En quelques heures, le visage de Leandro Paredes a fait le tour de la planète. Le milieu argentin, entré en seconde période lors de la finale du Mondial 2026 perdue 1-0 face à l'Espagne le 19 juillet, s'est retrouvé au cœur d'une bagarre générale après le coup de sifflet final. Selon Yahoo Sports, ses images ont été partagées, détournées et commentées des millions de fois en une nuit. Un joueur professionnel accepte cette exposition. Mais que se passe-t-il quand c'est votre visage, ou celui de votre enfant, qui devient viral sans votre accord ?
Une finale sous haute tension médiatique
Le contexte sportif était déjà explosif. L'Espagne a arraché la victoire en prolongation grâce à un but de Ferran Torres, alors que l'Argentine terminait à dix après l'exclusion d'Enzo Fernández, d'après ESPN. La frustration a débouché sur une échauffourée que les caméras ont diffusée en direct, au terme d'un tournoi que nous avions décrypté dans notre mode d'emploi du tableau du Mondial 2026.
En Suisse, des dizaines de milliers de supporters ont suivi la scène depuis les fan zones, les bars et les stades de quartier. Beaucoup ont filmé, photographié, publié. C'est précisément là que le droit rejoint le terrain : chaque image qui circule met en jeu la personnalité de celles et ceux qu'elle montre.
Le droit à l'image, un droit de la personnalité
En droit suisse, l'image d'une personne est protégée par l'article 28 du Code civil, qui garantit la protection de la personnalité contre toute atteinte illicite. Concrètement, personne ne peut publier votre photo ou votre vidéo sans un motif justificatif, le plus souvent votre consentement.
Ce principe vaut pour tout le monde, pas seulement pour les stars. Un supporter filmé de près dans une fan zone, un enfant photographié sur un terrain amateur, un spectateur reconnaissable sur une story : tous peuvent, en principe, s'opposer à la diffusion de leur image.
Le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence rappelle que la publication de photos identifiables relève aussi de la protection des données personnelles. Les règles se cumulent, et elles se sont durcies avec la nouvelle loi fédérale entrée en vigueur ces dernières années.
Personnes publiques : une protection réduite, pas nulle
Le cas de Paredes illustre une nuance importante. Les personnalités publiques bénéficient d'une protection allégée lorsqu'elles exercent leur activité en public. Un joueur sur la pelouse d'une finale s'expose légitimement à la couverture médiatique de l'événement.
Mais cette tolérance a des limites. Le montage trompeur, le détournement à des fins commerciales ou la création d'un contenu diffamatoire ne sont pas couverts par l'intérêt public à l'information. Un avocat spécialisé en droit de la personnalité peut évaluer si une publication franchit la ligne rouge.
Le piège nouveau : deepfakes et détournements par IA
La finale 2026 a aussi vu apparaître de fausses vidéos générées par intelligence artificielle, mettant en scène des joueurs dans des situations qu'ils n'ont jamais vécues. Ce phénomène ne concerne plus seulement les célébrités.
Un montage qui utilise votre visage, une voix clonée, une photo transformée en publicité sans votre accord : ces situations engagent la responsabilité de leur auteur. La victime peut demander la cessation de l'atteinte, la suppression des contenus et, le cas échéant, des dommages et intérêts.
Ce que vous pouvez faire concrètement
Si votre image, ou celle d'un proche, est publiée sans autorisation, plusieurs recours existent en Suisse. Ils se combinent selon la gravité de l'atteinte.
- Demander le retrait : contactez d'abord la personne ou la plateforme qui a publié le contenu. La plupart des réseaux disposent d'un formulaire de signalement pour atteinte à la vie privée.
- Conserver les preuves : réalisez des captures d'écran datées, notez les URL et le nombre de partages avant toute suppression.
- Agir en justice : l'article 28 du Code civil permet de demander au juge de faire cesser l'atteinte et d'en réparer les conséquences.
- Signaler les mineurs : la diffusion d'images d'enfants sans le consentement des parents est particulièrement sensible et justifie une réaction rapide.
Pour un enfant filmé lors d'un match de juniors, par exemple, les parents peuvent exiger le retrait immédiat et, en cas de refus, saisir la justice civile.
Quand consulter un professionnel
Beaucoup de litiges se règlent par un simple courrier de mise en demeure. Mais dès qu'il y a un enjeu commercial, un contenu manipulé ou une diffusion massive, l'accompagnement d'un juriste devient précieux. Un avocat pourra qualifier l'atteinte, chiffrer le préjudice et choisir la procédure la plus efficace, du référé civil à la plainte pénale lorsque l'honneur est en cause.
La rapidité compte : plus une image circule longtemps, plus il est difficile de la faire disparaître. Agir dans les premières heures augmente nettement les chances d'obtenir un retrait avant que le contenu ne devienne incontrôlable.
Le sport comme miroir de nos vies numériques
La bagarre de la finale restera dans les archives du Mondial 2026. Pour le grand public suisse, elle sert surtout de rappel : à l'ère des smartphones et de l'IA, chacun peut devenir, en une soirée, le sujet involontaire d'une image virale.
Connaître ses droits, réagir vite et s'entourer d'un expert quand c'est nécessaire : voilà la meilleure défense. Vous pouvez trouver un avocat spécialisé en droit de la personnalité et en protection des données via les experts référencés sur Expert Zoom.
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil juridique individualisé. Pour toute situation concrète, consultez un professionnel du droit.

Juliette Mottet