Le 21 avril 2026, l'université américaine Purdue a annoncé les premiers lauréats du prix Neil Armstrong : l'équipe SpaceX chargée de la récupération des boosters du Falcon 9 a reçu cette distinction inaugurale. Quelques semaines plus tôt, le 1er avril, la NASA lançait la mission Artemis II — premier retour d'astronautes en orbite lunaire depuis Apollo 17 en 1972. En mars, des photographies inédites de Neil Armstrong après l'urgence spatiale de Gemini 8 en 1966 avaient été données à un musée de l'Ohio. Ces trois événements convergent vers une question rarement posée : que vaut le nom d'un pionnier pour sa famille, et comment le protéger juridiquement ?
Le nom de Neil Armstrong, actif patrimonial encore vivant
Neil Armstrong est décédé le 25 août 2012 à l'âge de 82 ans. Pourtant, son nom continue de générer de la valeur : un prix universitaire porte désormais son patronyme, des archives inédites refont surface, et une mission spatiale s'inscrit dans sa continuité historique directe.
Dans de nombreux pays, les droits à l'image et au nom d'une personnalité décédée peuvent continuer d'appartenir aux héritiers pendant des décennies. Aux États-Unis, ces droits posthumes varient selon les États : la Californie protège le droit à la personnalité jusqu'à 70 ans après la mort. En Suisse, le Code civil offre une protection limitée mais réelle de la personnalité des défunts, notamment contre les atteintes à leur mémoire ou à leur réputation.
Artemis II : quand l'histoire spatiale réactive les successions
Le lancement de la mission Artemis II le 1er avril 2026, tel que documenté sur le site officiel de la NASA, replace Neil Armstrong au cœur de l'actualité mondiale. Pour la première fois depuis plus de 50 ans, des astronautes ont orbitent autour de la Lune. Les médias ont naturellement rappelé le rôle historique d'Armstrong lors d'Apollo 11 en juillet 1969 — et, par extension, la valeur symbolique et commerciale continue de son héritage.
Pour les familles de personnalités historiques, ce type de renaissance médiatique pose une question concrète : à quelle entité appartient le droit d'autoriser ou de refuser l'utilisation du nom de leur proche dans des contextes commerciaux, institutionnels ou médiatiques ? Un prix universitaire peut-il être créé sans l'accord des héritiers ? Une série documentaire peut-elle utiliser des archives familiales non publiées ? Ces questions, loin d'être théoriques, engagent des enjeux financiers réels.
Les trois outils pour protéger le nom d'un proche disparu
Les conseillers en gestion de patrimoine identifient trois leviers principaux pour protéger la mémoire et le nom d'une personnalité décédée, qu'il s'agisse d'un pionnier, d'un artiste ou d'un chef d'entreprise.
Le testament avec dispositions spécifiques. En Suisse, le testateur peut inclure des clauses précises sur l'utilisation post-mortem de son image, de son nom et de ses archives personnelles. Il peut désigner un héritier ou une fondation comme gestionnaire exclusif de ses droits de personnalité, avec des règles claires sur ce qui peut ou non être autorisé.
La fondation dédiée. Les familles de personnalités importantes créent souvent une fondation qui devient le gardien officiel de l'héritage. La fondation Armstrong, active depuis des décennies, gère la mémoire de l'astronaute selon des règles définies. Ce modèle juridique, reconnu en Suisse comme à l'international, offre une protection institutionnelle durable et permet d'encadrer les usages commerciaux du nom.
L'enregistrement de la marque. Le nom d'une personnalité peut être déposé comme marque commerciale de son vivant ou par ses héritiers après le décès. Cette démarche protège contre les utilisations non autorisées — publicité, produit dérivé, contenu numérique — et permet d'exiger une licence pour toute exploitation commerciale du nom ou de l'image.
Voir aussi : ce que le biopic Michael Jackson enseigne sur la succession d'un artiste.
Pourquoi la Suisse est une base solide pour ce type de patrimoine
La Suisse offre plusieurs avantages pour la gestion de patrimoines liés à des droits de personnalité : stabilité juridique, cadre du Code civil bien établi, réseau de fondations éprouvé, et discrétion relative du système légal. Plusieurs fondations dédiées à des personnalités internationales ont leur siège en Suisse, bénéficiant notamment du régime fiscal favorable accordé aux entités à but culturel ou mémoriel.
Pour les familles résidant en Suisse qui gèrent un héritage immatériel — droit à l'image, archives, droits d'auteur, nom commercial — un conseiller en gestion de patrimoine peut identifier les risques d'exposition et proposer des structures adaptées à leur situation.
La récente complexité autour de la succession de l'artiste Dave, décédé en 2026, illustre les difficultés auxquelles se heurtent les familles sans planification préalable, même pour des personnalités moins médiatiques qu'un astronaute.
Ce que l'exemple Armstrong enseigne à toutes les familles
L'histoire de Neil Armstrong — dont le nom est aujourd'hui associé à un prix universitaire, à une mission spatiale et à des archives nouvellement découvertes — est une leçon universelle en matière de patrimoine immatériel.
Vous n'avez peut-être pas marché sur la Lune. Mais votre nom, votre image, vos créations, vos archives numériques ou votre propriété intellectuelle représentent un actif réel que vos héritiers devront gérer après votre décès. Sans planification anticipée, ces actifs peuvent être exploités sans consentement, perdre de la valeur faute de protection, ou générer des conflits familiaux coûteux.
La création du prix Neil Armstrong par Purdue n'est pas seulement un hommage : c'est aussi la preuve que les noms des pionniers conservent une force d'attraction commerciale bien au-delà de leur vie. Protéger cet héritage est une décision qui s'anticipe, pas une urgence qui se gère après coup.
Avertissement : cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en gestion de patrimoine. Consultez un spécialiste pour évaluer votre situation personnelle.
Un conseiller en gestion de patrimoine peut vous aider à structurer la transmission de vos actifs immatériels, à rédiger des dispositions testamentaires adaptées et à envisager la création d'une entité juridique pour protéger durablement votre héritage familial.

Isabelle Rey