Le congé de maternité revient au centre du débat helvétique en ce mois de juillet 2026. Après l'adoption par le Parlement fédéral, le 19 décembre 2025, d'une modification de la loi sur les allocations pour perte de gain (LAPG), le canton de Genève se rapproche d'un congé parental cantonal de 24 semaines, tandis qu'une initiative populaire fédérale réclame un congé parental de 36 semaines au total. Pour les familles suisses, et surtout pour les indépendantes, ces annonces soulèvent une question très concrète : combien touche-t-on réellement pendant un congé de maternité, et comment préparer financièrement cette période ?
Ce que verse l'allocation aujourd'hui
Le régime actuel reste inchangé tant que les réformes ne sont pas entrées en vigueur. L'allocation de maternité correspond à 80 % du revenu moyen de l'activité lucrative avant la naissance, plafonnée à 220 francs par jour, d'après l'Office fédéral des assurances sociales. Elle est versée durant 14 semaines, soit 98 jours, à compter du jour de l'accouchement.
Pour y avoir droit, la mère doit avoir été assurée à l'AVS durant les neuf mois précédant la naissance et avoir exercé une activité lucrative pendant au moins cinq mois au cours de cette période. Le congé de l'autre parent, introduit en 2021, reste quant à lui limité à deux semaines.
Indépendantes : l'angle mort du dispositif
Pour une salariée, le calcul est relativement simple : l'employeur avance souvent l'allocation et la complète parfois. Pour une indépendante, la situation est plus délicate. L'allocation se calcule sur le revenu qui sert à fixer les cotisations AVS/AI/APG, à hauteur de 80 % de ce montant. Le plafond de 220 francs par jour n'est atteint qu'à partir d'un revenu annuel déclaré de 99 000 francs.
Autrement dit, une indépendante qui a sous-déclaré son revenu, ou dont l'activité a récemment démarré, peut se retrouver avec une indemnité journalière très inférieure à ses charges réelles. Contrairement aux salariées, elle doit en outre déposer elle-même sa demande auprès de sa caisse de compensation, et continuer d'assumer les frais fixes de son entreprise pendant qu'elle ne facture plus. C'est précisément là qu'un conseiller en gestion de patrimoine intervient : anticiper la baisse de revenu, constituer une réserve de trésorerie et vérifier l'opportunité d'une assurance perte de gain complémentaire bien avant la grossesse.
Genève, canton pionnier
Le point chaud de l'actualité se situe à Genève. En 2023, 58 % des Genevoises et Genevois avaient accepté un congé parental cantonal de 24 semaines. Le projet était toutefois resté bloqué pour des motifs juridiques, la loi fédérale ne permettant pas aux cantons de compléter librement les allocations.
Cet obstacle vient de tomber. La modification de la LAPG adoptée par le Parlement fédéral le 19 décembre 2025 autorise désormais les cantons à compléter les allocations fédérales versées à l'autre parent, notamment par une durée plus longue ou un montant plus élevé. Genève espère une entrée en vigueur de son dispositif dès 2027, ce qui en ferait le premier canton suisse doté d'un véritable congé parental étendu.
Pour les familles concernées, cela change la donne budgétaire : un congé plus long signifie une planification différente des revenus, des cotisations de prévoyance et, parfois, du retour à l'emploi à temps partiel.
L'initiative fédérale des 36 semaines
Au niveau national, une alliance de gauche et du Centre a lancé une initiative populaire fédérale visant à remplacer les congés de maternité et de paternité actuels par un congé parental unique de 36 semaines. Le texte prévoit 18 semaines par parent, non transmissibles et à prendre en principe en alternance durant les dix années suivant la naissance. Le comité a jusqu'au 1er octobre 2026 pour récolter les 100 000 signatures nécessaires.
En parallèle, le Parlement débat depuis 2025 d'un congé parental commun de 38 semaines à répartir librement entre les deux parents. Aucune de ces réformes n'est encore adoptée au moment où ces lignes sont écrites. Les employeurs et les partisans d'un dispositif plus généreux s'opposent notamment sur le coût et le financement, qui reposerait à nouveau sur le régime des allocations pour perte de gain.
Ce que les futurs parents devraient faire dès maintenant
Face à un cadre légal mouvant, la prudence financière prime. Trois réflexes s'imposent.
D'abord, vérifier son revenu AVS déterminant : pour une indépendante, une déclaration de revenu trop basse se traduira mécaniquement par une allocation réduite. Un ajustement de cotisation doit s'anticiper plusieurs mois à l'avance.
Ensuite, constituer une réserve de trésorerie couvrant la différence entre l'allocation de 80 % et les charges du ménage ou de l'entreprise. Sur 14 semaines, l'écart peut représenter plusieurs milliers de francs.
Enfin, examiner l'articulation entre congé, prévoyance et reprise d'activité. Une interruption professionnelle influe sur les cotisations du deuxième pilier et, à long terme, sur la rente. Les mêmes logiques de planification s'appliquent d'ailleurs à d'autres étapes de la vie, comme la préparation de la retraite et l'optimisation des piliers de prévoyance. La maternité soulève aussi des questions contractuelles, particulièrement pour les femmes exerçant une activité indépendante ou atypique, un sujet que met en lumière le débat sur les droits liés à la maternité dans les contrats.
Un conseiller en gestion de patrimoine peut modéliser précisément la perte de revenu selon votre statut, votre canton et le calendrier de naissance, puis identifier les leviers pour la compenser. À l'heure où Genève ouvre la voie et où l'initiative fédérale pourrait rebattre les cartes, prendre les devants évite de découvrir trop tard l'écart entre l'allocation légale et le budget familial réel.
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil financier, juridique ou fiscal personnalisé. Les montants et conditions peuvent évoluer ; consultez un professionnel et les caisses de compensation compétentes pour votre situation. Source officielle : Office fédéral des assurances sociales, APG et parentalité.

Isabelle Rey