Le Sénégal s'est imposé 1-0 face à l'Éthiopie ce mardi 29 septembre 2026 à Bahir Dar, dans le cadre de la deuxième journée des éliminatoires de la CAN 2027. Un but d'Ibrahim Mbaye à la 11e minute, sur une passe de Nicolas Jackson, a suffi aux Lions de la Téranga pour repartir avec les trois points. Mais au-delà du résultat, ce match met en lumière un défi physiologique souvent sous-estimé par les sportifs amateurs : jouer, courir ou s'entraîner à plus de 1 500 mètres d'altitude expose l'organisme à des contraintes cardiovasculaires réelles, et parfois sérieuses.
Un stade à 1 800 mètres : un contexte physique hors norme pour les Lions de la Téranga
Bahir Dar, ville éthiopienne située sur les rives du lac Tana, culmine à environ 1 800 mètres au-dessus du niveau de la mer. Dakar, la capitale sénégalaise et base d'entraînement habituelle des Lions, est à quasiment zéro mètre d'altitude. L'écart est brutal. Pour les joueurs comme Idrissa Gana Gueye ou Sadio Mané, qui évoluent toute la saison en Europe à faible altitude, le saut vers Bahir Dar représente un choc physiologique immédiat.
Ce n'est pas une question de forme physique ou de talent : c'est une loi de la physique. Plus l'altitude augmente, plus la pression atmosphérique diminue, et donc plus la quantité d'oxygène disponible à chaque inspiration baisse. À 1 800 mètres, la pression partielle en oxygène est inférieure d'environ 20 % à celle du niveau de la mer. Résultat : les poumons doivent travailler plus, le cœur pompe plus fort, et les muscles peinent davantage à produire l'énergie nécessaire aux efforts intenses.
L'Éthiopie, elle, tire parti de cette géographie depuis des décennies. Ses coureurs de fond sont mondialement reconnus pour leur performance — entraînés à 2 000, 2 400 ou même 3 000 mètres, ils ont développé une capacité aérobie naturellement supérieure. Sur un terrain de football, les Walya Antelopes, le surnom des Lions d'Éthiopie, sont donc à domicile bien au-delà du simple avantage du public.
Ce qu'il se passe vraiment dans votre corps en altitude
Selon une étude publiée sur PubMed sur l'effet de l'altitude sur les performances footballistiques, la capacité maximale d'absorption d'oxygène (VO2max) diminue d'environ 1 à 2 % pour chaque tranche de 100 mètres d'altitude au-dessus de 1 500 mètres. À Bahir Dar (1 800 m), cela représente une chute de 3 à 6 % pour un athlète non acclimataté. Pour un match de 90 minutes à haute intensité, l'impact est considérable.
Les effets physiologiques les plus courants à cette altitude incluent :
- Une accélération du rythme cardiaque au repos et à l'effort : le cœur compense le manque d'oxygène en battant plus vite.
- Une déshydratation accélérée : l'air sec en altitude augmente les pertes hydriques par la respiration.
- Une récupération plus lente : la fatigue musculaire post-effort est plus marquée et dure plus longtemps.
- Un risque de mal aigu des montagnes : maux de tête, nausées, vertiges peuvent apparaître dès les premières 24 à 48 heures.
Ces phénomènes ne concernent pas que les footballeurs professionnels. Tout randonneur, skieur, coureur de trail ou cycliste qui change brusquement d'altitude expose son système cardiovasculaire à ces contraintes. Et contrairement aux Lions de la Téranga qui disposent d'un staff médical complet, la majorité des sportifs amateurs voyagent sans aucun suivi.
Le cas d'un randonneur lyonnais avant un trek à 2 500 mètres
Prenons le cas concret de Marc, 44 ans, cadre commercial à Lyon, coureur régulier sur le plat (5 km en 28 minutes). Il s'inscrit en septembre 2026 à une course de trail dans les Alpes françaises, dont le profil culmine à 2 500 mètres. Il se dit en forme et ne consulte pas de médecin avant le départ.
Si Marc part sans préparation ni avis médical, voici ce qu'il risque de vivre :
- Dès 1 800 mètres, son rythme cardiaque à effort modéré sera déjà 10 à 15 battements par minute supérieur à ce qu'il connaît à Lyon. À 2 500 mètres, cette différence peut atteindre 20 bpm.
