Catherine Ceylac brise le silence sur la "promotion canapé" : ce que dit la loi sur le harcèlement au travail

Femme journaliste française en studio de télévision tenant un microphone, expression déterminée
4 min de lecture 11 avril 2026

Catherine Ceylac révèle la "promotion canapé" subie par Jacques Martin dans les années 80

Dans son autobiographie Intime, publiée le 12 mars 2026 aux éditions du Cherche Midi, la journaliste et animatrice Catherine Ceylac brise un silence de quarante ans. Elle y accuse Jacques Martin, animateur emblématique de la télévision française, de l'avoir évincée d'une émission après qu'elle a refusé de le suivre chez lui après un dîner professionnel. « Il faisait en sorte que je sois la potiche, que je sois la plante verte », confie-t-elle dans l'ouvrage, évoquant la pratique alors courante de la « promotion canapé » dans les coulisses de l'audiovisuel des années 1980.

À l'heure où ce témoignage relance le débat public sur le harcèlement sexuel en milieu professionnel, de nombreuses femmes se demandent quels recours existent aujourd'hui pour celles qui vivent encore des situations similaires.

Ce que la loi reconnaît comme harcèlement sexuel en France

Le harcèlement sexuel est défini et puni par le Code pénal français (article 222-33). Il recouvre deux réalités distinctes :

Le harcèlement sexuel stricto sensu : le fait d'imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste qui portent atteinte à sa dignité ou créent un environnement intimidant, hostile ou offensant.

L'agression sexuelle par surprise ou contrainte : dès le premier acte, sans condition de répétition, si l'acte est accompagné d'une menace, d'une contrainte ou d'une surprise — y compris une contrainte professionnelle implicite, comme la perte d'un emploi ou d'un contrat.

Ce second cas est précisément celui que décrit Catherine Ceylac : une pression implicite où le refus entraîne une conséquence professionnelle directe. En droit, cela peut constituer un abus d'autorité à caractère sexuel, passible de jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende.

Les droits des victimes en entreprise aujourd'hui

Depuis la loi Rebsamen de 2015 et la loi Avenir professionnel de 2018, les employeurs ont une obligation légale de prévenir et de traiter le harcèlement sexuel au travail. Concrètement, toute entreprise de plus de 250 salariés doit nommer un référent harcèlement, et toute structure de plus de 11 salariés doit afficher dans ses locaux les voies de recours et les coordonnées des autorités compétentes.

Une victime ou un témoin peut agir par plusieurs voies :

  1. Signalement interne au référent RH ou harcèlement de l'entreprise
  2. Saisine du Défenseur des droits (gratuite, anonyme possible)
  3. Dépôt de plainte auprès de la police ou de la gendarmerie
  4. Saisine du Conseil des prud'hommes pour licenciement abusif ou discrimination
  5. Recours au juge pénal en cas d'agression

Selon les données du Défenseur des droits publiées sur son site officiel, plus d'une femme active sur cinq a été victime de harcèlement sexuel au travail au cours de sa vie professionnelle. Seulement 5 % d'entre elles ont déposé plainte.

Pourquoi les victimes ne parlent pas (et comment y remédier)

Le cas de Catherine Ceylac illustre un phénomène bien documenté : la crainte des représailles professionnelles. En 1980, n'ayant aucun filet légal, elle a subi la sanction en silence. Aujourd'hui, la loi offre une protection contre les représailles.

Depuis 2012, toute mesure discriminatoire prise à l'encontre d'un salarié qui a témoigné ou dénoncé des faits de harcèlement est nulle de plein droit. Un licenciement prononcé dans ce contexte peut être requalifié en licenciement nul, ouvrant droit à réintégration ou à des indemnités substantielles.

Mais les barrières psychologiques restent fortes : honte, peur de ne pas être cru, peur de perdre son réseau professionnel, sentiment d'être la seule. Un avocat spécialisé en droit du travail peut vous aider à qualifier juridiquement les faits, à constituer un dossier solide, et à vous représenter — qu'il s'agisse d'une procédure prud'homale ou pénale.

Ce que révèle le livre de Ceylac sur une génération entière

Au-delà du cas individuel, Intime s'impose comme un document sociologique. Catherine Ceylac, 71 ans, a construit une carrière de 45 ans à la télévision française malgré les obstacles systémiques. Son témoignage rejoint ceux d'autres figures du PAF comme Florence Arthaud ou Brigitte Fontaine, qui ont évoqué des pressions similaires sans toujours les nommer explicitement.

Le mouvement #MeToo, déclenché en 2017, a profondément transformé la culture professionnelle française — mais les enquêtes récentes montrent que les comportements n'ont pas tous disparu. Les articles déposés dans les entreprises et les référents formés sont une avancée, mais l'écart entre les textes et la réalité vécue reste considérable.

Des situations comparables ont été analysées sur ExpertZoom, notamment à travers l'affaire Gérald Marie-Epstein et les droits des victimes de harcèlement dans le milieu professionnel.

Que faire si vous êtes dans cette situation aujourd'hui ?

Si vous êtes victime de harcèlement sexuel ou d'un abus d'autorité à connotation sexuelle dans votre environnement professionnel, voici les premières étapes recommandées :

  • Notez tout : dates, lieux, témoins, propos tenus — un journal factuel est une pièce maîtresse en procédure
  • Conservez les preuves : messages, emails, témoignages écrits
  • Consultez un médecin si vous ressentez un impact psychologique — le certificat médical peut être une preuve
  • Parlez-en à un avocat avant de signaler en interne, pour évaluer les risques et préparer votre dossier

Un avocat spécialisé en droit du travail peut évaluer gratuitement ou à faible coût la nature juridique des faits lors d'une première consultation. Ne restez pas seule face à cette situation.

Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Pour toute situation de harcèlement, consultez un avocat spécialisé en droit du travail ou contactez le Défenseur des droits.

Nos experts

Avantages

Des réponses rapides et précises pour toutes vos questions et demandes d'assistance dans plus de 200 catégories.

Des milliers d'utilisateurs ont obtenu une satisfaction de 4,9 sur 5 pour les conseils et recommandations prodiguées par nos assistants.