Venue d'Australie sans même avoir réservé son hébergement pour toute la durée du tournoi, Maja Chwalinska a atteint les huitièmes de finale de Roland Garros 2026 en battant successivement Qinwen Zheng, Elise Mertens et Maria Sakkari — cette dernière depuis un set de 1-6 perdu. Cinq ans après avoir quitté le circuit professionnel, à 24 ans, la Polonaise signe l'un des retours les plus remarquables de la saison. Pour les médecins, ce parcours est aussi instructif que symbolique.
Une dépression à 17 ans : le début d'une longue absence
Maja Chwalinska a développé des signes dépressifs à partir de 2019, à 17 ans, dans le contexte d'une série de blessures accumulées — poignet, coude, genou — qui l'ont d'abord éloignée du court physiquement, puis mentalement. Elle a pris la décision de quitter le circuit de manière indéfinie. Selon ses propres mots : « Je me sentais très mal sur et hors du court et j'ai décidé de faire une pause. »
La décision n'était pas anodine pour une joueuse considérée comme l'un des plus grands espoirs du tennis féminin polonais. Mais pour les spécialistes de la santé mentale sportive, elle était médicalement justifiée. Forcer la reprise dans cet état aurait représenté un risque clinique réel.
Ce que disent les médecins sur la dépression dans le sport d'élite
La prévalence de la dépression parmi les athlètes de haut niveau est estimée entre 21 % et 27 %, contre 8 % dans la population générale. La pression de performance, l'isolement lié aux tournées et les blessures récurrentes constituent les principaux facteurs de risque identifiés par les chercheurs spécialisés.
Pour la Haute Autorité de Santé (HAS), le retour à l'activité physique intensive après un épisode dépressif doit suivre un protocole progressif. La recommandation standard prévoit au minimum trois mois de programme supervisé d'activité physique adaptée (APA) — alliant endurance et renforcement musculaire — avant toute reprise de compétition. La première évaluation clinique intervient entre quatre et huit semaines après le début du traitement.
« L'activité physique peut être aussi efficace qu'un traitement médicamenteux pour les cas modérés, mais uniquement dans le cadre d'un suivi structuré », souligne la HAS dans ses recommandations sur la prise en charge de la dépression de l'adulte.
Selon Santé publique France, les troubles mentaux représentent le premier poste de dépenses de l'Assurance maladie et sont responsables de 35 à 45 % des arrêts de travail de longue durée — une réalité qui concerne aussi bien les salariés ordinaires que les professionnels du sport.
Le protocole de Chwalinska : famille, spécialistes et retour progressif
Chwalinska a décrit un retour en plusieurs étapes : d'abord la course à pied, puis la boxe, avant de revenir progressivement à la raquette. Cette progression correspond exactement au modèle préconisé par les médecins du sport. La présence familiale a été centrale dans sa récupération — un facteur que les psychiatres désignent comme « soutien social perçu », statistiquement associé à une meilleure trajectoire de rémission.
Son absence du circuit a duré environ cinq ans — une durée longue, mais cohérente avec les recommandations médicales pour les épisodes sévères. La HAS indique que, lorsqu'un traitement médicamenteux est nécessaire, celui-ci doit être maintenu au moins six mois après la rémission pour prévenir la rechute, avec un sevrage progressif.
Pour les athlètes de haut niveau, la difficulté particulière tient à la pression compétitive et contractuelle qui accompagne le retour. Un retour précipité, motivé par des impératifs financiers ou une pression de l'entourage, augmente significativement le risque de rechute.
Si un parcours similaire vous intéresse, notre article sur le retour de Frühvirtová à Roland Garros 2026 aborde les mêmes enjeux pour les jeunes joueuses confrontées à l'épuisement mental.
Les signaux d'alerte à ne pas ignorer
Pour les sportifs amateurs confrontés à des symptômes similaires, les médecins identifient plusieurs signaux d'alerte qui justifient une consultation : perte de plaisir persistante dans la pratique sportive, troubles du sommeil sur plusieurs semaines, isolement social progressif, et difficulté de concentration lors de l'effort.
L'erreur la plus fréquente est d'interpréter ces symptômes comme un simple coup de fatigue passager et de forcer la reprise. Une consultation précoce avec un médecin du sport ou un psychiatre peut considérablement raccourcir la durée de l'épisode et améliorer le pronostic à long terme.
Il convient aussi de noter que jusqu'à 39 % des athlètes d'élite présentent des troubles anxieux, souvent associés à la dépression. La comorbidité des deux pathologies nécessite une prise en charge combinée — médicamenteuse et psychothérapeutique — adaptée au contexte sportif.
Quand peut-on reprendre la compétition ?
Il n'existe pas de délai universel. La décision de reprise dépend de trois facteurs cliniques : la rémission confirmée des symptômes dépressifs, la stabilisation du traitement, et la réintroduction progressive réussie de l'effort physique sans réapparition des symptômes.
Pour Chwalinska, les cinq années de recul, combinées à un protocole progressif et à un soutien familial structuré, dessinent un modèle de rétablissement conforme aux meilleures pratiques médicales. Battre Maria Sakkari depuis un set de retard, dans l'un des tournois du Grand Chelem les plus exigeants mentalement, est pour les cliniciens un indicateur de rémission bien plus fiable que n'importe quel test standardisé.
Si vous traversez une période difficile ou accompagnez un proche sportif en difficulté, un médecin du sport ou un psychiatre spécialisé peut établir un protocole de retour adapté à votre situation. Consultez un professionnel de santé sur Expert Zoom.
Cet article aborde des sujets liés à la santé mentale. Les informations présentées sont à titre informatif et ne remplacent pas l'avis d'un professionnel de santé qualifié.

Jocelyne Fanon