Carte Trump à 5 millions de dollars : ce que l'exit tax française change pour les candidats au départ

Donald Trump lors d'un discours officiel — programme Gold Card résidence permanente États-Unis

Photo : Gage Skidmore / Wikimedia

Francois Francois ArnaultGestion de Patrimoine
7 min de lecture 8 septembre 2026

La Trump Gold Card fait parler d'elle depuis son lancement officiel : 5 millions de dollars versés directement au gouvernement fédéral américain en échange d'un titre de résidence permanente aux États-Unis. Pour les investisseurs français fortunés, ce programme soulève une question immédiate, bien plus complexe que le prix affiché : que se passe-t-il avec mon patrimoine français si je décide de partir pour les États-Unis ?

Ce que les médias retiennent surtout, c'est l'audace de la proposition. Ce qu'ils n'expliquent presque jamais, c'est le mur fiscal français que tout candidat hexagonal doit franchir avant même d'embarquer.

La Trump Gold Card en bref : 5 millions pour une green card

Annoncée par l'administration Trump en février 2025 et progressivement mise en œuvre en 2026, la Gold Card remplace le visa EB-5, dont le montant d'investissement requis était compris entre 800 000 et 1,05 million de dollars selon les zones géographiques ciblées. Le changement est spectaculaire : la Gold Card coûte 5 millions de dollars — soit environ 4,6 millions d'euros au taux actuel — versés non pas dans une entreprise américaine créatrice d'emplois, mais directement dans les caisses du gouvernement fédéral.

En échange, le titulaire et sa famille proche obtiennent un titre de résidence permanente équivalent à une green card, assorti d'une voie d'accès accélérée à la naturalisation américaine. Selon l'administration Trump, plusieurs dizaines de milliers de demandes ont déjà été enregistrées à travers le monde depuis l'ouverture du programme.

Pour un investisseur français séduit par cette opportunité, la démarche semble linéaire : payer, déposer un dossier, s'installer. En réalité, le droit fiscal français s'invite dans l'équation bien avant que l'avion ne décolle — et son impact peut dépasser largement le coût de la carte elle-même.

Il convient par ailleurs de noter qu'à ce jour, plusieurs recours judiciaires ont été déposés aux États-Unis pour contester la légalité constitutionnelle du programme. Payer 5 millions de dollars ne garantit pas la résidence permanente si ces procédures aboutissent, selon les spécialistes du droit américain de l'immigration cités par NBC News.

La vraie question que tout investisseur français devrait se poser

Suis-je concerné par l'exit tax française si je pars aux États-Unis ?

Pour la très grande majorité des profils patrimoniaux susceptibles d'envisager la Gold Card, la réponse est : oui.

L'exit tax française — codifiée à l'article 167 bis du Code général des impôts — s'applique à toute personne physique qui transfère son domicile fiscal hors de France, sous deux conditions cumulatives :

  • Avoir été domicilié fiscalement en France pendant au moins 6 des 10 années précédant le départ
  • Détenir des titres ou droits dont la valeur totale dépasse 800 000 euros, ou représentant plus de 50 % du capital d'une société

Le taux global applicable en 2026 est de 31,4 %, décomposé en 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux (relevés par la loi de finances 2026). Ce taux s'applique sur les plus-values latentes — c'est-à-dire les gains accumulés mais non encore encaissés au moment du départ.

En clair : si vos titres valent 3 millions d'euros aujourd'hui et que vous les aviez acquis à 1 million d'euros, vous avez une plus-value latente de 2 millions d'euros. L'exit tax vous demandera 31,4 % de cette somme — soit 628 000 euros — avant même d'avoir vendu la moindre action.

Cas concret : un chef d'entreprise parisien candidat à la Gold Card

Prenons l'exemple de Frédéric, 54 ans, cofondateur d'une société de services numériques basée à Paris. Il détient 35 % du capital de son entreprise, valorisée à 10 millions d'euros fin 2026 selon un audit indépendant. Son coût d'acquisition sur ces titres est de 500 000 euros. Il est domicilié fiscalement en France depuis 30 ans.

Sa plus-value latente s'élève à 3 millions d'euros (35 % × 10 M€ = 3,5 M€ de valeur de titres − 500 000 € de prix de revient = 3 M€).

À un taux d'exit tax de 31,4 %, Frédéric devra en principe payer 942 000 euros au moment de son départ vers les États-Unis — en plus des 5 millions de dollars pour la Gold Card.

Mais attention : les États-Unis ne sont ni un État membre de l'Union européenne ni un pays ayant signé avec la France une convention d'assistance au recouvrement de l'impôt. Le sursis de paiement automatique prévu pour les départs intra-UE ne s'applique donc pas. Frédéric devra constituer des garanties auprès de l'administration fiscale française (nantissement de titres, caution bancaire) et s'acquitter du montant dû dans les 30 jours suivant son transfert de domicile fiscal.

