Le 29 juin 2026, à Monterrey, Cody Gakpo a marqué pour les Pays-Bas face au Maroc lors des huitièmes de finale de la Coupe du Monde — et ses larmes ont fait le tour de la planète. Quelques jours plus tôt, le joueur de Liverpool avait annoncé la perte de son fils à naître. Ce moment bouleversant a mis en lumière une réalité que des milliers de familles suisses connaissent : le deuil périnatal.
Un but chargé d'une douleur universelle
À la 72e minute du match Pays-Bas – Maroc, Gakpo a décroché un tir entre les jambes du gardien Bono, inscrivant son troisième but de cette Coupe du Monde 2026. Ce n'est pas l'exploit sportif qui a retenu l'attention : c'est l'image de l'attaquant effondré sur la pelouse, les yeux baignés de larmes, le doigt pointé vers le ciel. Sa compagne, Noa van der Bij, avait annoncé le samedi précédent que leur bébé, attendu pour octobre, n'était plus en vie.
Ses coéquipiers se sont précipités autour de lui pour former un cercle de soutien visible devant des millions de téléspectateurs. La rencontre s'est terminée 1-1 après les prolongations, mais l'émotion de Gakpo a dépassé le cadre sportif pour toucher à quelque chose d'universel. En quelques heures, les réseaux sociaux ont été submergés de témoignages de parents ayant vécu la même tragédie — des histoires souvent enfouies depuis des années.
En Suisse, selon l'Office fédéral de la statistique, environ 3 000 naissances sans vie sont enregistrées chaque année, sans compter les fausses couches survenant avant 22 semaines d'aménorrhée. Ces pertes représentent des milliers de familles plongées dans une douleur souvent silencieuse, peu reconnue socialement, et encore insuffisamment accompagnée sur le plan médical et psychologique.
Qu'est-ce que le deuil périnatal ?
Le deuil périnatal désigne la perte d'un enfant survenant pendant la grossesse, à la naissance ou dans les premiers jours de vie. Il englobe les fausses couches précoces, les morts fœtales in utero, les décès néonataux, ainsi que les interruptions médicales de grossesse pour raison fœtale ou maternelle.
Contrairement au deuil d'un proche adulte, le deuil périnatal frappe avant même que le lien social avec l'enfant ait été pleinement établi aux yeux du monde. Les parents — et les pères en particulier, encore trop souvent oubliés dans les dispositifs d'aide — peuvent se retrouver profondément isolés dans leur peine. L'entourage ne sait pas toujours comment réagir, minimise parfois la perte, ou encourage trop rapidement à « passer à autre chose ».
Cette invisibilité sociale aggrave la souffrance. Des études publiées dans The Lancet révèlent que 20 à 30 % des femmes ayant vécu une fausse couche présentent des symptômes de dépression ou d'anxiété clinique dans l'année qui suit. Chez les hommes, les chiffres sont comparables mais restent encore largement sous-diagnostiqués.
Le deuil périnatal peut également affecter les frères et sœurs de l'enfant perdu, qui perçoivent que quelque chose de grave s'est produit mais manquent souvent de mots pour l'exprimer. Un accompagnement adapté peut aussi leur être proposé, en fonction de leur âge.
Les signaux qui doivent alerter
Il est normal de ressentir une tristesse profonde, un vide, de la colère ou de la culpabilité après la perte d'un bébé. Ces réactions font partie du processus de deuil naturel. Mais certains signes doivent conduire à consulter rapidement un professionnel de santé :
- Insomnie persistante ou cauchemars répétés depuis plus de trois semaines
- Pensées intrusives incontrôlables liées à la perte ou à la culpabilité
- Isolement social prononcé et abandon des activités habituelles
- Sentiment de responsabilité ou de honte disproportionné face à la perte
- Consommation accrue d'alcool, de médicaments ou d'autres substances
- Idées noires ou pensées d'automutilation
Chez les hommes, ces symptômes s'expriment souvent différemment : irritabilité marquée, surinvestissement professionnel, ou effondrement différé survenant des semaines après la perte. Les couples traversant un deuil périnatal présentent également un risque accru de tensions relationnelles graves, voire de séparation.
Quand et comment consulter un professionnel ?
Il n'existe pas de « bon moment » pour aller chercher de l'aide — et les spécialistes de la périnatalité recommandent unanimement de ne pas attendre que les symptômes s'aggravent. Un médecin généraliste peut orienter vers un psychologue ou un psychiatre spécialisé. En Suisse, de nombreuses maternités disposent de cellules de soutien psychologique accessibles dès les premiers jours après une perte.
Un expert en santé mentale peut aider les parents à traverser plusieurs étapes essentielles : nommer l'enfant perdu, créer des rituels symboliques de séparation, élaborer le deuil sans le nier, et réapprendre à envisager l'avenir — y compris une future grossesse — sans être paralysé par la peur ou la culpabilité. Le suivi peut être individuel, en couple, ou en groupe de parole.
L'Office fédéral de la santé publique (OFSP) rappelle que la santé mentale des parents est un pilier fondamental du bien-être familial à long terme. Chercher de l'aide n'est pas un signe de faiblesse, mais une décision courageuse. Des ressources et orientations professionnelles sont disponibles sur bag.admin.ch.
Le Mondial 2026, révélateur inattendu de tabous sociaux
La Coupe du Monde 2026 a offert de nombreux rebondissements sportifs — retrouvez l'ensemble du tableau et des résultats sur le calendrier complet de la Coupe du Monde 2026. Mais rares sont les instants qui ont touché à quelque chose d'aussi profondément humain que le but de Cody Gakpo face au Maroc le 29 juin.
En choisissant de jouer — et de pleurer — devant des millions de téléspectateurs, le joueur néerlandais a involontairement brisé un tabou. Des parents du monde entier ont partagé leurs propres histoires de deuil périnatal, souvent vécues dans le silence faute d'espace pour les exprimer. En Suisse comme ailleurs, cette réalité reste encore trop peu visible.
Les ressources existent, les professionnels sont formés, et l'accompagnement peut faire une vraie différence dans la capacité d'une famille à traverser cette épreuve et à se reconstruire. Ne pas traverser ça seul, c'est aussi une forme de courage.
Avertissement : cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical professionnel. En cas de détresse, consultez sans délai un médecin ou un psychologue qualifié.

Clémence Dupont