- Sa VO2max effective chutera d'environ 8 à 10 %, ce qui signifie concrètement qu'il ne pourra maintenir que 90 % de son allure habituelle avant de "décrocher" — soit environ 31 minutes aux 5 km au lieu de 28.
- S'il a une tension artérielle légèrement élevée (130/85 mmHg, un cas très courant après 40 ans), l'altitude risque de la faire monter davantage, augmentant le risque de malaise ou de céphalées sévères.
En revanche, si Marc consulte un médecin du sport six semaines avant la course, le médecin peut lui établir un plan d'acclimatation progressif (montées par paliers de 400 mètres sur les week-ends précédant l'événement), ajuster son hydratation et, si nécessaire, lui prescrire de l'acétazolamide (Diamox) à titre préventif — un traitement recommandé par les guides médicaux pour les ascensions au-dessus de 2 500 mètres. Résultat attendu : une performance à 95 % de ses capacités, et zéro risque de malaise.
Avis médical : les recommandations de cet article ont une valeur informative générale. Tout sportif souhaitant pratiquer une activité physique en altitude doit consulter un professionnel de santé, qui seul peut évaluer ses risques personnels (cardiaques, tensionnels, respiratoires) et adapter les conseils à sa situation.
Altitude et risques cardiaques : quand faut-il absolument consulter un médecin du sport ?
Tous les sportifs amateurs ne sont pas égaux face à l'altitude. Voici les profils pour lesquels une consultation spécialisée avant une activité physique en altitude est fortement recommandée :
Consultation obligatoire avant toute altitude > 1 500 m :
- Antécédents cardiaques (infarctus, arythmie, insuffisance coronarienne)
- Hypertension artérielle traitée ou non
- Diabète de type 1 ou 2
- Apnée du sommeil (le manque d'oxygène nocturne s'additionne à l'hypoxie d'altitude)
- Asthme ou BPCO (broncho-pneumopathie chronique obstructive)
Consultation recommandée avant une altitude > 2 500 m :
- Tout sportif de plus de 40 ans, même sans antécédent connu
- Toute personne n'ayant jamais pratiqué de sport en altitude
- Les femmes enceintes (même au premier trimestre)
Un médecin du sport peut également réaliser un test d'effort en hypoxie simulée — une épreuve de 20 à 30 minutes sur vélo ou tapis roulant dans un environnement à basse teneur en oxygène — pour évaluer précisément la tolérance individuelle avant le départ. Ce test, disponible dans plusieurs centres de médecine sportive en France, coûte entre 80 et 150 euros et peut éviter une interruption d'urgence d'une randonnée, voire une hospitalisation.
Ce que le match Éthiopie-Sénégal nous enseigne sur la préparation à l'effort
La victoire sénégalaise à Bahir Dar n'est pas anodine. Elle témoigne d'une préparation médicale sérieuse : le staff des Lions de la Téranga sait depuis des années comment gérer les déplacements en altitude africaine. Acclimatation progressive, adaptation des entraînements la veille du match, hydratation renforcée et surveillance médicale permanente permettent aux joueurs d'être performants malgré les contraintes.
Pour les sportifs amateurs qui planifient un séjour à la montagne — trekking au Mont-Blanc, ski dans les Alpes, trail dans les Pyrénées —, les mêmes principes s'appliquent, mais sans le staff. C'est précisément pourquoi la consultation d'un médecin du sport spécialisé prend tout son sens avant ce type d'aventure.
Si les Lions de la Téranga peuvent tenir un match de 90 minutes à 1 800 mètres avec une seule déperdition physique notable grâce à leur préparation, un sportif amateur bien accompagné peut lui aussi profiter pleinement de la montagne en toute sécurité. L'objectif n'est pas de décourager — c'est de permettre à chacun de partir informé, préparé, et soutenu par un expert qui connaît ses risques spécifiques.
Pour consulter un médecin du sport disponible rapidement, rendez-vous sur Expert Zoom dans la catégorie Santé pour trouver un professionnel adapté à votre situation.
Vous avez aimé cet article ? Découvrez aussi : Sénégal–Maroc : les nuits de match, un ennemi de votre santé et Coupe du Monde 2026 : les risques santé des matchs en chaleur extrême.

Jocelyne Fanon