Ramon Zenhäusern n'est plus dans les cadres de Swiss-Ski. Le slalomeur valaisan de 31 ans, champion olympique de slalom par équipes à PyeongChang en 2018, a été officiellement écarté du programme national suisse en avril 2026, après deux saisons bien en deçà des attentes. Pour rester dans le cadre A, il fallait figurer dans le top 30 mondial : Zenhäusern a terminé 35e. Interrogé par Le Nouvelliste, le skieur a confié : « Je ne sais pas si je continue. »
Ce que signifie une exclusion du cadre national
Pour un athlète professionnel, perdre sa place dans un programme national ne signifie pas seulement perdre un badge ou un statut. C'est perdre l'accès à l'écosystème entier qui donne sens à sa vie depuis l'adolescence : les entraîneurs fédéraux, les stages collectifs, le matériel subventionné, et surtout, la certitude d'un avenir dans le sport.
Swiss-Ski a appliqué ses critères à la lettre : l'intégration au cadre A exige un classement mondial dans le top 30 de la spécialité. Avec seulement quatre résultats dans les 30 premiers lors de la saison 2025-26 — meilleur résultat : une 15e place —, Zenhäusern était hors critères. La décision était attendue, mais elle n'en reste pas moins brutale à vivre de l'intérieur.
Pour l'entourage, la chute est encore plus silencieuse que dans le cas d'une blessure physique. Il n'y a ni plâtre, ni opération, ni réadaptation programmée. Il y a juste une annonce, et après, le vide.
La santé mentale des athlètes en fin de carrière : un angle trop souvent négligé
Les sciences du sport documentent de mieux en mieux ce que vivent les athlètes en transition forcée. Selon une étude publiée dans le British Journal of Sports Medicine, plus d'un tiers des sportifs professionnels confrontés à une fin de carrière non planifiée présentent des symptômes d'anxiété ou de dépression dans les six mois qui suivent.
Ce n'est pas un hasard. Pour la majorité des athlètes d'élite, l'identité sportive a été construite sur vingt ans d'entraînement quotidien. Quand ce cadre disparaît — brusquement ou progressivement — le vide peut être déstabilisant, voire pathologique.
Dans le cas de Zenhäusern, la question du « que faire après » est désormais explicite. Ces questionnements, s'ils ne traduisent pas encore une détresse déclarée, peuvent s'aggraver rapidement sans accompagnement. D'autres profils suisses rappellent que même les plus grands champions ne sont pas à l'abri : l'article sur Marco Odermatt et la pression du champion illustre comment le succès sportif peut masquer une fragilité mentale réelle.
5 signaux d'alerte que les sportifs ignorent trop souvent
Un médecin du sport ou un psychologue spécialisé peut intervenir bien avant qu'une situation ne devienne critique. Voici les indicateurs à prendre au sérieux dès les premières semaines après un arrêt ou une exclusion :
1. La perte d'identité : « Sans ski, je ne suis plus rien. » Cette pensée, fréquente lors des transitions, signale une dépendance identitaire à l'activité sportive qui mérite un accompagnement structuré.
2. Le repli social : S'éloigner progressivement des coéquipiers, de la famille, des anciens partenaires d'entraînement est un signe précoce, souvent rationalisé comme « prendre du recul ».
3. Les troubles du sommeil : Insomnies, réveils nocturnes fréquents, difficultés à trouver un rythme de vie sans l'agenda d'entraînement — ces symptômes surviennent dès les premières semaines après l'arrêt.
4. Les comportements de substitution risqués : Certains athlètes cherchent à compenser le vide compétitif par des excès — sport amateur jusqu'à la blessure, décisions financières impulsives, consommation accrue d'alcool.
5. Les ruminations sur le passé : Rejouer mentalement les courses manquées, les erreurs d'entraînement, les « et si j'avais fait autrement » est un signal de difficulté à se projeter vers un avenir différent.
Quand et à qui s'adresser ?
Les recommandations des médecins du sport sont claires : une consultation préventive est pertinente dès qu'un changement de statut sportif significatif survient — même en l'absence de souffrance déclarée. Attendre que la crise soit visible revient à attendre qu'une blessure physique devienne irréversible.
En pratique, deux types d'experts peuvent intervenir :
Le médecin du sport réalise un bilan complet incluant des marqueurs biologiques (cortisol, bilan hormonal, testostérone) et un entretien clinique pour évaluer le niveau de détresse sous-jacente.
Le psychologue du sport, formé aux transitions de carrière, propose des techniques validées : thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT), redéfinition des objectifs de vie, reconstruction de l'identité post-sportive.
En Suisse, certaines consultations de médecine du sport sont remboursées par l'assurance-maladie obligatoire (LAMal) sur prescription médicale. Il est recommandé de se renseigner auprès de sa caisse-maladie avant la consultation.
Ce que le cas Zenhäusern révèle d'un problème plus large
Zenhäusern n'est pas un cas isolé. Chaque saison en Suisse, des dizaines d'athlètes vivent une exclusion de cadre, une blessure invalidante ou un arrêt forcé — souvent après une vie entière construite autour d'un seul projet sportif. La question dépasse même le sport professionnel : des millions de Suisses pratiquent un sport de compétition amateur — du football du dimanche à la course à pied en club — et peuvent un jour faire face à l'arrêt.
Reconnaître que la transition sportive est un événement à risque pour la santé mentale, au même titre qu'un licenciement ou une rupture, est la première étape. Consulter un médecin ou un psychologue avant d'en ressentir l'urgence absolue, c'est la seconde.
Cet article est informatif et ne se substitue pas à un avis médical. En cas de détresse psychologique persistante, consultez un professionnel de santé qualifié.
