Ce 5 juillet 2026, Naomi Osaka a réalisé l'exploit de la quinzaine : la Japonaise a éliminé Aryna Sabalenka, numéro un mondiale, 6-2, 7-6 (2) au quatrième tour de Wimbledon, pour s'offrir sa première demi-finale sur le gazon londonien. Une victoire qui n'est pas seulement sportive — c'est aussi la consécration d'une athlète qui a choisi la maternité, traversé une longue convalescence, et prouvé qu'un retour au plus haut niveau est possible. Son parcours soulève une question que des milliers d'athlètes professionnels, en Suisse et en Europe, se posent : quels droits protègent une sportive lorsqu'elle prend un congé maternité ?
Une remontée exceptionnelle après la maternité
Naomi Osaka a accouché de sa fille Shai en 2023. Elle a passé toute cette saison hors des courts. À son retour en 2024, beaucoup de spécialistes doutaient qu'elle puisse retrouver le niveau d'une ancienne numéro un mondiale. À Wimbledon 2026, elle a répondu à tous ses détracteurs.
En trois matchs, elle a écarté Gasanova, Kasatkina, puis Sabalenka — une progression en six sets gagnés sur les huit disputés, sans jamais trembler dans les moments décisifs. Elle a déclaré avant ce quatrième tour : « Je n'ai plus autant de doutes qu'avant. Devenir mère m'a donné une perspective différente sur le tennis. »
Ce discours — serein, ancré, détaché de la pression du classement — illustre un phénomène bien documenté dans la littérature sportive : pour certaines athlètes de haut niveau, la maternité renforce la résilience mentale. Selon une étude publiée dans le British Journal of Sports Medicine en 2023, 78 % des athlètes d'élite ayant accouché ont déclaré se sentir plus concentrées après leur retour à l'entraînement.
Ce que la WTA prévoit pour les mères
La WTA a mis en place un système de classement protégé spécifique pour la maternité. Une joueuse peut geler son classement pendant 36 mois après la naissance de son enfant, puis l'utiliser pour obtenir une entrée directe dans les tournois à son retour. Ce mécanisme, renforcé en 2022, a permis à plusieurs joueuses — dont Victoria Azarenka et Kim Clijsters avant Osaka — de revenir au plus haut niveau sans repartir de zéro.
En dehors du classement, les contrats de sponsoring constituent un autre enjeu majeur. Les accords de mécénat sportif contiennent souvent des clauses de performance, d'exclusivité et de résidence. Une grossesse remet en cause toutes ces conditions. Ce n'est pas une question marginale : Osaka génère entre 30 et 50 millions de dollars annuels en revenus de sponsoring, selon des estimations publiées par Forbes en 2025. À cette échelle, la moindre clause contractuelle peut représenter des millions.
Droits de maternité et contrats sportifs en Suisse
En Suisse, les athlètes professionnels se retrouvent dans une situation juridique particulière. La plupart d'entre eux exercent en tant qu'indépendants ou sont liés à une fédération par un contrat de droit privé. Cela signifie qu'ils ne bénéficient pas automatiquement de toutes les protections prévues par le droit du travail ordinaire.
Le Code des obligations (CO) prévoit, à l'article 329f, une protection contre le licenciement pendant la grossesse et durant les 16 semaines suivant l'accouchement pour les employées. Mais pour les athlètes contractualisées autrement — via des contrats de prestations de services, des accords de mécénat ou des licences fédérales — ces protections ne s'appliquent pas de manière automatique.
La Loi fédérale sur l'égalité entre femmes et hommes (LEg), entrée en vigueur en 1995 et renforcée en 2020, interdit toute discrimination fondée sur la grossesse ou la maternité dans les relations contractuelles. Elle s'applique aussi aux contrats de droit civil lorsqu'une relation de dépendance économique peut être établie. Dans ce cadre, une athlète dont le contrat de sponsoring serait résilié ou dont les droits de performance seraient supprimés à la suite d'une grossesse pourrait se prévaloir de cette loi.
L'enjeu est réel : une clause de performance stipulant qu'un athlète doit maintenir un certain classement pour toucher sa rémunération variable peut devenir une source de litige majeure lorsqu'une grossesse interrompt temporairement la carrière. Sans une clause de suspension explicite, le sponsor peut invoquer la non-conformité pour réduire ou suspendre les versements.
Ce que révèle un avocat en droit sportif
Selon les praticiens du droit du sport en Suisse romande, les contrats d'athlètes sont rarement adaptés à la réalité biologique des femmes. Les clauses de maternité restent l'exception, non la règle. Pourtant, elles sont négociables.
Un avocat spécialisé en droit sportif peut intervenir à plusieurs niveaux :
- Avant la grossesse : en auditant les contrats existants pour identifier les clauses à risque (performance, exclusivité, présence territoriale) et proposer des avenants protecteurs ;
- Pendant le congé : en conseillant sur les obligations qui perdurent (droit à l'image, obligations d'exclusivité) et celles qui peuvent être suspendues ;
- Au retour : en accompagnant la renégociation des contrats à la lumière du nouveau contexte sportif et en défendant le maintien des droits acquis.
En Suisse, le Tribunal fédéral a statué dans plusieurs affaires impliquant des sportifs indépendants que la relation contractuelle pouvait être requalifiée en contrat de travail lorsque la dépendance économique et organisationnelle était avérée. Cette requalification ouvre des droits supplémentaires, notamment en matière de protection sociale et de droit aux prestations de l'assurance maternité cantonale.
Pour toute athlète professionnelle en Suisse, la consultation d'un avocat spécialisé avant ou pendant une grossesse représente un investissement qui peut éviter des pertes de revenus considérables. Des plateformes comme Expert Zoom permettent de trouver rapidement un juriste spécialisé en droit sportif, accessible à distance.
Ce que le retour d'Osaka enseigne
La victoire de Naomi Osaka sur Sabalenka ce 5 juillet 2026 est bien plus qu'un résultat de tennis. Elle valide une trajectoire : celle d'une femme qui a choisi de mettre sa carrière entre parenthèses pour devenir mère, et qui revient avec une clarté mentale et une confiance renforcées.
Pour les milliers d'athlètes semi-professionnelles ou professionnelles en Suisse, ce parcours rappelle qu'un congé maternité ne devrait jamais être une faute sportive ou contractuelle. La loi offre des protections. Les contrats peuvent en prévoir davantage. Encore faut-il savoir les identifier et les défendre.
Disclaimer YMYL : Cet article est à titre informatif et ne constitue pas un avis juridique. Pour toute situation contractuelle liée à la maternité dans le cadre d'une activité sportive professionnelle, consultez un avocat qualifié en droit du sport.

Sophie Favre