émolument d'état civil est modeste, mais la facture globale dépasse souvent 1 500 à 3 000 CHF une fois prises en compte :
- Le nouveau passeport (140 à 158 CHF selon le canton).
- La nouvelle carte d'identité (65 à 70 CHF).
- Les frais de mise à jour bancaire, professionnelle, immobilière.
- Une éventuelle assistance juridique pour notifier les contre-parties contractuelles.
À ces coûts s'ajoutent, pour les personnes vivant une transition ou détransition médicale, les frais médicaux. La LAMal couvre certaines prestations sous conditions strictes ; un avocat spécialisé peut aider à monter le dossier de prise en charge.
L'aspect émotionnel : ne pas le sous-estimer
Brönimann a indiqué publiquement regretter l'opération chirurgicale subie à 29 ans, tout en soulignant que « Nadia ne sera pas effacée » et que ces trente années restent partie intégrante de sa vie. La dimension psychologique reste centrale dans toute démarche de modification d'état civil — et l'accompagnement médical (psychologue, médecin traitant) demeure recommandé, même s'il n'est plus obligatoire juridiquement.
Pour les personnes hésitant à franchir le pas, un rendez-vous préparatoire avec un avocat permet de chiffrer précisément les conséquences pratiques (contrats, fiscalité, succession) avant de prendre la décision. Plusieurs offices d'état civil proposent aussi un premier entretien d'information gratuit.
Quand consulter un juriste
Trois situations justifient l'appui d'un avocat :
- Conflit familial autour d'un mineur souhaitant modifier son état civil sans le consentement des deux parents.
- Litige avec une administration (caisse maladie, employeur) qui refuse de reconnaître le nouvel état civil.
- Conséquences fiscales et successorales lorsque le changement intervient en cours de mariage, en présence d'un patrimoine partagé.
Les questions de transformation automatique du mariage ou de partenariat enregistré rejoignent celles soulevées par le mariage pour tous en Suisse. Les conséquences sur la fiscalité du couple peuvent également croiser le débat sur l'imposition individuelle adopté en Suisse en 2026, notamment pour les couples qui revoient leurs déclarations à la suite d'un changement d'état civil.
Faire le point avant d'agir
Le retour de Chris à son identité de naissance, comme le passage initial à Nadia trente ans plus tôt, témoigne qu'aucune décision n'est définitive en droit civil suisse — mais chaque étape engage. Avant de prendre rendez-vous à l'office d'état civil, listez les contrats, comptes et démarches à mettre à jour. Un avocat ou un notaire peut vous aider à hiérarchiser les notifications et éviter les blocages.
Pour consulter le détail officiel de la procédure et les documents requis selon votre canton, l'Office fédéral de la justice publie une foire aux questions sur le changement de sexe à l'état civil, régulièrement mise à jour.

Sophie Magnin