Demain, 1er juin 2026, Marilyn Monroe aurait eu 100 ans. Pour marquer ce centenaire, une grande exposition "Hollywood Icon" vient d'ouvrir ses portes le 28 mai 2026 à l'Academy Museum of Motion Pictures de Los Angeles, pendant que des sosies tentaient un record du monde à Palm Springs. À Paris, la Cinémathèque française lui consacre une rétrospective jusqu'au 26 juillet 2026. Mais au-delà de la nostalgie, une question juridique fascinante se pose : 64 ans après sa mort, qui détient réellement les droits sur l'image de Marilyn Monroe — et que dit la loi suisse sur ce sujet ?
Une image qui vaut des millions après la mort
Décédée le 4 août 1962, à l'âge de 36 ans, Marilyn Monroe continue de générer des dizaines de millions de dollars chaque année. Sa succession a d'abord été transmise à son professeur d'art dramatique Lee Strasberg, qui avait reçu environ 75 % de sa propriété intellectuelle. En 2011, la totalité de la succession a été rachetée par Authentic Brands Group (ABG) pour un montant estimé entre 20 et 30 millions de dollars. Aujourd'hui, c'est ABG qui octroie les licences pour l'utilisation de son image sur des produits, films, expositions et campagnes publicitaires dans le monde entier.
Ce montage illustre une réalité juridique et économique : l'image d'une célébrité décédée peut continuer à constituer un actif commercial considérable, à condition d'être structurée dès son vivant — ou de manière proactive par ses héritiers. Mais qu'en est-il précisément en droit suisse ?
Le droit suisse et les droits à l'image : un cadre spécifique
En Suisse, le droit à l'image d'une personne vivante est protégé par le droit de la personnalité, inscrit aux articles 28 et suivants du Code civil suisse. Une personne peut s'opposer à l'utilisation de sa photographie, de son nom ou de sa voix sans son consentement. Cette protection est forte et directement actionnable devant les tribunaux suisses.
Mais à la mort de la personne, ce droit à la personnalité s'éteint. C'est là que la situation se complique. En droit suisse, il n'existe pas de "droit à l'image post mortem" aussi explicite que dans d'autres juridictions, comme en Allemagne (où le droit à l'image est protégé pendant 10 ans après la mort). Cela ne signifie pas pour autant que l'image d'un défunt peut être librement utilisée à des fins commerciales en Suisse.
Plusieurs mécanismes de protection subsistent après le décès. Premièrement, le droit d'auteur s'applique aux créations artistiques (photos, films, peintures) dans lesquelles la célébrité apparaît : l'autorisation de l'auteur — le photographe ou le réalisateur — est nécessaire pour toute exploitation commerciale. Deuxièmement, si le nom ou le visage d'une personnalité a été enregistré comme marque de son vivant, les héritiers peuvent continuer à faire valoir cette protection. Troisièmement, les héritiers disposent d'une protection contre les actes qui porteraient atteinte à la mémoire du défunt, notamment les utilisations qui seraient injurieuses ou contraires à la dignité de la personne décédée.
Ce que le cas Monroe enseigne à la Suisse
Le cas Marilyn Monroe illustre les limites d'une stratégie patrimoniale non anticipée. Son image n'avait pas été déposée comme marque de son vivant, et les droits ont été gérés de manière fragmentée pendant des décennies avant d'être rachetés et structurés par un acteur professionnel. À titre de comparaison, des artistes contemporains — David Bowie ou Michael Jackson — ont pris soin de créer des structures juridiques pour protéger et monétiser leur image de façon durable. Le cas des biopics sur Michael Jackson illustre bien ces enjeux : les héritiers d'un artiste décédé peuvent encore exercer un contrôle important sur son image, à condition que les droits aient été correctement structurés.
Pour une personnalité publique basée en Suisse — un chef d'entreprise, un athlète, un artiste — la gestion préventive des droits à l'image est une démarche à envisager sérieusement. Elle peut inclure le dépôt de marques auprès de l'Institut Fédéral de la Propriété Intellectuelle, la mise en place de contrats de licence précis pour chaque utilisation commerciale, et la création d'une structure patrimoniale destinée à transmettre ces actifs à ses héritiers.
Que faire si votre image est utilisée sans votre accord ?
Même une personne "ordinaire" peut être confrontée à l'utilisation non consentie de son image — sur les réseaux sociaux, dans une publicité ou dans un document professionnel. En droit suisse, les recours sont clairs : une action en cessation (pour faire retirer l'image) peut être engagée rapidement, assortie d'une demande de dommages-intérêts si l'usage a causé un préjudice.
Comme l'illustre le cas du chanteur Dave, décédé en 2024, la mort ne met pas fin aux obligations des tiers envers l'image d'une personne. Des procédures peuvent être engagées au nom des héritiers pour protéger la mémoire et les intérêts commerciaux du défunt.
Consulter un avocat : pour qui, et à quel moment ?
La protection des droits à l'image ne concerne pas uniquement les célébrités. Toute personne dont l'image est susceptible d'être utilisée à des fins commerciales — athlètes locaux, influenceurs, dirigeants d'entreprise, enseignants ou thérapeutes qui développent une visibilité publique — a intérêt à se faire conseiller en amont.
Un avocat spécialisé en propriété intellectuelle peut évaluer l'étendue des droits existants sur votre image, vous conseiller sur l'opportunité de déposer des marques couvrant votre nom ou votre image, rédiger des contrats de cession ou de licence adaptés à chaque utilisation commerciale, et défendre vos droits en cas d'usage non autorisé.
Sur Expert Zoom, des avocats spécialisés en droit de la propriété intellectuelle et en protection de l'image sont disponibles en consultation. Marilyn Monroe n'avait pas d'Expert Zoom. Vous, si.
Avertissement : Cet article a une vocation informative générale. Il ne constitue pas un avis juridique personnalisé. Consultez un avocat pour toute situation spécifique.

Marc Clément