Marina Vlady décède à 88 ans : les pièges d'une succession franco-russe

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Photo : ManoSolo13241324 / Wikimedia

Francois Francois ArnaultGestion de Patrimoine
7 min de lecture 24 septembre 2026

L'actrice franco-russe Marina Vlady est décédée ce jeudi 24 septembre 2026, à l'âge de 88 ans, à son domicile, entourée de ses proches et de ses animaux. Ses enfants ont annoncé la nouvelle dans un communiqué sobre : "une longue et belle vie bien remplie." Née Marina de Poliakoff-Baidaroff à Clichy le 10 mai 1938 de parents russes émigrés, elle laisse derrière elle plus de quatre-vingt films, un Prix d'interprétation à Cannes en 1963 pour La Conjugale et douze années de vie partagée avec Vladimir Vissotski, le poète-chanteur soviétique mort en 1980. Sa disparition ranime une question que des milliers de familles franco-russes ou binationales affrontent en silence : comment s'organise la succession lorsqu'une vie a traversé deux systèmes juridiques distincts, sur deux continents ?

Une vie franco-russe aux résonances juridiques multiples

Marina Vlady n'était pas seulement une icône du cinéma français. Elle était la fille d'émigrés russes de la noblesse provinciale — son père, chanteur lyrique, et sa mère, première ballerine — arrivés en France après la Révolution de 1917. Naturalisée française, elle a toutefois entretenu des liens profonds avec la Russie : ses douze années auprès de Vladimir Vissotski l'ont menée à vivre régulièrement entre Paris et Moscou. En 1987, elle publie Vladimir ou le vol arrêté, un livre-hommage devenu bestseller en France et édité en Russie, où Vissotski demeure une figure nationale adulée. Ces redevances éditoriales perçues dans les deux pays constituent un exemple concret d'actif "transfrontalier" que ses héritiers devront gérer simultanément.

À sa mort, Marina Vlady laisse trois enfants issus de deux unions distinctes : Pierre et Igor, nés de son mariage avec l'acteur-réalisateur Robert Hossein, et Vladimir, né de sa relation avec Jean-Claude Brouillet. Cette configuration — héritiers multiples, lignées différentes, actifs potentiellement présents dans deux pays aux droits divergents — illustre parfaitement les situations où l'expertise d'un gestionnaire de patrimoine spécialisé en droit international n'est pas un luxe, mais une nécessité urgente.

L'analyse de l'expert en gestion de patrimoine internationale

Quand un ressortissant français décède en laissant des actifs à la fois en France et dans un pays hors Union européenne comme la Russie, la succession ne suit pas une loi unique. Pour les biens situés en France — immobilier, comptes bancaires, placements financiers, droits d'auteur perçus sur le territoire français — le Règlement européen n°650/2012 (dit "Bruxelles IV") s'applique : la succession est régie par la loi de la dernière résidence habituelle du défunt, soit le droit français. Mais les actifs russes — redevances perçues par un éditeur russe, potentiellement des biens immobiliers ou des comptes détenus en Russie — relèvent du droit russe, sans reconnaissance automatique du règlement européen.

Cette dualité crée deux masses successorales distinctes, traitées par deux systèmes juridiques différents, exigeant souvent l'intervention de notaires dans les deux pays. En France, les trois enfants de Marina Vlady bénéficient de la réserve héréditaire protégée par la loi : avec trois enfants (article 913 du Code civil), la quotité disponible — la portion du patrimoine que le défunt peut librement attribuer — est limitée au quart de l'actif net. Les trois quarts sont partagés à égalité entre les enfants, quelle que soit la teneur du testament. Toute clause contraire dans un testament est réduite par le notaire.

En Russie, les droits patrimoniaux de l'auteur sont transmissibles aux héritiers pour une durée de 70 ans à compter du 1er janvier suivant l'année du décès — une durée identique à la règle française (article L123-1 du Code de la propriété intellectuelle). Mais la procédure russe impose un délai d'acceptation de succession de 6 mois à compter du décès, passé lequel les biens non réclamés peuvent revenir à l'État. Ce délai, brutalement court, est l'une des principales sources de pertes patrimoniales évitables pour les familles binationales.

