La Suisse affronte la Norvège en demi-finale du Championnat du monde de hockey 2026 ce samedi 30 mai à 20h00 à Zurich, après avoir battu la Suède 3-1 jeudi. Selon Blick, la billetterie est saturée et des dizaines de milliers de fans suivront le match en public viewing : terrasses, restaurants, jardins privés, projecteurs sur draps tendus. La Norvège, elle, atteint pour la première fois de son histoire les demi-finales mondiales.
Le scénario d'un public viewing massif pose une question concrète et souvent ignorée : quels sont vos droits — et vos obligations — quand vos voisins regardent ou retransmettent le match jusque tard dans la nuit ?
22h00 : l'heure où le droit suisse change de ton
L'ordonnance fédérale sur la protection contre le bruit (OPB) et le règlement de police de la plupart des communes suisses fixent à 22h00 le début du « repos nocturne ». Concrètement, après cette heure, le seuil de tolérance pour le bruit baisse fortement, et un voisin peut signaler une nuisance même pour un téléviseur trop fort ou des cris répétés.
Le match commence à 20h00. Avec 20 minutes de tiers-temps et deux pauses, la sirène finale tombe rarement avant 22h30 — sans compter les prolongations. Si la Suisse arrache la qualification pour la finale du dimanche, la fête peut durer jusqu'à 2h du matin. Un avocat en droit du voisinage souligne qu'une fête de fans n'a pas de statut juridique privilégié : le « droit au sport » n'existe pas dans le Code civil suisse.
Trois plaintes type que les juristes voient revenir
Les avocats spécialisés en droit du voisinage et droit immobilier rapportent trois cas récurrents lors des grands événements sportifs :
- Bruit excessif après 22h00 : un voisin peut appeler la police municipale, qui intervient et peut dresser une contravention. L'amende prévue par les règlements de police communaux varie selon la commune, généralement entre 50 et 500 CHF par infraction constatée.
- Atteinte à la personnalité : si la nuisance se répète (matchs successifs sur plusieurs nuits), un voisin peut introduire une action civile fondée sur l'article 28 du Code civil ou sur l'article 684 CC (rapports de voisinage). Ces procédures sont longues mais peuvent aboutir à des dommages-intérêts.
- Locataires sanctionnés : un bail à loyer peut prévoir des règles internes plus strictes que la loi. Un locataire qui organise un public viewing bruyant sans en informer la régie ou le bailleur risque un avertissement, voire à la troisième occurrence une résiliation pour justes motifs (article 257f CO).
Diffuser le match en terrasse de restaurant : attention au droit d'auteur
Pour les cafés, restaurants et bars qui retransmettent les demi-finales et la finale, le risque juridique ne se limite pas au bruit. La diffusion publique d'une émission télévisée ou d'un flux sportif tombe sous le régime du droit d'auteur géré en Suisse par Suisa et Swissperform. Un établissement qui projette le match sans tarif commun valide s'expose à un rappel de redevances avec majoration, généralement entre 200 et 600 CHF selon la taille de l'écran et la capacité d'accueil.
Selon un avocat en propriété intellectuelle, les redevances doivent être réglées avant la diffusion. Les tarifs « événements ponctuels » existent et coûtent moins cher qu'un abonnement annuel pour un match isolé. La SRG SSR couvre la diffusion gratuite à titre privé, mais pas la rediffusion commerciale.
Si vous êtes le voisin gêné : trois étapes avant la judiciarisation
Plutôt que de monter directement les marches du tribunal, les juristes recommandent une démarche progressive :
- Avertir poliment : un message ou une visite avant 22h pour signaler que vous avez prévu de dormir tôt suffit dans 70 à 80 % des cas, selon plusieurs études sur les conflits de voisinage en Suisse alémanique.
- Faire constater par la police : si le bruit perdure après 22h00, appelez la police municipale. Le constat écrit servira de preuve dans une éventuelle procédure ultérieure.
- Saisir la commission de conciliation en matière de bail (pour les locataires) ou un juge de paix (pour les propriétaires). La conciliation est obligatoire avant toute action civile et reste gratuite ou très peu coûteuse.
Un avocat en droit du voisinage rappelle aussi que la médiation, proposée dans la plupart des cantons romands et alémaniques, est souvent plus rapide que la voie judiciaire et préserve les relations à long terme.
Public viewing et assurance responsabilité civile
Dernier point souvent oublié : si votre projecteur tombe sur la voiture de votre voisin pendant la prolongation, ou si un invité se blesse en glissant sur votre terrasse, votre assurance responsabilité civile privée ne couvre pas forcément les dégâts liés à un événement avec plus de 10 à 15 invités. Au-delà de ce seuil, certaines polices considèrent qu'il s'agit d'une « fête organisée » et exigent une extension ponctuelle.
Avant d'inviter 30 personnes à regarder la finale chez vous, un appel à votre assureur ou à un courtier en assurances peut éviter une mauvaise surprise. Selon les contrats, la couverture spécifique pour un événement ponctuel coûte entre 30 et 80 CHF.
Ce qu'il faut retenir
Soutenir l'équipe nationale n'efface ni l'OPB, ni les règlements de police, ni les obligations envers Suisa. Si vous organisez un public viewing samedi pour la demi-finale ou dimanche pour une éventuelle finale, restez prudent après 22h00, vérifiez votre couverture d'assurance, et — pour les établissements — réglez vos redevances avant le coup d'envoi.
Pour les conflits de voisinage qui surgissent après un grand événement sportif, ou pour clarifier vos obligations en tant que cafetier-restaurateur, les avocats en droit du voisinage et en propriété intellectuelle référencés sur Expert Zoom couvrent l'ensemble de la Suisse romande et alémanique. Une consultation préventive coûte généralement moins cher qu'une amende ou un rappel de redevances après les faits.

Sophie Favre