Raphaël Wicky rejoint Sporting Kansas City : ce que tout professionnel suisse doit savoir avant de travailler aux États-Unis
Le 5 janvier 2026, le club américain de MLS Sporting Kansas City a officialisé la nomination de Raphaël Wicky comme entraîneur principal. Le Suisse de 48 ans, qui a mené le BSC Young Boys au doublé Championnat-Coupe en 2022-2023, a signé un contrat de deux ans et demi avec option du club jusqu'à la saison 2028-2029. C'est la deuxième fois que Wicky travaille aux États-Unis, après son passage au Chicago Fire (2020-2021) et à la tête de l'équipe nationale américaine des U-17.
Son parcours illustre une réalité de plus en plus fréquente : des professionnels suisses hautement qualifiés qui traversent l'Atlantique pour exercer leur métier. Mais travailler aux États-Unis, même brièvement, implique une série de démarches légales, fiscales et administratives souvent sous-estimées.
Le visa de travail : première étape indispensable
Pour tout professionnel suisse souhaitant travailler légalement aux États-Unis, l'obtention d'un visa de travail est obligatoire. Dans le cas d'un entraîneur sportif de renom comme Wicky, le visa O-1B (personnes dotées de capacités extraordinaires dans le domaine du sport ou des arts) est généralement la voie appropriée.
Pour les professionnels d'autres secteurs, les options les plus courantes sont :
- Visa L-1 : transfert intra-entreprise (un employeur suisse qui détache un collaborateur aux USA)
- Visa H-1B : travailleur spécialisé dans un domaine requis (quota annuel limité)
- Visa E-3 : réservé aux Australiens, non applicable aux Suisses
- Visa TN : réservé aux Canadiens et Mexicains (CUSMA/USMCA)
La procédure de demande peut prendre plusieurs mois. Travailler sans visa adéquat expose à de lourdes sanctions, y compris l'interdiction définitive d'entrée sur le territoire américain.
Fiscalité : la Suisse et les États-Unis ont un accord, mais des pièges subsistent
La Suisse et les États-Unis ont conclu une convention contre la double imposition (CDI) entrée en vigueur en 1997. Cette convention vise à éviter qu'un même revenu soit imposé deux fois. Dans la pratique, cependant, des complications subsistent.
Les États-Unis imposent leurs citoyens et résidents sur leurs revenus mondiaux, quelle que soit leur localisation. Si vous travaillez aux USA plus de 183 jours par an, vous pouvez être considéré comme résident fiscal américain et soumis à l'IRS (Internal Revenue Service).
Points à vérifier avant de partir :
- Votre durée de séjour : au-delà de 183 jours, le fisc américain peut revendiquer vos revenus
- Le traitement fiscal de vos revenus suisses : dividendes, revenus immobiliers, parts dans une SA ou Sàrl
- Votre obligation de déclaration américaine : même si vous ne devez pas d'impôt, la déclaration FBAR (Foreign Bank Account Report) est obligatoire pour tout compte bancaire étranger dépassant 10 000 dollars
Un conseiller fiscal spécialisé en expatriation peut vous aider à structurer correctement votre situation avant le départ — une anticipation qui peut faire économiser des dizaines de milliers de francs.
Le contrat de travail américain : attention aux différences avec le droit suisse
Le droit du travail américain diffère profondément du droit suisse. La règle de l'at-will employment, appliquée dans la plupart des États américains (dont le Missouri, où est basé Sporting KC), permet à l'employeur de mettre fin au contrat à tout moment, sans justification ni préavis légal — sauf clause contractuelle contraire.
C'est pourquoi les protections contractuelles doivent être expressément négociées dans le contrat lui-même :
- Durée minimale garantie et conditions de résiliation anticipée
- Indemnité de départ en cas de licenciement sans juste motif
- Clause de non-concurrence et portée géographique
- Couverture des frais de déménagement et de logement
- Assurance maladie (pas de couverture publique universelle aux USA)
Dans le cas de Wicky, le contrat inclut une option du club pour une saison supplémentaire — une clause qui protège l'employeur, mais pas le salarié. Un tel mécanisme mérite d'être soigneusement examiné par un avocat avant signature.
Comme l'illustre la situation de Victor Söderström qui a quitté la NHL pour signer à Bienne, les transitions professionnelles entre pays révèlent souvent des zones grises contractuelles que seul un expert peut déceler.
Sécurité sociale : ce que couvre votre accord bilatéral
La Suisse et les États-Unis ont signé un accord de sécurité sociale (totalization agreement) qui permet aux professionnels travaillant temporairement aux USA d'éviter de cotiser dans les deux systèmes simultanément. Si le séjour est prévu pour une durée maximale de cinq ans, les cotisations continuent en principe à être versées en Suisse.
Cependant, cela suppose que votre employeur suisse vous détache aux USA. Si vous êtes directement embauché par un employeur américain (comme Wicky avec Sporting KC), vous cotisez au régime américain, ce qui peut impacter votre futur droit aux rentes AVS/AI suisses.
Un conseiller en prévoyance peut calculer l'impact sur votre deuxième pilier et votre couverture AVS, et proposer des solutions pour maintenir votre protection sociale suisse.
Quand consulter un expert avant de partir aux États-Unis ?
La règle d'or : avant de signer quoi que ce soit. Une fois le contrat signé et le visa accordé, les marges de manœuvre se réduisent considérablement. Un audit pré-départ avec un conseiller en gestion de patrimoine international ou un avocat spécialisé en expatriation vous permettra de :
- Vérifier la structure fiscale optimale pour votre situation
- Négocier les protections manquantes dans votre contrat de travail
- Planifier la couverture sociale et la prévoyance pour la durée du mandat
- Préparer votre retour en Suisse sans mauvaise surprise
ExpertZoom met en relation les professionnels suisses envisageant une mission à l'étranger avec des experts en fiscalité internationale, en droit du travail et en gestion patrimoniale. Avant de faire vos valises, prenez le temps de consulter.
Ce contenu a une vocation informative générale et ne constitue pas un avis juridique ou fiscal personnalisé. Consultez un professionnel qualifié pour toute situation spécifique.

Laurent Rousseau