Six mois après la tragédie de Crans-Montana — 41 morts et 115 blessés dans l'incendie du bar Le Constellation dans la nuit du 31 décembre 2025 au 1er janvier 2026 — vingt-cinq victimes demeurent toujours hospitalisées, selon les informations publiées par la RTS en juillet 2026. Pendant ce temps, les cantons suisses font face à un niveau de danger d'incendie de forêt atteignant 4 sur 5 dans plusieurs régions, avec des interdictions de feux en forêt émises dans de nombreux districts. Face à cette double réalité estivale, la question s'impose : que faire lorsque l'on est victime d'une brûlure ou exposé à la fumée d'un incendie ?
Un été sous haute tension : la Suisse face aux feux
Depuis fin juin 2026, la sécheresse et les vagues de chaleur successives maintiennent la Suisse en alerte incendie. Deux feux de champs dans le Nord vaudois en l'espace d'une semaine, un incendie ayant mobilisé les pompiers pendant six jours près de La Chaux-de-Fonds, et des interdictions formelles de faire du feu dans les districts de la Broye et du Lac illustrent la gravité de la situation. MétéoSuisse maintient ses alertes et rappelle que les zones les plus exposées sont le Valais, les Grisons et le Jura.
Dans ce contexte, les accidents liés au feu ne se limitent pas aux forêts. Barbecue, bougies, cuisine, feux de jardin : les brûlures domestiques représentent chaque année une part importante des passages aux urgences en Suisse, et l'été aggrave ces statistiques.
Brûlures : comprendre les degrés pour réagir juste
Les médecins classent les brûlures en trois degrés selon leur profondeur et la gravité des lésions :
- Brûlures du 1er degré : la peau rougit et est douloureuse, sans cloques (coup de soleil, contact bref avec un objet chaud). Elles guérissent généralement en quelques jours sans soins médicaux particuliers.
- Brûlures du 2e degré : des cloques apparaissent, la douleur est intense. Une consultation médicale est nécessaire, en particulier si la surface dépasse la taille de la paume de la main ou si les zones touchées sont sensibles.
- Brûlures du 3e degré : la peau est détruite en profondeur, parfois indolore en raison de la destruction des terminaisons nerveuses. C'est une urgence absolue qui nécessite d'appeler le 144 immédiatement.
Lors de la tragédie de Crans-Montana, les médecins du CHUV à Lausanne et de l'Hôpital universitaire de Zurich ont rappelé une réalité médicale difficile : pour les grands brûlés, on estime qu'un jour d'hospitalisation est nécessaire pour chaque 1 % de surface corporelle brûlée, selon l'Office fédéral de la santé publique. Cette donnée explique pourquoi vingt-cinq victimes étaient encore hospitalisées six mois après les faits, dont neuf en Suisse même.
Les gestes qui sauvent — et ceux qui aggravent
Le premier réflexe face à une brûlure est de refroidir la zone — mais la méthode employée conditionne directement l'évolution de la blessure. Les recommandations médicales sont claires :
- Refroidir immédiatement à l'eau froide du robinet (entre 15 et 20 °C), pendant 10 à 20 minutes. Ne jamais utiliser de la glace, de l'eau glacée ou du beurre : ceux-ci aggravent les lésions tissulaires et augmentent le risque d'hypothermie chez l'enfant.
- Retirer les vêtements et bijoux autour de la brûlure, sauf s'ils adhèrent à la peau — dans ce cas, ne pas les enlever de force.
- Couvrir avec un pansement stérile non compressif ou, à défaut, un linge propre légèrement humidifié.
- Ne jamais percer les cloques : elles jouent un rôle protecteur contre les infections.
Un médecin évalue précisément le degré et la surface de brûlure, prescrit des pansements spécialisés ou des antalgiques adaptés, et peut orienter vers un centre spécialisé grands brûlés si la situation l'exige. Après l'incendie de Crans-Montana, plusieurs blessés ont même été transférés vers des établissements spécialisés en Europe, signe que les capacités locales peuvent être rapidement dépassées lors de catastrophes.
Inhalation de fumée : l'urgence silencieuse
La fumée d'incendie est un danger souvent sous-estimé, y compris lors d'incendies de forêt. Elle contient des particules toxiques, du monoxyde de carbone (CO) et des gaz irritants capables de provoquer des lésions pulmonaires irréversibles — parfois sans symptômes immédiats.
Les signes d'alerte après une exposition à la fumée sont :
- Toux persistante, enrouement ou difficulté à parler
- Sensation de brûlure dans la gorge ou la poitrine
- Maux de tête intenses, vertiges ou confusion
- Noircissement des crachats ou des sécrétions nasales
- Difficultés respiratoires, même légères, dans les heures suivant l'exposition
Le monoxyde de carbone est particulièrement traître : incolore et inodore, il peut causer une intoxication grave, voire mortelle, sans que la victime en soit consciente. Dans tous ces cas, le 144 doit être appelé sans attendre.
Quand consulter un médecin après une exposition au feu ?
Voici les situations qui justifient une consultation sans délai :
- Toute brûlure de 2e ou 3e degré (cloques, peau blanchâtre ou noircie, douleur intense ou absence de douleur)
- Brûlures sur des zones sensibles : visage, mains, pieds, articulations, parties génitales
- Surface brûlée supérieure à 5 % du corps (environ la surface des deux paumes)
- Exposition à la fumée avec symptômes respiratoires ou neurologiques
- Brûlures chimiques (produits ménagers, batteries) ou électriques
- Personnes vulnérables : enfants, personnes âgées, femmes enceintes — même pour des brûlures apparemment légères
- Toute personne ayant séjourné dans une pièce enfumée, même sans brûlures visibles
Un médecin dispose des outils pour mesurer la saturation en oxygène, détecter une intoxication au CO par prise de sang et évaluer les voies respiratoires. Un examen clinique complet peut révéler des lésions pulmonaires invisibles à l'œil nu — et permettre une prise en charge avant que les symptômes s'aggravent.
Les séquelles de l'incendie de Crans-Montana illustrent également que le choc psychologique après un incendie peut nécessiter un suivi médical spécialisé : notre article sur le stress post-traumatique après la catastrophe du Constellation revient sur les ressources disponibles en Suisse pour les victimes.
Prévenir pour ne pas subir
En cet été 2026 à risque élevé, quelques mesures de prévention restent essentielles : vérifier régulièrement les alertes de MétéoSuisse concernant le danger d'incendie dans votre région, s'assurer que votre domicile est équipé de détecteurs de fumée fonctionnels, et ne jamais laisser bougies, barbecue ou appareil de cuisson sans surveillance.
La tragédie de Crans-Montana a rappelé douloureusement que les conséquences médicales d'un incendie peuvent s'étendre sur des mois. Savoir reconnaître une urgence liée au feu et consulter rapidement un médecin peut faire la différence entre une guérison complète et des séquelles durables.
Avertissement : Cet article est publié à titre informatif général. En cas d'urgence médicale, appelez immédiatement le 144. Ces informations ne remplacent pas un avis médical professionnel.

Élise Rochat