Hollande 2027 et les déserts médicaux : ce que ses propositions changent vraiment pour vous

François Hollande lors d'une cérémonie officielle en 2024, candidat pressenti pour la présidentielle 2027

Photo : Jennifer Jacquemart / European Union, 2024 / EC - Audiovisual Service / Wikimedia

6 min de lecture 14 octobre 2026

François Hollande a confirmé en octobre 2026 son intention de présenter une candidature à l'élection présidentielle de 2027. Son livre Unir, nouveau monde, nouvelle gauche, publié avec 80 propositions pour "redresser la France", place la santé parmi les chantiers prioritaires d'un éventuel mandat. Dans un pays où six millions de citoyens n'ont toujours pas de médecin traitant selon la DREES, cette annonce ravive une question bien plus immédiate pour des millions de Français : comment accéder aux soins en 2026, sans attendre le résultat d'une élection ?

La France médicale fracturée en deux : les chiffres de 2026

Le constat est sévère. Selon le baromètre FHF/Ipsos BVA de mars 2026, le délai moyen pour obtenir un rendez-vous chez un médecin généraliste est passé de quatre jours en 2019 à douze jours en 2026. En zone rurale profonde, ce délai dépasse souvent les trois semaines — quand les cabinets acceptent encore de nouveaux patients.

L'Atlas de la démographie médicale de l'Ordre des médecins (mars 2026) révèle des inégalités territoriales profondes : entre 2010 et 2026, la Creuse a perdu 19,3 % de ses médecins actifs, tandis que certains départements littoraux ont vu leur densité médicale progresser de plus de 40 %. Ce déséquilibre structurel place environ 30 % de la population française dans une zone classée comme prioritaire par les Agences régionales de santé (ARS), faute de densité médicale suffisante.

Les conséquences sont directes : selon le même baromètre, 73 % des Français déclarent avoir renoncé à au moins un acte de soin au cours des cinq dernières années. Renoncement à des bilans, à des consultations spécialisées, à des suivis de maladies chroniques. Ce n'est plus une statistique abstraite — c'est une réalité quotidienne pour des millions de familles.

Ce que Hollande promet — et ce qu'il ne peut pas changer immédiatement

Dans son programme, l'ancien président socialiste avance trois leviers principaux sur la démographie médicale : renforcer les maisons de santé pluridisciplinaires dans les zones sous-dotées, réorienter les aides financières à l'installation des médecins, et généraliser la téléconsultation remboursée. Ce sont des axes partagés par plusieurs candidats déclarés ou pressentis pour 2027, de droite comme de gauche.

Ces réformes structurelles ont cependant une limite claire : le temps. Une maison de santé pluridisciplinaire nécessite plusieurs années entre la décision politique, les financements ARS, la construction et l'ouverture effective. La carte électorale de 2027 ne fera pas apparaître un médecin de plus à Guéret ou à Aurillac avant 2029 au mieux.

Ce que les débats présidentiels omettent souvent d'expliquer, c'est que des solutions existent déjà — mais qu'elles sont mal connues des patients concernés. La télémédecine, en particulier, a été profondément réformée ces dernières années. Un professionnel de santé peut aujourd'hui vous aider à faire valoir vos droits sans quitter votre domicile, et dans certains cas à régulariser votre situation auprès de l'Assurance maladie.

L'angle que les candidats n'expliquent pas : le coût caché du désert médical

Il existe un mécanisme peu connu du grand public qui pénalise doublement les patients sans médecin traitant. Lorsque vous n'avez pas de médecin traitant déclaré auprès de l'Assurance maladie, toute consultation chez un spécialiste — cardiologue, dermatologue, gynécologue — est remboursée non plus à 70 % du tarif de convention, mais à seulement 30 %. C'est ce qu'on appelle le malus du "hors parcours de soins".

Dit autrement : si vous vivez en zone rurale, que votre généraliste est parti à la retraite il y a dix-huit mois, et que vous devez consulter un cardiologue pour un suivi, l'Assurance maladie vous rembourse moins parce que vous n'avez pas trouvé de généraliste. Ce cercle vicieux frappe en priorité les personnes les plus isolées géographiquement — exactement celles que les programmes présidentiels prétendent protéger.

Selon l'Assurance maladie, ce taux de remboursement dégradé s'applique à toutes les consultations de spécialistes (hors gynécologie, ophtalmologie et psychiatrie, qui bénéficient d'un accès direct), dès lors qu'aucun médecin traitant n'est déclaré dans votre dossier ameli.

