Mathilde Seigner dans 'Au cœur de nos terres' : que faire quand votre exploitation agricole est menacée de faillite ?

Mathilde Seigner actrice française co-productrice du téléfilm Au cœur de nos terres sur la crise agricole

Photo : Georges Seguin (Okki) / Wikimedia

4 min de lecture 5 mai 2026

Le 4 mars 2026, Mathilde Seigner présentait sur France 2 "Au cœur de nos terres", un téléfilm en prime time qu'elle a co-produit et dans lequel elle incarne une femme forcée de reprendre l'exploitation familiale après l'AVC de son frère. La ferme est au bord de la faillite, surendettée, et une manœuvre opaque pousse délibérément les agriculteurs voisins à vendre leurs terres à prix bradé. Un scénario de fiction — mais qui reflète une réalité juridique que vivent chaque année des milliers d'exploitants agricoles français, souvent sans savoir qu'ils disposent de recours.

Pourquoi la fiction de Mathilde Seigner parle à toute la France rurale

"Je ne veux plus subir", déclarait Mathilde Seigner à Paris Match le 26 février 2026, quelques jours avant la diffusion du téléfilm. Une phrase qui s'applique autant à sa carrière qu'au personnage qu'elle joue — une femme qui découvre, à son retour à la ferme, que l'endettement de l'exploitation n'est pas le fruit du hasard mais d'une stratégie orchestrée.

La situation des fermes françaises en difficulté est documentée. Selon les chiffres publiés par le ministère de l'Agriculture, plus de 30 % des exploitations agricoles connaissent des difficultés économiques structurelles, et environ 600 procédures collectives (redressement, liquidation) sont ouvertes chaque année dans le secteur agricole. Dans ce contexte, comprendre ses droits face à un créancier, un bailleur ou un investisseur prédateur est vital.

Les pièges juridiques qui menacent les exploitations familiales

Le téléfilm met en scène un mécanisme classique : un acteur externe — fonds d'investissement, promoteur agro-industriel ou simple opportuniste — identifie des exploitations fragilisées et agit pour accélérer leur dépôt de bilan afin de racheter les terres au plus bas.

En droit français, plusieurs instruments protègent théoriquement les agriculteurs :

La procédure de sauvegarde : disponible avant même que l'exploitation soit en cessation de paiements, elle permet de geler les poursuites des créanciers et de négocier un plan d'apurement sous contrôle judiciaire. Selon Service-Public.fr, cette procédure est ouverte à tout professionnel qui justifie de difficultés qu'il n'est pas encore en mesure de surmonter seul.

La médiation du crédit agricole : une cellule de médiation départementale, souvent adossée à la chambre d'agriculture, peut être saisie gratuitement pour obtenir une restructuration de la dette avant toute procédure judiciaire. Cette voie amiable est méconnue mais souvent efficace.

Le droit de préemption de la SAFER (Société d'Aménagement Foncier et d'Établissement Rural) : toute vente de terre agricole doit être notifiée à la SAFER, qui dispose d'un droit de préemption pour empêcher une acquisition contraire à l'intérêt agricole du territoire. Ce mécanisme peut bloquer les rachats prédateurs — à condition que les victimes sachent s'en saisir.

La mise en cause de la responsabilité du prêteur : si une banque ou un organisme de crédit a accordé un prêt disproportionné aux capacités de remboursement de l'exploitant, sa responsabilité peut être engagée pour "soutien abusif" — un fondement juridique permettant d'obtenir une réduction de la dette ou des dommages-intérêts.

Les arnaques foncières : un risque réel documenté

Le scénario du téléfilm — des acteurs extérieurs qui orchestrent la détresse financière pour racheter des terres — n'est pas fictif. Des pratiques de ce type ont été documentées dans plusieurs régions françaises, notamment dans des zones à fort potentiel viticole ou en périphérie des métropoles. Elles impliquent parfois des pratiques déloyales : informations contractuelles trompeuses, pression exercée sur des exploitants en situation de vulnérabilité, ou manipulation des conditions de prêt.

Sur le plan pénal, ces pratiques peuvent constituer des infractions d'escroquerie (article 313-1 du Code pénal), d'abus de faiblesse (article 223-15-2) ou de manipulation des marchés si des instruments financiers sont impliqués. Un avocat spécialisé en droit rural ou en droit des affaires peut aider à qualifier les faits et à identifier les voies de recours.

Ce qu'un avocat ou un conseiller en gestion peut faire pour une exploitation en difficulté

Contrairement à ce que suggère parfois la résignation des personnes concernées, la perte d'une exploitation agricole n'est pas une fatalité juridique. Les professionnels du droit et de la gestion patrimoniale disposent d'outils concrets pour intervenir à chaque stade.

En amont de la crise :

  • Audit de la structure juridique de l'exploitation (GAEC, EARL, SCEA) pour identifier les vulnérabilités
  • Révision des baux ruraux et des conditions des prêts en cours
  • Mise en place d'une assurance revenus adaptée aux aléas climatiques et économiques

Lors des premières difficultés :

  • Saisine du médiateur du crédit ou d'un conciliateur de justice (procédure gratuite et confidentielle)
  • Négociation d'un moratoire ou d'un rééchelonnement des dettes
  • Identification des subventions et aides disponibles (PAC, aides régionales, fonds de garantie agricoles)

En cas de procédure collective :

  • Assistance dans le cadre de la sauvegarde ou du redressement judiciaire
  • Protection du patrimoine personnel de l'exploitant (séparation du patrimoine professionnel et privé)
  • Accompagnement dans la cession partielle ou totale de l'exploitation dans les meilleures conditions

"Je ne veux plus subir" : le message résonne au-delà du cinéma

Mathilde Seigner a choisi de co-produire "Au cœur de nos terres" précisément parce que le sujet lui paraissait urgent et peu visible. Dans une interview à Vivement Dimanche le 22 février 2026, elle expliquait avoir voulu montrer "une France qui se bat en silence, sans que personne ne regarde vraiment."

Cette France-là existe. Et contrairement à ce que peut laisser penser l'isolement des exploitants en difficulté, des professionnels — avocats en droit rural, notaires, conseillers patrimoniaux, experts-comptables agricoles — peuvent faire une différence concrète, à condition d'être consultés avant que la situation ne soit irréversible.

Si vous gérez une exploitation agricole, si vous êtes copropriétaire d'un bien foncier rural, ou si vous accompagnez un proche confronté à ce type de situation, prendre rendez-vous avec un expert qualifié est la première étape pour comprendre ce qui peut encore être sauvegardé.

Avertissement : cet article est à visée informative et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Consultez un avocat ou un conseiller qualifié pour toute situation individuelle.

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