Le 20 novembre 2025, Lara Gut-Behrami chutait à l'entraînement sur les pistes de Copper Mountain aux États-Unis. Le diagnostic tombé quelques jours plus tard était sévère : rupture du ligament croisé antérieur, rupture du ligament latéral interne et lésion méniscale au genou gauche — une triple atteinte qui lui coûte non seulement sa saison 2025-2026, mais aussi sa participation aux Jeux Olympiques de Milano Cortina 2026. En ce mois d'avril 2026, la championne suisse est en pleine rééducation intensive à Lugano, et les médecins restent prudemment optimistes quant à son retour sur les skis.
Le cas de la skieuse tessinoise — championne olympique de super-G à Pékin 2022 — met en lumière une réalité médicale qui concerne bien au-delà des athlètes de haut niveau : les blessures du genou sont l'une des pathologies les plus complexes à gérer, et elles touchent des milliers de sportifs amateurs suisses chaque hiver.
Une triple lésion d'une rare complexité
La blessure de Lara Gut-Behrami est particulièrement sévère parce qu'elle combine trois structures différentes du même genou. Le Dr Maxime Grosclaude, médecin du sport à l'Hôpital La Tour de Meyrin, a analysé publiquement le cas : « La procédure chirurgicale est différente, notamment en ce qui concerne le choix du greffon pour la reconstruction du ligament croisé, mais le processus de guérison n'est ni plus long ni plus difficile en cas de récidive. »
Cette précision est importante pour les sportifs suisses : une deuxième blessure sur le même genou ne condamne pas nécessairement à une rééducation plus longue que la première. Ce que Gut-Behrami avait déjà vécu en 2017 — une rupture du ligament croisé antérieur — lui donne aujourd'hui un avantage psychologique rare : elle connaît chaque étape de la récupération.
Selon les protocoles de médecine sportive, les athlètes professionnels retournent en compétition « entre 6 et 8 mois après l'opération ». Pour un sportif amateur, ce délai peut être plus long selon l'âge, le niveau d'activité physique de base et la qualité de la rééducation post-opératoire.
Le genou en hiver : une articulation particulièrement vulnérable
En Suisse, les sports d'hiver génèrent chaque saison des milliers de blessures ligamentaires. Selon les données publiées par Swiss-Ski et les centres médicaux alpins, les ruptures de ligaments croisés représentent l'une des blessures les plus fréquentes sur les pistes. Le ski alpin, le snowboard, mais aussi le hockey sur glace exposent l'articulation du genou à des contraintes mécaniques importantes.
La spécificité du ski alpin réside dans le mécanisme de blessure : lors d'une chute à haute vitesse, la combinaison entre la chaussure rigide fixée à la ski et la rotation du corps crée des forces de torsion que le genou ne peut pas absorber. C'est exactement ce type de mécanisme qui a affecté Gut-Behrami lors de sa chute à l'entraînement.
Pour les skieurs amateurs qui se demandent si leur gêne ou leur douleur au genou justifie une consultation médicale, la réponse est généralement oui — et le plus tôt possible.
Trois signaux qui nécessitent une consultation immédiate
Les médecins du sport identifient trois signes qui doivent alerter immédiatement après une chute ou un choc au genou :
Un craquement audible au moment du traumatisme. Ce son caractéristique — souvent décrit comme un « pop » — peut indiquer une rupture ligamentaire. Dans le cas de Gut-Behrami, les témoins sur les pistes ont rapporté avoir entendu ce bruit lors de sa chute. Un craquement ne signifie pas toujours une rupture complète, mais justifie systématiquement une imagerie (IRM).
Une instabilité articulaire ressentie dans les jours suivants. Le genou donne l'impression de « partir » sous le poids du corps, notamment dans les escaliers ou les changements de direction. C'est le signe fonctionnel le plus révélateur d'une atteinte du ligament croisé antérieur.
Un gonflement important dans les 24 premières heures. Un hémarthrose — épanchement de sang dans l'articulation — est présent dans plus de 70 % des ruptures du LCA. Si votre genou double de volume après une chute, ne tardez pas à consulter.
La rééducation : un processus en trois phases que vous ne pouvez pas accélérer
Le Dr Grosclaude a détaillé les trois phases de la récupération après une chirurgie ligamentaire. Cette progression s'applique aussi bien aux athlètes d'élite qu'aux skieurs du dimanche :
La phase post-opératoire immédiate se concentre sur la gestion de la douleur et la résorption de l'œdème. Elle dure généralement deux à quatre semaines selon les protocoles chirurgicaux actuels.
La phase de rééducation fonctionnelle restaure la force musculaire (notamment les quadriceps et les ischio-jambiers) et la proprioception — cette capacité du genou à percevoir sa position dans l'espace, essentielle pour éviter les récidives. C'est la phase la plus longue, souvent de quatre à six mois.
La phase de retour progressif au sport implique une reprise graduée des activités, d'abord sans pivot ni contact, puis avec une progressivité contrôlée. Un retour trop précoce est la cause principale des récidives.
Lara Gut-Behrami, à 34 ans, bénéficie d'un accompagnement quotidien de physiothérapeutes spécialisés. Pour un sportif amateur qui reprend le ski ou le sport collectif après une telle blessure, il est fortement recommandé de ne pas interrompre le suivi médical avant d'avoir obtenu le feu vert d'un médecin du sport.
Quand consulter un spécialiste : le bon réflexe suisse
En Suisse, le système de santé permet de consulter directement un médecin du sport ou un orthopédiste sans nécessairement passer par un généraliste. Cette accessibilité est un avantage que de nombreux sportifs n'utilisent pas assez — souvent par minimisation des symptômes (« c'est juste une entorse »).
Le cas Gut-Behrami rappelle qu'attendre peut transformer une blessure gérée rapidement en une convalescence de neuf mois. Un médecin du sport expérimenté peut établir en une consultation les priorités : imagerie urgente ou non, immobilisation, protocole de rééducation adapté à votre niveau d'activité.
Sur Expert Zoom, vous pouvez trouver des médecins du sport et des spécialistes en orthopédie dans toute la Suisse romande, disponibles pour vous orienter rapidement après une blessure ou pour un bilan de santé sportif préventif.
Avertissement : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas un avis médical professionnel. En cas de blessure, consultez un médecin ou un professionnel de santé qualifié.
Pour plus d'informations sur les blessures des skieurs et les programmes de prévention en Suisse, consultez Swiss-Ski, la fédération nationale de ski alpin.
