Crash au-dessus des lignes de Nazca : quels droits pour les familles des 13 victimes ?

Avocate suisse examinant des dossiers d'indemnisation pour les victimes du crash d'avion au Pérou, lignes de Nazca 2026
Élise Élise MeyerJuridique
7 min de lecture 2 août 2026

Le 1er août 2026, un avion de tourisme Cessna Caravan C-208 de la compagnie péruvienne Aerodiana s'écrase dans un champ à proximité de Nazca, dans le sud du Pérou, tuant les 13 personnes à bord. Parmi les victimes : sept Italiens âgés de 18 à 54 ans, deux Espagnols de 52 ans et deux Allemands de 77 et 78 ans, partis survoler les célèbres lignes de Nazca, ainsi que le pilote Américo Salazar et la co-pilote Irenka Guanilo del Carpio. Pour les proches restés en Europe ou en Suisse, une question s'impose aussitôt : quels sont nos droits, et à qui s'adresser ?

Avertissement : cet article est fourni à titre informatif uniquement. Il ne constitue pas un conseil juridique. Chaque situation est différente ; consultez un avocat spécialisé en droit aérien pour toute démarche.

Ce qui s'est passé le 1er août 2026

Le vol avait décollé de l'aéroport de Pisco peu après 12h10, heure locale. Vers 13h00, l'équipage a signalé une situation d'urgence à la tour de contrôle de Nazca avant que toutes les communications ne s'interrompent. Les secours ont retrouvé l'épave dans un champ à l'extérieur de la ville de Nazca. La présidente péruvienne Keiko Fujimori a exprimé ses condoléances et annoncé une suspension temporaire des vols touristiques dans la région, dans l'attente des conclusions des enquêteurs.

Les causes exactes du crash restent à établir. Les conditions météorologiques au-dessus des plaines de Nazca ce jour-là — des vents violents caractéristiques de la région — sont parmi les premières pistes examinées par la Direction générale de l'aviation civile péruvienne (DGAC). Cette tragédie s'inscrit dans un contexte préoccupant : les vols touristiques de petite capacité survolant des sites archéologiques à basse altitude présentent un profil de risque différent des vols commerciaux long-courriers, avec des contrôles de maintenance et de formation des équipages qui varient fortement selon les compagnies locales.

Pourtant, en matière d'indemnisation des victimes et de leurs familles, un instrument juridique international unifie les règles — qu'il s'agisse d'un vol international long-courrier ou d'un survol touristique.

La question que se posent toutes les familles suisses et européennes

Lorsqu'un proche décède lors d'un accident d'avion à l'étranger, trois questions émergent systématiquement auprès des familles :

La compagnie locale est-elle vraiment responsable ? La victime est suisse ou européenne, l'avion était péruvien, l'accident a eu lieu en territoire péruvien : trois systèmes juridiques potentiellement concernés.

Quelle indemnisation peut-on obtenir ? Les montants varient considérablement selon la voie choisie, la qualification juridique retenue et les preuves rassemblées.

Devant quel tribunal agir, et dans quel délai ? Une procédure mal engagée — mauvais tribunal, mauvaise qualification, délai expiré — peut compromettre définitivement l'indemnisation, même si la faute de la compagnie est établie.

Ces questions ne sont pas triviales. Heureusement, un texte international répond à la plupart d'entre elles de façon claire.

Ce que dit la Convention de Montréal de 1999

La Convention de Montréal pour l'unification de certaines règles relatives au transport aérien international, ratifiée à la fois par la Suisse, l'Union européenne et le Pérou, fixe un cadre protecteur pour les accidents aériens internationaux. Ses dispositions clés s'appliquent directement à la situation des familles des victimes du crash Aerodiana.

Responsabilité stricte jusqu'à 151 880 DTS par passager. Un DTS (droit de tirage spécial) vaut environ 1,25 CHF, ce qui correspond à un plafond de responsabilité automatique d'environ 190 000 CHF par victime. En dessous de ce seuil, les familles n'ont pas à prouver la faute de la compagnie : il suffit que l'accident ait eu lieu à bord de l'avion ou lors des opérations d'embarquement. Aerodiana est automatiquement responsable jusqu'à ce montant.

Au-delà de 151 880 DTS, la compagnie peut tenter de s'exonérer en prouvant qu'elle n'a commis aucune faute ou que l'accident est imputable à un tiers. Si l'enquête révèle une défaillance mécanique liée à un entretien négligé, un manquement aux procédures de sécurité ou une insuffisance de formation des pilotes, cette exonération devient très difficile à obtenir.

Délai de prescription : 2 ans. Les ayants droit disposent de deux ans à compter de la date de l'accident — soit jusqu'au 1er août 2028 — pour introduire une action en justice. Passé ce délai, toute réclamation est irrecevable, quelle que soit la gravité de la faute commise.

Choix du tribunal : selon l'article 33 de la Convention de Montréal, les familles peuvent choisir de saisir les juridictions du pays du transporteur (Pérou), du pays de destination du vol (Pérou), ou — point crucial pour les familles suisses — du lieu de résidence habituelle du passager, si la compagnie y exerce une activité commerciale. Une famille zurichoise ayant réservé le vol via un tour-opérateur suisse ou une plateforme internationale présente en Suisse pourrait donc potentiellement agir devant les tribunaux suisses, en francs suisses, et en allemand ou en français.

