Prithika Pavade médaillée aux Européens : ce que le tennis de table impose au corps

Prithika Pavade en match de tennis de table lors d'un tournoi

Photo : Chris93 / Wikimedia

6 min de lecture 18 octobre 2026

Samedi 17 octobre 2026 à Ljubljana, Prithika Pavade, 22 ans et 41e mondiale, a battu la Roumaine Elena Zaharia (74e) 4-0 (11-4, 11-9, 16-14, 11-8) en quarts de finale des Championnats d'Europe. Elle décroche ainsi sa première médaille européenne en simple, et affronte dimanche 18 octobre la gagnante du duel entre Elizabet Abraamian (39e mondiale) et la Galloise Hursey (38e) pour une place en finale.

Un parcours qui se joue dans les détails

La veille, vendredi 16 octobre, la Française avait éliminé la tête de série numéro 1, l'Allemande Sabine Winter, 9e mondiale, sur le score de 4-2, au terme d'un match disputé jusqu'à la sixième manche, selon Tennis2Table. Contre Zaharia, le troisième set a basculé à 16-14, un score qui dit tout de l'intensité de l'échange. Orange Sports rappelle par ailleurs qu'aucun match pour la troisième place n'est organisé : l'équipe de France est donc assurée d'une médaille de bronze au minimum.

Pavade n'est pas une novice du podium. Elle compte déjà des médailles de bronze en double mixte aux Championnats d'Europe 2020 et 2024, ainsi qu'un bronze par équipes aux Mondiaux 2024 de Busan avec l'équipe de France, d'après Tennis2Table. Mais le simple est une autre épreuve : une seule joueuse face à la table, sans partenaire pour répartir l'effort.

Du côté des hommes, Alexis Lebrun, tenant du titre et 8e mondial, s'est incliné en cinq manches face à l'Allemand Dang Qiu. Il avait déjà perdu la finale du double mixte la veille, puis devait enchaîner avec la finale du double messieurs le soir même. Ces enchaînements racontent une réalité que le grand public voit peu : un tournoi continental, c'est parfois quatre ou cinq matchs de haut niveau en deux jours.

Ce que ces matchs imposent au corps

Le tennis de table paraît doux, car on n'y voit ni contact ni course de fond. C'est trompeur. Le geste de topspin répète une rotation du tronc, une extension de l'épaule et un claquement du poignet des centaines de fois par séance. Les déplacements latéraux courts, les fentes et les changements d'appui sollicitent les genoux, les chevilles et le bas du dos.

Les zones les plus exposées chez les joueurs réguliers, même amateurs, sont l'épaule du bras jouant, le coude et le poignet. Les sports de raquette partagent ces fragilités, comme nous l'expliquions déjà à propos des blessures qui guettent les joueurs de tennis ou de la préparation des jeunes champions au plus haut niveau.

Le point commun est la charge : ce n'est pas un geste isolé qui abîme un tendon, c'est le volume cumulé sans temps de récupération suffisant. C'est précisément ce que la densité d'un championnat d'Europe met en lumière.

Le regard du médecin du sport

Un médecin du sport ne se contente pas de soigner une douleur. Il regarde l'ensemble : le geste, le matériel, le volume hebdomadaire, le sommeil et l'historique des blessures. Pour un joueur qui reprend après une pause ou qui augmente son rythme, trois points méritent son attention.

Le premier est la progression de la charge. Une règle empirique, souvent citée par les professionnels, consiste à ne pas augmenter le volume d'entraînement de plus d'environ 10 % par semaine. Ce n'est pas une loi, mais un garde-fou utile.

Le deuxième est la distinction entre la courbature et la douleur. Une gêne diffuse qui disparaît en 48 heures relève de la fatigue normale. Une douleur localisée, qui revient à chaque coup ou qui réveille la nuit, justifie un avis médical.

