Une frappe américaine a de nouveau visé Bouchehr, ville portuaire du sud-ouest de l'Iran qui abrite la seule centrale nucléaire en activité du pays, le 14 juillet 2026 vers midi, selon le vice-gouverneur de la province. Cinq jours plus tôt, le 9 juillet, un responsable iranien affirmait déjà qu'un tir avait touché « le périmètre » du site. Aucune frappe n'a, à ce stade, atteint directement les réacteurs, mais l'enchaînement des tirs à proximité d'une installation nucléaire ravive une inquiétude sanitaire mondiale : que se passe-t-il pour la santé humaine en cas de rejet radioactif ?
Ce que l'on sait de la centrale de Bouchehr
Bouchehr est l'unique centrale nucléaire iranienne raccordée au réseau. Construite avec l'appui de la Russie, elle est exploitée avec le concours de spécialistes du groupe russe Rosatom, dont plusieurs ont fait mouvement vers le site ces derniers jours. Ces frappes s'inscrivent dans une escalade militaire plus large entre Washington et Téhéran, dont nous avions détaillé le volet cyber au Pentagone. Une centrale à l'arrêt ou en fonctionnement ne présente pas le même profil de risque, mais dans les deux cas, un endommagement du confinement ou des piscines de combustible pourrait libérer des radionucléides dans l'atmosphère.
Parmi ces radionucléides, l'iode 131 est celui qui concentre l'attention des autorités de santé. Volatil, il se disperse facilement dans l'air et peut être inhalé ou ingéré, notamment via le lait ou les légumes contaminés. C'est le même isotope qui avait provoqué une hausse des cancers de la thyroïde chez les enfants après la catastrophe de Tchernobyl.
Iode radioactif : pourquoi la thyroïde est en première ligne
La glande thyroïde, située à la base du cou, ne fait pas la différence entre l'iode stable, utile, et l'iode radioactif. Elle capte et fixe l'un comme l'autre. Lorsqu'un rejet contient de l'iode 131, la thyroïde se charge en isotope radioactif, ce qui augmente le risque de cancer de cet organe, particulièrement chez les enfants, les adolescents et les femmes enceintes, dont la thyroïde est très active.
La parade validée par les autorités sanitaires repose sur deux gestes complémentaires. D'abord, la mise à l'abri : rester à l'intérieur d'un bâtiment fermé réduit fortement l'exposition. Ensuite, la prise d'iode stable, sur consigne des autorités uniquement. En saturant la thyroïde d'iode non radioactif, le comprimé empêche l'organe de fixer l'iode 131 pendant environ vingt-quatre heures. « Prendre de l'iode stable, associé à la mise à l'abri, est un moyen efficace de protéger la thyroïde », rappelle l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection.
Un point de vigilance essentiel : ces comprimés ne doivent jamais être pris de sa propre initiative, ni « par précaution » à distance d'un accident. Mal utilisé, l'iode peut provoquer des effets indésirables, notamment chez les personnes souffrant de troubles thyroïdiens. Le comprimé ne protège que la thyroïde, et pas le reste de l'organisme.
En France, 2,2 millions de personnes déjà concernées
L'événement iranien a une résonance directe en France, pays le plus nucléarisé d'Europe par habitant. Depuis 2019 et l'extension des plans particuliers d'intervention, la distribution préventive de comprimés d'iode s'effectue non plus dans un rayon de 10 kilomètres autour des centrales, mais de 20 kilomètres. D'après l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, cette zone concerne environ 2,2 millions de personnes réparties sur près de 1 100 communes, ainsi que l'ensemble des établissements recevant du public : écoles, administrations, entreprises.
Une nouvelle campagne de renouvellement, couvrant tous les périmètres de 20 kilomètres, doit débuter en septembre 2026. Les riverains concernés seront invités à retirer gratuitement leurs comprimés en pharmacie. Pour les habitants situés hors de ces zones, aucune distribution n'est prévue, et l'automédication est déconseillée : en cas d'accident majeur, ce sont les pouvoirs publics qui déclenchent la prise et organisent la distribution complémentaire.
Anxiété, thyroïde, grossesse : quand consulter
Au-delà du risque physique, les tensions autour de Bouchehr alimentent une anxiété diffuse, y compris chez des personnes très éloignées de toute installation. Cette « anxiété nucléaire » peut se traduire par des troubles du sommeil, des ruminations ou une hypervigilance. Un médecin généraliste peut aider à faire la part des choses entre une inquiétude légitime et une angoisse envahissante, et orienter si besoin vers un professionnel de santé mentale.
Sur le plan strictement thyroïdien, plusieurs profils gagnent à anticiper une consultation, sans urgence. Les personnes traitées pour une hypothyroïdie ou une hyperthyroïdie, celles ayant déjà subi une ablation de la thyroïde, les femmes enceintes ou allaitantes ont intérêt à connaître, avec leur médecin, la conduite à tenir spécifique en cas d'alerte. Un endocrinologue peut préciser si un antécédent thyroïdien modifie les recommandations habituelles sur l'iode stable.
Enfin, toute personne présentant, sans lien avec l'actualité, une gêne à la déglutition, un nodule au niveau du cou ou une fatigue inexpliquée persistante devrait consulter : ces signaux relèvent d'un bilan thyroïdien classique, indépendant de tout risque radiologique.
Se préparer sans céder à la panique
Le message des experts est constant : la meilleure protection n'est pas le stock personnel de comprimés, mais la connaissance des bons réflexes. Savoir où sont rangés ses comprimés lorsqu'on habite en zone PPI, connaître le signal d'alerte, comprendre le principe de la mise à l'abri, et disposer d'un interlocuteur médical de confiance valent mieux que n'importe quel achat de précaution.
Vous vous interrogez sur votre situation personnelle — antécédents thyroïdiens, grossesse, résidence près d'une centrale ? Un médecin ou un endocrinologue disponible sur Expert Zoom peut répondre à vos questions et adapter les recommandations à votre profil.
Cet article a une vocation d'information générale et ne remplace pas un avis médical individualisé. Ne prenez jamais de comprimés d'iode sans consigne des autorités ou d'un professionnel de santé.

Moïse Kanoute