Le 14 mai 2026, cinq plongeurs italiens ont perdu la vie dans les grottes sous-marines de l'atoll de Vaavu, aux Maldives. Parmi eux, Monica Montefalcone, 52 ans, professeure associée d'écologie marine à l'Université de Gênes et référence mondiale sur les herbiers de posidonie, ainsi que sa fille Giorgia Sommacal, 22 ans. Cette tragédie a touché des milliers de personnes à travers l'Europe. Elle a aussi mis en lumière une réalité que beaucoup de voyageurs suisses ignorent : mourir à l'étranger déclenche une série de procédures juridiques complexes que vos proches devront affronter au moment le plus difficile de leur vie.
Ce qui s'est passé aux Maldives
Monica Montefalcone et sa fille faisaient partie d'un groupe de cinq plongeurs expérimentés qui exploraient des cavernes sous-marines dans l'atoll de Vaavu. D'après les premiers éléments communiqués par les autorités maldivaises, une perte d'orientation dans le réseau de grottes aurait été fatale au groupe. Monica Montefalcone était non seulement une scientifique reconnue, mais aussi une plongeuse chevronnée, impliquée dans des projets de conservation marine comme Talassa et GhostNet. Sa mort illustre crûment que l'expérience ne protège pas de tout.
La tragédie a immédiatement soulevé des questions pratiques pour les familles : qui prend en charge le rapatriement des corps ? L'assurance voyage couvre-t-elle ce cas ? Qui hérite, et selon quelle loi ? Pour les ressortissants suisses voyageant à l'étranger, ces questions ont des réponses précises — à condition de les connaître à l'avance.
Ce que prévoit le droit suisse en cas de décès à l'étranger
Lorsqu'un ressortissant suisse décède hors de Suisse, plusieurs niveaux de droit entrent en jeu simultanément : le droit local du pays du décès, le droit international privé suisse et les conventions bilatérales éventuellement applicables.
Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) est le premier interlocuteur en cas de décès d'un Suisse à l'étranger. La représentation consulaire suisse dans le pays du décès joue un rôle central : elle informe les proches, facilite les démarches administratives locales et coordonne le rapatriement. Ce service est gratuit, mais il ne prend pas en charge les coûts.
En Suisse, la succession est régie par la loi du dernier domicile du défunt (art. 90 LDIP). Cela signifie que si Monica Montefalcone avait été suisse et résidait à Zurich, la loi suisse se serait appliquée à sa succession — peu importe que son décès ait eu lieu aux Maldives.
4 étapes juridiques essentielles pour les héritiers
1. Contacter immédiatement la représentation consulaire suisse
La première action, dans les heures qui suivent le décès, est de joindre l'ambassade ou le consulat suisse dans le pays concerné. En dehors des heures de bureau, la Helpline DFAE est disponible 24h/24 au +41 800 24-7-365. Le consulat aide à identifier le défunt officiellement, à délivrer un acte de décès local et à prendre contact avec les proches en Suisse.
2. Activer l'assurance rapatriement
Le rapatriement d'un corps peut coûter entre 10 000 et 40 000 CHF selon la destination. Cette somme n'est couverte ni par l'assurance maladie de base (LAMal), ni par une simple assurance voyage standard. Elle nécessite une assurance rapatriement spécifique — souvent incluse dans des contrats premium ou souscrite séparément. Il est crucial de vérifier la police avant le départ, car certains contrats excluent les sports à risque, dont la plongée sous-marine en milieu confiné.
3. Ouvrir la procédure successorale en Suisse
Dès le retour, les héritiers doivent contacter un avocat ou un notaire pour ouvrir la succession. Le tribunal compétent est celui du dernier domicile du défunt en Suisse. Les héritiers disposent généralement de trois mois pour répudier la succession si le passif est supérieur à l'actif. Passé ce délai, la succession est acceptée tacitement.
4. Régler les questions de droit international
Dans certains pays — dont les Maldives — des formalités locales doivent être accomplies avant que le corps puisse être rapatrié ou que les biens sur place puissent être récupérés. Un avocat suisse peut mandater un correspondant local et coordonner ces démarches depuis la Suisse. Les délais peuvent s'étirer sur plusieurs semaines, voire mois, selon les pays.
L'assurance voyage : ce qu'elle couvre vraiment
La mort d'une plongeuse expérimentée comme Monica Montefalcone soulève une question que beaucoup évitent : votre assurance voyage vous couvre-t-elle si vous pratiquez une activité considérée comme dangereuse ?
En Suisse, les polices d'assurance voyage varient considérablement selon les prestataires. La règle générale est la suivante :
- La plongée récréative en eau libre est souvent couverte par défaut.
- La plongée en caverne ou en grotte est fréquemment exclue car classée comme sport à haut risque.
- Le rapatriement d'un corps n'est couvert que si la police inclut explicitement cette prestation.
Avant tout voyage comportant des activités sportives, il est conseillé de lire attentivement les conditions générales et, en cas de doute, de consulter un professionnel. Comme le rappellent les risques liés à la plongée et le droit des assurances suisses, même des plongeurs chevronnés se retrouvent face à des refus d'indemnisation.
Comment anticiper pour protéger vos proches
La mort de Monica Montefalcone et de sa fille rappelle qu'aucun voyageur, aussi expérimenté soit-il, n'est à l'abri. Quelques dispositions simples prises à l'avance peuvent éviter à vos proches un parcours du combattant administratif en plein deuil :
- Rédigez ou mettez à jour votre testament avant tout voyage à l'étranger, en précisant clairement vos volontés.
- Informez vos proches de l'existence et de la localisation de vos documents importants (police d'assurance, actes de propriété, comptes bancaires).
- Vérifiez votre couverture assurance : rapatriement, sports à risque, assistance juridique.
- Désignez un mandataire capable d'agir rapidement en votre nom en cas d'urgence.
Quand consulter un avocat ou un conseiller en gestion de patrimoine ?
Deux situations nécessitent impérativement un professionnel : lorsque la succession est complexe (biens à l'étranger, héritiers internationaux, dettes) et lorsque l'assurance refuse d'indemniser. Dans les deux cas, le délai est court et chaque jour compte.
Sur Expert Zoom, des avocats spécialisés en droit successoral et en droit international privé peuvent vous accompagner dès les premières heures. Une consultation initiale permet souvent de clarifier rapidement vos droits et d'éviter des erreurs coûteuses.
Cet article a une portée informative générale. Il ne constitue pas un avis juridique ou financier. Pour toute situation spécifique, consultez un professionnel qualifié.
