Ce 14 juin 2026, des dizaines de milliers de femmes cessent le travail à travers toute la Suisse pour la Grève féministe. Au cœur de leurs revendications : des horaires compatibles avec la vie familiale, la fin des discriminations salariales et, surtout, une reconnaissance du prix payé sur la santé. Car derrière les banderoles et les slogans, les chiffres sont alarmants : 25 % des femmes actives en Suisse souffrent d'épuisement émotionnel au travail, contre 21 % des hommes, selon l'Office fédéral de la statistique.
Burnout au féminin : une réalité chiffrée et sous-estimée
L'enquête suisse sur la santé au travail, menée entre 2012 et 2022, révèle une tendance préoccupante : la part des femmes exposées à un risque de burnout a progressé de 20 % à 25 % en dix ans. Plus frappant encore, chez les jeunes femmes de 16 à 24 ans, le taux d'épuisement émotionnel atteint 41 %, soit près du triple du taux observé chez les jeunes hommes du même âge (14,4 %).
Ces données ne sont pas anodines. Elles expliquent en partie pourquoi la Grève féministe du 14 juin 2026 dépasse le simple symbole politique : pour beaucoup de travailleuses, il s'agit d'une question de survie professionnelle et personnelle. Selon les organisatrices, les horaires imposés, la pression constante et le manque de reconnaissance constituent des facteurs d'épuisement structurels.
À l'échelle nationale, le Job Stress Index de Promotion Santé Suisse a franchi pour la première fois en 2022 la barre des 30 % de personnes actives se sentant émotionnellement épuisées. Une personne sur six dit avoir déjà souffert d'un burnout clinique au cours de sa vie.
Le double fardeau : travail rémunéré et travail invisible
Ce qui distingue la situation des femmes, c'est l'accumulation. Selon les données recueillies par les collectifs organisateurs de la grève, 56 % des femmes interrogées assument des responsabilités de soin et d'éducation au sein de leur foyer après leur journée de travail rémunérée. Et 29 % s'occupent également de proches âgés ou malades.
Ce « double fardeau » — travailler à l'extérieur tout en assurant l'essentiel du travail domestique et de care — est reconnu par les professionnels de santé comme un facteur de risque majeur. La récupération physique et mentale se fait dans des fenêtres de plus en plus étroites. Le corps et l'esprit n'ont pas le temps de se régénérer.
À cela s'ajoute un écart salarial persistant : les femmes gagnent en moyenne 1 364 francs de moins par mois que les hommes en Suisse. Ce manque à gagner se traduit par une pression financière supplémentaire et un sentiment d'injustice chronique qui, lui aussi, pèse sur la santé mentale.
Les signes d'alerte à ne pas ignorer
Le burnout ne survient pas du jour au lendemain. Il s'installe progressivement, souvent confondu avec de la « fatigue normale ». Voici les signaux d'alarme que les spécialistes conseillent de prendre au sérieux :
- Épuisement persistant : se sentir vidée même après une nuit de sommeil complète
- Détachement émotionnel : perte d'intérêt pour le travail, cynisme, distance avec les collègues
- Baisse de l'efficacité : erreurs répétées, incapacité à se concentrer, procrastination
- Symptômes physiques : maux de tête fréquents, troubles digestifs, infections à répétition
- Irritabilité ou larmes sans raison apparente : instabilité émotionnelle marquée
- Difficultés à décrocher : penser au travail jusque dans son lit, incapacité à « éteindre »
Ces signaux peuvent apparaître progressivement sur plusieurs mois. Les ignorer expose à une aggravation qui peut mener à un arrêt de travail prolongé, une dépression ou des problèmes cardiovasculaires.
Quand consulter un spécialiste de santé ?
La question que de nombreuses femmes se posent est la suivante : à quel moment faut-il vraiment consulter ? La réponse des professionnels est claire : le plus tôt possible. Attendre que les symptômes deviennent handicapants retarde le rétablissement.
Un médecin généraliste peut poser un premier diagnostic et orienter vers un psychiatre, un psychologue ou un spécialiste en médecine du travail. Certains bilans peuvent être effectués via des questionnaires standardisés (comme le Maslach Burnout Inventory) pour objectiver l'état d'épuisement.
Les femmes ont tendance à minimiser leurs symptômes, à se dire qu'elles « tiennent encore » ou qu'elles ne peuvent pas se permettre de s'arrêter. Ce réflexe est lui-même un symptôme du problème : la culture du dépassement de soi qui prévaut dans de nombreux environnements professionnels est précisément ce que la Grève du 14 juin 2026 entend dénoncer.
En consultation, un professionnel de santé pourra évaluer la charge allostasique (l'accumulation de stress sur le long terme), proposer des ajustements de rythme, un soutien thérapeutique ou, si nécessaire, un arrêt de travail partiel ou complet.
Ce que vous pouvez faire maintenant
La grève n'est pas accessible à toutes. Certaines femmes ne peuvent pas se permettre de cesser le travail, d'autres évoluent dans des secteurs où la solidarité est difficile. Mais chacune peut agir sur sa propre santé dès aujourd'hui.
Prenez le temps de faire un bilan honnête de votre état. Parlez-en à votre entourage proche. Et si vous ressentez plusieurs des signaux mentionnés plus haut depuis plusieurs semaines, consultez — sans attendre que ça « passe tout seul ».
Sur Expert Zoom, des professionnels de santé sont disponibles pour un premier entretien. Que vous soyez en plein doute ou déjà en phase d'épuisement avancé, une consultation avec un spécialiste peut faire la différence entre une détérioration longue et un rétablissement structuré.
La Grève féministe du 14 juin 2026 pose une question que le monde du travail n'a pas encore su résoudre : comment travailler sans se brûler ? En attendant une réponse collective, protéger votre santé mentale est un acte de résistance individuelle.
Si vous présentez plusieurs des symptômes évoqués dans cet article, consultez un professionnel de santé qualifié. Cet article n'est pas un avis médical.

Élise Rochat