Si, en revanche, Frédéric vend ses parts avant de quitter la France, la plus-value réalisée sera imposée selon le régime de droit commun — flat tax à 30 % — mais l'exit tax ne sera plus due sur des titres déjà cédés. Sur 3 millions d'euros de plus-value réalisée, l'imposition serait de 900 000 euros (30 %) au lieu de 942 000 euros via l'exit tax. La différence est faible, mais le fait de vendre avant de partir ouvre d'autres possibilités : négocier une clause d'earn-out, structurer la cession en plusieurs tranches, ou bénéficier des abattements pour durée de détention dans certains régimes antérieurs.

Ce séquençage — vendre d'abord, partir ensuite — est l'un des leviers les plus analysés par les conseillers en gestion de patrimoine internationale lorsqu'un client mentionne la Gold Card.

La convention fiscale franco-américaine : un bouclier partiel

La France et les États-Unis disposent d'une convention fiscale bilatérale signée en 1994, mise à jour et en vigueur en 2026. Elle vise à éviter les doubles impositions sur les revenus courants et certaines plus-values réalisées. Mais elle ne neutralise pas l'exit tax française dans sa logique fondamentale.

L'exit tax est une imposition de départ, distincte d'une imposition de revenus ou de gains courants. La convention peut néanmoins prévoir, lors de la cession effective des titres aux États-Unis, un mécanisme de crédit d'impôt permettant d'éviter qu'une même plus-value soit taxée deux fois — une première fois à titre latent par la France au départ, une seconde fois à titre réalisé par les États-Unis à la vente.

Concrètement : si Frédéric conserve ses titres après son installation aux États-Unis et les cède 5 ans plus tard, il pourra en principe imputer l'exit tax déjà payée à la France sur l'imposition américaine de la plus-value réalisée. Mais les modalités précises de cette imputation dépendent de la nature des titres, de leur localisation juridique, et de l'interprétation retenue par les administrations fiscales des deux pays.

Un conseiller fiscal spécialisé en fiscalité franco-américaine est indispensable pour cartographier précisément cette articulation avant toute prise de décision.

Pourquoi comparer la Gold Card aux alternatives européennes

Pour un investisseur français envisageant une mobilité internationale, la Gold Card américaine n'est pas la seule option. D'autres programmes existent, avec des implications fiscales très différentes au regard du droit français :

  • Portugal (Golden Visa rénové 2026) : à partir de 500 000 euros investis dans des fonds de capital-risque. Le départ vers un pays de l'UE bénéficie du sursis automatique d'exit tax — aucune liquidité à mobiliser immédiatement.
  • Malte : programme de résidence permanente autour de 300 000 euros. Même avantage UE pour l'exit tax.
  • Émirats arabes unis : golden visa à partir de 2 millions de dirhams (~500 000 euros) investis en immobilier. Mais les EAU n'ont pas de convention de recouvrement avec la France, situation proche du cas américain.

La Gold Card américaine à 5 millions de dollars est la plus onéreuse de toutes, et elle est la seule à ne bénéficier d'aucun sursis automatique d'exit tax pour les résidents français. C'est un cumul de contraintes que peu de médias mentionnent lorsqu'ils relaient l'annonce de Trump.

Ce qu'il faut faire avant de prendre une décision

La Trump Gold Card est une opportunité réelle pour certains profils : entrepreneurs souhaitant développer leur activité sur le marché américain, familles souhaitant s'installer durablement aux États-Unis, ou investisseurs attirés par l'environnement fiscal américain à long terme (pas d'exit tax aux États-Unis lors du départ, pas d'ISF, taux d'imposition sur les plus-values à long terme de 20 % au niveau fédéral).

Mais le chemin entre Paris et la Gold Card est jalonné de décisions patrimoniales irréversibles. Avant toute démarche, une consultation avec un expert en gestion de patrimoine spécialisé en mobilité internationale vous permettra de :

  • Calculer précisément votre base d'exit tax et le montant effectivement dû selon la composition de votre portefeuille
  • Explorer les options de sursis sur garanties, d'étalement, ou d'apurement anticipé par cession des actifs avant le départ
  • Évaluer l'impact de la convention fiscale franco-américaine sur la double imposition des plus-values futures
  • Comparer la Gold Card avec les programmes alternatifs (UE, EAU) selon votre horizon temporel et votre structure de patrimoine
  • Anticiper la restructuration des actifs immobiliers français éventuellement conservés après le départ

La Gold Card à 5 millions de dollars peut valoir son prix. Elle peut aussi coûter, pour un investisseur français mal préparé, plusieurs centaines de milliers d'euros supplémentaires — sans compter les frais juridiques des deux côtés de l'Atlantique.

Pour en savoir plus sur les règles officielles de l'exit tax applicables aux résidents fiscaux français, vous pouvez consulter le Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP) relatif à l'article 167 bis du CGI.

Disclaimer YMYL : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil fiscal, juridique ou patrimonial personnalisé. Toute décision patrimoniale impliquant un transfert de domicile fiscal doit être prise en concertation avec un professionnel qualifié.

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