Le cas de Claire, 47 ans, infirmière libérale en Creuse sans médecin traitant depuis 18 mois

Prenons un exemple concret et chiffré. Claire, infirmière libérale de 47 ans installée dans un village de Creuse, a perdu son médecin traitant en avril 2025 après son départ à la retraite. Elle a contacté 14 cabinets médicaux dans un rayon de 40 kilomètres — aucun ne prend de nouveaux patients.

Voici ce que cette situation lui coûte réellement, comparé à une patiente avec médecin traitant dans la même situation de santé :

Consultation cardiologue pour suivi (tarif secteur 1 = 31 €) :

  • Avec médecin traitant → remboursement 70 % = 21,70 € remboursés
  • Sans médecin traitant → remboursement 30 % = 9,30 € remboursés
  • Différence sur ce seul acte : 12,40 € à sa charge

Sur un an de suivi médical standard (4 consultations de généraliste, 1 spécialiste, 1 bilan sanguin), la perte de remboursement représente entre 120 € et 280 € supplémentaires — en plus de la difficulté à trouver un médecin.

Si Claire déclare un médecin via une plateforme de télémédecine habilitée (Medadom, Livi, Doctolib Vidéo, etc.), ce médecin peut être enregistré comme son médecin traitant auprès de l'Assurance maladie. Le coût d'une téléconsultation généraliste est de 25 €, remboursé à 70 %, soit 17,50 € remboursés — reste à charge de 7,50 €. C'est moins cher qu'un trajet aller-retour de 40 km pour un cabinet qui la refuserait de toute façon.

Dès qu'un médecin traitant est déclaré, toutes ses consultations spécialisées repassent au taux normal de remboursement. Cette démarche prend moins de 15 minutes en ligne sur ameli.fr. C'est exactement ce type d'information — précise, personnalisée, actuelle — qu'un professionnel de santé peut vous fournir lors d'une consultation.

Ce que disent les professionnels de santé sur ces propositions

Les professionnels de terrain sont prudents face aux annonces électorales. Créer des maisons de santé pluridisciplinaires est utile, mais cela ne résout pas le problème immédiat si aucun médecin ne veut s'y installer, rappellent régulièrement les syndicats de médecins libéraux.

La vraie question, selon plusieurs représentants de l'Ordre des médecins interrogés par les médias en 2026, n'est pas l'infrastructure — il existe déjà des maisons de santé vides dans certaines zones — mais l'attractivité des territoires sous-dotés. Les mesures financières d'incitation existent depuis plusieurs gouvernements successifs ; leur bilan reste limité. Ce que les patients peuvent faire, en revanche, c'est s'appuyer sur les outils déjà disponibles pour améliorer leur accès aux soins maintenant, sans attendre une réforme qui prendra des années.

Ce que vous pouvez faire dès aujourd'hui, sans attendre 2027

Les engagements présidentiels de Hollande ou de ses concurrents ne changeront rien à la situation immédiate des Français qui ont besoin de soins cette semaine. Voici trois démarches concrètes, disponibles maintenant :

1. Déclarer un médecin traitant via la télémédecine

Depuis 2022, l'Assurance maladie accepte qu'un médecin exerçant uniquement en téléconsultation soit déclaré comme médecin traitant. La démarche se fait sur ameli.fr, dans la rubrique "Mon médecin traitant", en entrant l'identifiant RPPS du médecin. Cette option est valable partout en France, quel que soit votre département.

2. Contacter votre CPTS (Communauté professionnelle territoriale de santé)

Les CPTS sont des structures locales qui coordonnent les professionnels de santé d'un territoire. Elles tiennent souvent des listes de médecins susceptibles d'accepter de nouveaux patients et peuvent orienter vers des maisons de santé. Votre ARS peut vous indiquer la CPTS de votre secteur.

3. Vérifier votre mutuelle et ses options de télémédecine

Depuis 2021, la loi oblige les mutuelles labellisées "100 % Santé" à inclure l'accès à des services de téléconsultation sans avance de frais. Si votre contrat de complémentaire santé est récent, vous disposez peut-être déjà de ce service sans le savoir. Un professionnel de santé ou un conseiller santé peut vous aider à faire le point.


Avertissement : les informations contenues dans cet article sont de nature générale et informative. Elles ne constituent pas un avis médical. Pour toute question de santé personnelle, consultez un professionnel de santé qualifié.

La candidature de François Hollande à la présidentielle de 2027 met les déserts médicaux sous les projecteurs. Mais pour les six millions de Français sans médecin traitant, la priorité est moins dans les urnes que dans les actes. Consulter un professionnel de santé via Expert Zoom permet d'obtenir rapidement des réponses adaptées à votre situation géographique et à vos droits réels à l'Assurance maladie.

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