Le 6 octobre 2026, l'entourage de Jannik Sinner a officiellement annoncé la fin de sa saison. Le numéro un mondial, absent des courts depuis sa victoire à Wimbledon le 12 juillet, ne disputera ni le Rolex Shanghai Masters (7-18 octobre) ni aucun autre tournoi cette année. Diagnostic : tendinopathie du genou droit doublée d'une inflammation de la bandelette ilio-tibiale. Une pathologie que connaissent aussi des milliers de joueurs amateurs en France — et dont la prise en charge précoce change radicalement le pronostic.
Ce qui se passe à Shanghai sans le numéro un mondial
Le Rolex Shanghai Masters 2026 se déroule du 7 au 18 octobre au Qi Zhong Tennis Center. C'est l'un des cinq tournois ATP Masters 1000 de la saison, un rendez-vous sur surface dure où les points classement peuvent bouleverser les hiérarchies. En l'absence de Sinner, c'est Alexander Zverev qui porte le statut de tête de série numéro un, avec Carlos Alcaraz et Novak Djokovic également présents dans un tableau particulièrement relevé.
La décision de Sinner n'est pas tombée du ciel. Quelques semaines plus tôt, il avait déjà renoncé à l'US Open et au tournoi de Pékin (ATP 500) pour les mêmes raisons. Le 6 octobre, son camp a confirmé un traitement anti-inflammatoire conservateur, sans chirurgie envisagée, selon les informations rapportées par La Dernière Heure : "La décision a été prise d'effectuer ce traitement." Retour espéré en 2027. Derrière ce forfait emblématique se cache une réalité médicale que partagent de nombreux joueurs amateurs pratiquant sur hard court en France.
Pourquoi la surface dure frappe-t-elle les genoux plus fort que la terre battue ?
C'est la question centrale. Et la réponse est mécanique : les courts en dur (résine, béton, asphalte recouvert) absorbent moins les impacts qu'une surface meuble. À chaque appui, le genou reçoit des forces de réaction au sol estimées entre 30 et 50 % supérieures à celles générées sur terre battue, selon les données publiées par la Haute Autorité de Santé sur la prise en charge kinésithérapique des tendinopathies.
Sur une session de deux heures, un joueur de niveau intermédiaire effectue entre 800 et 1 200 appuis dynamiques. Multipliez par 52 semaines à raison de deux sessions par semaine : c'est plus de 80 000 à 120 000 chocs transmis aux genoux chaque année. Les tendons et structures péri-articulaires finissent par accuser ce volume, surtout sans récupération ni renforcement préventif.
La tendinopathie rotulienne — dite "genou du sauteur" — et le syndrome de la bandelette ilio-tibiale (SBIT) sont les deux pathologies les plus fréquentes chez les tennismen sur dur. Ce n'est pas un hasard si Sinner cumule précisément les deux : le SBIT aggrave souvent une tendinopathie existante sur les rotations latérales intenses propres au tennis.
Trois signes que vous ne devez pas ignorer
La douleur qui s'estompe à l'échauffement mais revient après l'effort. C'est le signal classique de la tendinopathie débutante. Beaucoup de joueurs l'interprètent comme une simple courbature et continuent à jouer. À tort : ce schéma douloureux signifie que le tendon travaille au-delà de sa capacité de récupération.
Une douleur localisée sur la face externe du genou lors des déplacements latéraux. Cette topographie précise évoque le SBIT. Elle s'intensifie typiquement au-delà de vingt minutes de jeu, puis s'atténue à l'arrêt — avant de réapparaître dès la reprise.
Une raideur matinale du genou supérieure à vingt minutes. Elle traduit une réaction inflammatoire qui dépasse le stade musculaire. C'est le moment d'agir, pas d'attendre le prochain tournoi de championnat par équipes.
Ce que ça change concrètement pour un joueur de club français
Prenons le cas d'Antoine, 38 ans, classé 30/2 à Toulouse, qui joue ses matchs de championnat sur les courts en résine synthétique de son club. Depuis la rentrée 2026, il ressent une gêne côté externe du genou droit après ses sessions, mais elle disparaît rapidement. Il continue à jouer trois fois par semaine.