Scénario concret : les droits d'auteur franco-russes face au chronomètre

Prenons le cas d'une enfant adulte d'une artiste franco-russe décédée en septembre 2026, laissant un patrimoine composé des éléments suivants :

  • Un appartement en France estimé à 350 000 €
  • Des liquidités bancaires françaises de 80 000 €
  • Des droits d'auteur français sur un livre publié en 1987, générant 2 800 € par an (l'œuvre est toujours commercialisée)
  • Des redevances russes liées au même ouvrage, représentant 1 400 € par an versées par un éditeur moscovite

En France : L'actif brut s'élève à 430 000 € (immobilier + liquidités) auxquels s'ajoutent les droits d'auteur. Avec trois héritiers réservataires, chaque enfant perçoit au minimum 107 500 € (un tiers des trois quarts). Les droits d'auteur français (2 800 €/an sur les 70 ans restants) capitalisés à un taux de 4 % représentent une valeur économique d'environ 70 000 € par héritier sur la durée — un actif non négligeable que l'on a tendance à sous-estimer dans l'urgence du deuil.

Si l'héritier ne fait rien pour les droits russes dans les 6 mois : Les redevances russes (1 400 €/an sur une durée résiduelle estimée à 25 ans) représentent un potentiel de 35 000 €. Passé le délai légal russe, ces droits ne seront pas automatiquement perdus — mais récupérer un actif tardif nécessitera une procédure en rétablissement de délai, coûteuse et incertaine. La voie normale consiste à mandater un notaire russe, à faire apostiller les actes d'état civil français selon la Convention de La Haye, et à les faire traduire assermentés en russe — un processus dont les frais varient entre 1 200 et 3 000 €, mais qui préserve un actif potentiel de plus de 30 000 €.

La règle d'or : si la valeur de l'actif étranger est supérieure aux frais de procédure — et elle l'est presque toujours pour des droits d'auteur actifs — la consultation d'un gestionnaire de patrimoine international est rentable dès les premières semaines du deuil. C'est d'autant plus vrai quand, comme dans le cas d'une artiste franco-russe, plusieurs pays sont concernés simultanément. Pour les situations où un conjoint survivant est également partie prenante, les enjeux de la succession autour du conjoint deviennent encore plus complexes.

Les implications pratiques au-delà des célébrités

Le cas de Marina Vlady n'est pas une exception réservée aux personnalités publiques. Des milliers de familles franco-russes, franco-espagnoles, franco-marocaines ou franco-portugaises se retrouvent chaque année dans une configuration similaire : une personne décédée ayant des liens patrimoniaux dans deux ou plusieurs pays. Les postes les plus fréquemment oubliés sont :

  • Les comptes bancaires dans le pays d'origine (souvent dormants mais actifs)
  • Les droits d'auteur ou brevets déposés dans un pays étranger
  • Les biens immobiliers hérités à l'étranger et jamais formellement transférés
  • Les droits à retraite dans un pays qui avait un accord bilatéral avec la France

Selon le service-public.fr, la France a conclu des conventions bilatérales de succession avec plusieurs pays, mais la Russie n'en fait pas partie, ce qui rend la procédure encore plus délicate. Une consultation préventive — menée du vivant du futur défunt ou dès les premières semaines du deuil — permet d'anticiper ces situations et d'éviter les pertes irrémédiables.

Avertissement : Les informations de cet article sont données à titre indicatif et ne constituent pas un conseil juridique ou patrimonial. Chaque situation successorale est unique. Consultez un notaire ou un expert en gestion de patrimoine pour tout conseil personnalisé applicable à votre situation.

Ce que vous devez faire dès maintenant

Si vous êtes héritier d'une personne ayant des liens binationales ou si vous anticipez votre propre succession dans ce contexte, trois actions concrètes s'imposent dans les 90 premiers jours :

1. Inventorier tous les actifs par pays. Comptes bancaires, immobilier, droits d'auteur, participations dans des sociétés étrangères, droits à retraite à l'étranger : chaque élément situé hors de France nécessitera une procédure distincte selon la loi locale.

2. Identifier les conventions bilatérales applicables. La France a signé des accords avec certains pays qui simplifient la reconnaissance des décisions françaises. L'absence de convention (comme avec la Russie) exige une procédure de reconnaissance ad hoc — plus longue et plus coûteuse.

3. Consulter un expert en gestion de patrimoine international avant l'expiration des délais légaux. Le délai français de 10 ans pour agir en réduction des libéralités est long ; le délai russe de 6 mois est brutal. L'urgence se situe précisément là où le délai est le plus court.

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