Un article similaire concernant un autre crash aérien international et les droits des familles victimes illustre comment ces procédures se déroulent concrètement en pratique.

Cas concret : une famille suisse perd son fils de 24 ans à Nazca

Prenons le cas de Matteo, 24 ans, étudiant genevois en architecture, qui a réservé via une agence de voyage zurichoise un circuit Pérou de 12 jours incluant un survol des lignes de Nazca. Ce vol, organisé par Aerodiana, fait partie intégrante du forfait vendu par l'agence. Matteo décède dans l'accident du 1er août 2026. Ses parents, domiciliés à Genève, veulent connaître l'étendue de leurs droits.

Ce qu'ils peuvent réclamer — et à qui :

Premier levier : Aerodiana, via la Convention de Montréal. Responsabilité stricte jusqu'à 190 000 CHF sans avoir à prouver de faute. Cette somme couvre les frais funéraires, le rapatriement du corps depuis Lima (comptez entre 8 000 et 15 000 CHF selon le prestataire et le délai), et une partie du préjudice moral. Si l'enquête révèle un défaut d'entretien ou un non-respect des procédures DGAC, l'indemnisation peut aller bien au-delà. Dans des affaires comparables jugées devant des tribunaux européens — crash d'Ethiopian Airlines au Kenya en 2022, crash d'un avion touristique en Égypte en 2023 — les familles ont obtenu entre 350 000 et 700 000 € par victime, en incluant la perte de revenus futurs et le préjudice d'affection.

Deuxième levier : l'agence de voyage zurichoise. Si le vol Aerodiana était inclus dans un forfait vendu par l'agence (vol + hébergement + transferts), la loi fédérale suisse sur les voyages à forfait (LFP) et la directive européenne 2015/2302 (applicable via les accords bilatéraux) engagent la responsabilité solidaire du tour-opérateur. Les parents de Matteo peuvent donc agir directement en Suisse, devant le Tribunal civil de Genève, sans jamais mettre les pieds au Pérou. Ce levier est souvent le plus accessible et le plus rapide.

Troisième levier : l'assurance voyage. Si Matteo avait souscrit une assurance annulation/assistance incluant une garantie décès accidentel (standard dans les assurances voyages complètes Mobilière, AXA, Zurich Assurance), ses parents peuvent activer cette couverture en parallèle. Les deux indemnisations — assurance et Convention de Montréal — sont cumulables, à condition que l'assurance ne contienne pas de clause de subrogation totale.

Le délai critique : si les parents de Matteo n'engagent aucune démarche avant le 1er août 2028, ils perdent tout droit à réclamation contre Aerodiana — même si l'enquête établit ultérieurement une faute grave. Ce délai de 2 ans est impératif et ne peut être interrompu que par le dépôt d'une action en justice ou d'une demande d'arbitrage.

Ce que vous devez faire maintenant si vous êtes concerné

Dans les 30 premiers jours :

Rassemblez l'ensemble des documents : billet ou confirmation de réservation du vol Aerodiana, contrat de voyage avec l'agence, polices d'assurance, acte de décès dès qu'il est délivré par les autorités péruviennes. Contactez l'ambassade de Suisse à Lima, qui peut faciliter le rapatriement du corps et fournir une liste d'avocats locaux agréés. Vérifiez avec votre agence si le vol faisait partie d'un forfait.

Dans les 6 premiers mois :

Mandatez un avocat spécialisé en droit aérien international ou en responsabilité civile internationale. La Convention de Montréal est un texte technique ; une procédure mal qualifiée ou déposée devant le mauvais tribunal peut être déclarée irrecevable sans examen au fond. Envoyez une lettre de mise en demeure à Aerodiana par voie recommandée, en mentionnant explicitement la Convention de Montréal et l'article 21 sur la responsabilité — cette démarche ne préjuge pas de la voie judiciaire, mais elle documente votre position.

À ne surtout pas faire :

Ne signez aucun accord de règlement amiable proposé par Aerodiana ou son assureur sans avis juridique indépendant. Les premières offres — souvent formulées dans les semaines suivant l'accident — sont systématiquement très inférieures aux montants auxquels vous avez droit. N'attendez pas non plus les conclusions de l'enquête officielle pour agir : le délai de 2 ans court indépendamment de l'avancement de l'investigation.


L'accident du 1er août 2026 au-dessus de Nazca illustre une réalité que peu de voyageurs connaissent : même à bord d'un petit avion péruvien survolant un site archéologique, vos droits en cas d'accident sont protégés par un traité international que la Suisse a ratifié. Mais ces droits ne s'activent pas seuls — ils exigent une démarche rapide, bien documentée, et idéalement encadrée par un expert juridique.

Nos experts

Avantages

Des réponses rapides et précises pour toutes vos questions et demandes d'assistance dans plus de 200 catégories.

Des milliers d'utilisateurs ont obtenu une satisfaction de 4,9 sur 5 pour les conseils et recommandations prodiguées par nos assistants.