Scénario A — sans consultation : La douleur, d'abord intermittente, devient permanente en octobre au moment où Antoine enchaîne trois matchs de championnat en deux semaines sur hard court. Le SBIT bascule en phase inflammatoire chronique. Résultat : arrêt forcé de 8 à 12 semaines, 5 à 7 séances de kinésithérapie à 60-70 € chacune, éventuellement une infiltration de corticoïdes à 90-120 €. Coût total estimé : 400 à 610 €, sans compter les matchs perdus pour l'équipe et les semaines sans activité physique.
Scénario B — avec consultation précoce chez un médecin du sport : Antoine consulte dès les deux premières semaines de symptômes persistants. Une consultation en médecine du sport coûte entre 60 et 120 € (secteur 1 ou 2, remboursement partiel Assurance Maladie). Le praticien prescrit un programme d'exercices excentriques de trois semaines, adapte le volume de jeu d'Antoine et recommande une orthèse rotulienne de décharge à 25-45 €. Résultat : aucune interruption forcée, coût total inférieur à 185 €.
Si le signal d'alerte — douleur externe persistante et raideur matinale — est ignoré sur quatre à six semaines, le coût réel est multiplié par trois. C'est exactement la leçon de la trajectoire de Sinner : une tendinopathie détectée tôt se traite en ambulatoire et n'interrompt pas une saison ; négligée, elle peut mettre fin à une année entière de compétition.
Kinésithérapeute ou médecin du sport : qui appeler en premier ?
La réponse dépend du stade et des symptômes.
Douleur récente, moins de deux semaines, sans gonflement ni blocage : un kinésithérapeute peut être consulté directement, sans prescription médicale (accès direct en vigueur en France depuis 2023, dans la limite de 8 séances). Les techniques d'excentrique, d'électrothérapie et de massage transverse profond sont efficaces sur les tendinopathies débutantes.
Douleur persistant au-delà de deux semaines, invalidante, ou accompagnée d'un gonflement du genou : orientez-vous vers un médecin du sport. Une échographie du genou permet de distinguer la tendinopathie rotulienne d'une lésion méniscale, d'une chondropathie ou d'une bursite — pathologies qui nécessitent des protocoles différents. Ce n'est pas au joueur de faire ce diagnostic.
Suspicion de rupture tendineuse, blocage articulaire ou douleur aiguë soudaine après un choc : consultez en urgences orthopédiques sans délai.
Le cas de Sinner illustre également pourquoi une prise en charge multidisciplinaire est parfois indispensable : la coexistence d'une tendinopathie et d'un SBIT exige un protocole coordonné entre médecin du sport, kinésithérapeute et préparateur physique. Ce niveau d'encadrement n'est pas réservé à l'élite — il est accessible à tout joueur qui anticipe plutôt qu'il ne subit.
Quand et comment agir
Si vous reconnaissez un ou plusieurs des signaux décrits dans cet article, voici un protocole en quatre étapes :
Appliquez la règle des 48 heures. Si la douleur ne disparaît pas dans les 48 heures suivant l'effort, ne reprenez pas sans avis médical.
Évitez l'automédication par anti-inflammatoires. Les AINS (ibuprofène, diclofénac) peuvent masquer la douleur sans traiter la cause structurelle. Utilisés seuls, ils retardent souvent la récupération réelle.
Consultez un spécialiste en médecine du sport ou un kinésithérapeute spécialisé. ExpertZoom met en relation les joueurs amateurs avec des praticiens formés aux pathologies sportives du genou, disponibles en consultation en ligne ou en présentiel dans toute la France.
Intégrez un travail préventif. Dix minutes d'exercices excentriques du quadriceps et des ischio-jambiers avant chaque session sur surface dure constituent l'une des mesures préventives les plus documentées contre les tendinopathies du genou.
Le Rolex Shanghai Masters 2026 se jouera sans Jannik Sinner. Pour les quelque deux millions de joueurs de tennis licenciés en France (selon la Fédération Française de Tennis), l'enjeu n'est pas de gagner un Grand Chelem, mais de continuer à jouer sans interruption forcée. La médecine du sport existe précisément pour ça.
Avertissement : Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Il ne se substitue pas à une consultation médicale personnalisée. En cas de douleur articulaire persistante, consultez un professionnel de santé qualifié.

Moïse Kanoute