Le troisième est la prévention : renforcement de la coiffe des rotateurs, mobilité du poignet, gainage et échauffement progressif. Un kinésithérapeute ou un médecin du sport construit ce programme sur mesure, selon le geste de chacun.

Cas concret : du club du jeudi aux cinq séances par semaine

Prenons le cas de Julien, 38 ans, licencié dans un club de sa ville. Il joue trois séances de deux heures par semaine, soit 6 heures. Après avoir suivi les médailles françaises ce week-end, il s'inscrit à deux séances supplémentaires et passe à 10 heures hebdomadaires, soit une hausse d'environ 67 % en une seule semaine.

Si la charge monte de 67 % d'un coup, alors le risque est que les tissus n'aient pas le temps de s'adapter. Dix jours plus tard, Julien ressent une douleur à l'avant de l'épaule à chaque smash et au moment de dormir sur le côté. Il attend, pense que cela passera, et continue de jouer.

Voici comment un professionnel aurait pu intervenir. Si la douleur dure plus de 14 jours ou réveille la nuit, alors une consultation s'impose avant toute reprise intensive. Le médecin examinera l'épaule, vérifiera la mobilité, puis prescrira au besoin une imagerie. Il proposera ensuite un plan de reprise : par exemple 4 semaines de séances réduites à 6 heures, avec 10 à 15 minutes de renforcement avant chaque entraînement.

À l'inverse, si Julien avait progressé de 10 % par semaine, il aurait atteint 10 heures en 6 à 7 semaines, avec un corps prêt à encaisser. La différence entre ces deux trajectoires se chiffre en semaines d'arrêt évitées.

La récupération, l'autre moitié de la performance

On parle beaucoup d'entraînement et très peu de repos. Pourtant, c'est pendant la récupération que le corps s'adapte. Après un match long comme le troisième set à 16-14 de Pavade, la fréquence cardiaque, la tension musculaire et la concentration restent élevées plusieurs heures. Les athlètes de haut niveau s'appuient donc sur le sommeil, l'hydratation et l'alimentation pour être prêts le lendemain.

À l'échelle d'un joueur de club, la logique est la même, en plus modeste. Dormir suffisamment après une soirée de compétition, boire régulièrement pendant les matchs et prévoir un jour de repos complet par semaine réduisent le risque de blessure par surcharge. Un étirement doux de l'épaule et des avant-bras en fin de séance aide aussi à relâcher les tensions accumulées.

Si vous jouez à la fois en loisir et en compétition, un bilan annuel chez un médecin du sport est une bonne habitude. Il permet de repérer une raideur d'épaule, un déséquilibre musculaire ou une fragilité ancienne avant qu'elle ne devienne une blessure. Ce bilan est aussi l'occasion de poser des questions simples : quel volume hebdomadaire est raisonnable à mon âge, quels exercices de renforcement choisir, quel matériel adopter.

Que retenir si l'on s'inspire d'une médaillée

L'enthousiasme que suscitent des résultats comme ceux de Pavade est une excellente nouvelle pour les clubs. Pour le transformer en pratique durable, quelques repères simples suffisent.

Augmentez le volume progressivement, échauffez-vous au moins 10 minutes avant de jouer et alternez jours d'effort et jours de repos. Faites vérifier votre matériel, car une raquette trop lourde ou un revêtement inadapté modifie la charge sur le poignet. Enfin, ne laissez pas une douleur s'installer plus de deux semaines sans avis.

Le ministère chargé des sports rappelle d'ailleurs l'importance d'une pratique encadrée et adaptée à chacun sur sports.gouv.fr.

Trouver le bon spécialiste

Selon la nature de la gêne, plusieurs professionnels peuvent intervenir : un médecin du sport pour le diagnostic, un kinésithérapeute pour la rééducation, un préparateur physique pour construire la progression. Sur Expert Zoom, vous pouvez poser votre question à un expert de la catégorie Santé et obtenir un premier avis avant de reprendre le sport.

Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. En cas de douleur persistante, consultez un professionnel de santé.

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