Feux de forêt dans les Bouches-du-Rhône : ce que la fumée fait à vos poumons selon les médecins

Panache de fumée noire s'élevant d'un feu de forêt en Provence, France

Photo : Jan Remund / Wikimedia

5 min de lecture 2 juillet 2026

Le 1er juillet 2026, deux incendies simultanés ravagent les massifs des Bouches-du-Rhône — à Rognac et à Lançon-de-Provence — mobilisant plus de 200 pompiers, 70 engins terrestres, deux Canadairs et deux Dash pour contenir les flammes. Un imposant nuage de fumée s'est étendu jusqu'à Marseille, exposant des milliers de riverains à des polluants atmosphériques que l'on sous-estime souvent. La question que peu de gens se posent dans l'urgence : que fait cette fumée à vos poumons, et à quel moment faut-il consulter un médecin ?

Des incendies actifs qui polluent l'air jusqu'à Marseille

Le préfet des Bouches-du-Rhône a placé l'ensemble du département en vigilance rouge feux de forêt ce mercredi 1er juillet 2026. Le cocktail mistral, canicule et sécheresse prolongée a créé des conditions extrêmement favorables aux départs de feux. Tous les massifs forestiers du département ont été fermés au public jusqu'au 2 juillet inclus.

À Rognac, un incendie menaçait directement des habitations et des sites industriels, justifiant l'engagement massif de 168 pompiers rien que sur ce foyer. À Lançon-de-Provence et La-Fare-les-Oliviers, un second front s'est ouvert simultanément. Les moyens aériens — dont l'avion de surveillance Horus — ont été déployés pour cartographier l'évolution des feux en temps réel.

Ce type d'incendie émet une quantité massive de particules et de gaz dans l'atmosphère. Selon Santé Publique France, la fumée d'un feu de forêt peut voyager plusieurs dizaines de kilomètres et rester présente dans l'air pendant plusieurs heures après que les flammes ont été maîtrisées.

Ce que contient vraiment la fumée d'un incendie de forêt

La fumée d'un feu de végétation n'est pas simplement de la fumée de bois. Elle constitue un mélange complexe et toxique composé de :

  • Particules fines PM2.5 : ces particules de moins de 2,5 micromètres pénètrent profondément dans les bronches et les alvéoles pulmonaires, atteignant des zones que le corps ne peut pas éliminer facilement.
  • Monoxyde de carbone (CO) : un gaz inodore et incolore qui diminue la capacité du sang à transporter l'oxygène.
  • Dioxyde d'azote (NO₂) : un irritant puissant des voies respiratoires.
  • Composés organiques volatils (COV) : certains sont cancérigènes à long terme selon le Centre international de recherche sur le cancer.
  • Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) : libérés lors de la combustion incomplète de matières végétales.

En situation d'incendie actif proche d'une zone habitée comme Rognac ou Lançon-de-Provence, les concentrations de ces polluants peuvent atteindre des niveaux plusieurs fois supérieurs aux valeurs guides de l'Organisation mondiale de la santé, même à plusieurs kilomètres du foyer.

Les populations les plus exposées aux risques respiratoires

Tous les habitants des Bouches-du-Rhône ne réagissent pas de la même façon à l'exposition à la fumée. Certains groupes sont beaucoup plus vulnérables :

Les enfants : leurs voies respiratoires sont encore en développement et leur fréquence respiratoire est plus élevée que celle des adultes, ce qui signifie qu'ils inhalent proportionnellement plus de polluants.

Les personnes âgées de plus de 65 ans : leur système immunitaire et leurs capacités pulmonaires diminuées les rendent plus susceptibles de développer des complications sérieuses.

Les personnes asthmatiques ou atteintes de BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive) : la fumée peut déclencher des crises sévères ou aggraver une insuffisance respiratoire préexistante.

Les personnes cardiaques : les PM2.5 inhalées atteignent la circulation sanguine et peuvent provoquer des arythmies, voire aggraver une insuffisance cardiaque. Des études publiées dans le British Medical Journal ont établi un lien direct entre les pics de pollution aux particules fines et les hospitalisations cardiovasculaires dans les 24 à 72 heures suivant l'exposition.

Les femmes enceintes : une exposition prolongée aux particules fines augmente le risque de naissance prématurée et de faible poids de naissance.

Symptômes à surveiller après une exposition à la fumée

Les effets d'une exposition à la fumée des incendies peuvent apparaître dans les heures qui suivent, mais aussi plusieurs jours après. Il est important de ne pas les minimiser :

  • Immédiats : toux sèche persistante, irritation de la gorge et des yeux, maux de tête, légères difficultés à respirer, sensation de brûlure nasale.
  • À 24-48h : essoufflement inhabituel à l'effort, sensation d'oppression thoracique, sifflements bronchiques, fatigue anormale.
  • Signaux d'alarme : douleur thoracique, lèvres ou ongles bleutés (cyanose), confusion, perte de connaissance, crise d'asthme résistant au bronchodilatateur habituel.

Ces derniers signes nécessitent un appel immédiat au 15 (SAMU) sans attendre.

Ce que préconisent les médecins pendant et après les incendies

Les recommandations médicales officielles pour les périodes de feux actifs dans votre département sont claires :

  1. Restez à l'intérieur avec les fenêtres fermées tant que le nuage de fumée est visible ou que l'odeur persiste.
  2. Portez un masque FFP2 si vous devez sortir — les masques chirurgicaux classiques ne filtrent pas les PM2.5.
  3. Évitez l'exercice physique intense en extérieur, même si vous ne sentez pas l'odeur de fumée : les polluants peuvent être présents sans être perceptibles.
  4. Hydratez-vous abondamment pour faciliter l'élimination des toxines.
  5. Ne fumez pas : la combinaison avec la fumée de l'incendie multiplie les risques d'irritation bronchique.

Pour les personnes asthmatiques, il est conseillé d'avoir leur traitement de secours à portée de main et de suivre de près leur débit de pointe (peak flow) pendant les 48 heures suivant l'exposition.

Quand consulter un médecin après exposition aux feux de forêt ?

La règle générale : ne pas attendre si vous faites partie des populations à risque. Même en l'absence de symptômes immédiats, une consultation préventive avec un médecin généraliste dans les 48 à 72 heures suivant une exposition significative est recommandée pour les asthmatiques, les patients cardiaques et les personnes de plus de 70 ans.

Pour les personnes sans antécédents médicaux, une consultation est justifiée dès l'apparition d'une toux qui dure plus de deux jours après l'exposition, d'un essoufflement inhabituels ou de toute douleur thoracique.

Un médecin peut évaluer votre saturation en oxygène avec un oxymètre, ausculter vos poumons et, si nécessaire, prescrire un bilan d'exploration fonctionnelle respiratoire pour détecter une atteinte subclinique non ressentie. Ces examens sont d'autant plus utiles si vous vivez dans les Bouches-du-Rhône et que les épisodes de feux de forêt risquent de se répéter à mesure que les étés deviennent plus chauds et secs.

Avertissement : cet article est à visée informative et ne remplace pas un avis médical personnalisé. En cas de symptômes respiratoires ou cardiaques, consultez un professionnel de santé ou appelez le 15.

Sur Expert Zoom, des médecins généralistes et des pneumologues sont disponibles en consultation en ligne pour évaluer votre situation sans délai. Les feux de forêt de cet été ne sont peut-être que le début d'une saison à risque : mieux vaut préparer votre santé respiratoire dès maintenant.

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